‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 74 sur 267 · VI. De L'EsPERANCE · texte numérisé non relu

VI. De L'EsPERANCE

vostre sexe ne le permet, bien que sainte Magdelaine et sainte Marthe sa sœur l'ayent fait; mais vous ne lairrez pas d'exercer l'office apostolique en la communication de vostre (1) maniere de vie, ainsi que je viens de dire.

Allez donc pleines de courage faire ce à quoy vous estes appellées, mais allez en simplicité ; si vous avez des apprehensions, dites à vostre ame : Le Seigneur nous fourvoira*; si les considerations de vostre foiblesse vous travaillent, jettez-vous (5) en Dieu et vous confiez en luy. Les Apostres estoyent des pescheurs et ignorans la pluspart; Dieu les rendit scavans selon qu'il estoit necessaire pour la charge qu'il leur vouloit donner. Confiez-vous en luy, appuyez-vous sur sa providence et n'ayez peur de rien. Ne dites pas : Je n'ay point de talent pour bien parler. N'importe, allez sans faire discours (*), car Dieu vous donnera ce que vous aurez à dire et à faire quand il en sera temps. Que si vous n'avez point de vertu, ou que vous n'en apperceviez point en vous, ne vous mettez pas en peine ; car si vous entreprenez pour la gloire de Dieu et pour satisfaire à l'obeissance la conduite des ames ou quelque autre exercice quel qu'il soit, Dieu aura soin de vous, et sera obligé de vous pourvoir de tout ce qui vous sera necessaire, tant pour vous que pour celles que Dieu vous donnera en charge.

Il est vray, c'est une chose de grande consequence et de grande importance que celle que vous entreprenez; mais pourtant vous auriez tort si vous n’en esperiez un bon succés, veu que vous ne l’entreprenez pas par vostre choix, ains pour satisfaire à l’obeissance. Sans doute, nous avons grand sujet de craindre quand nous recherchons les charges et les offices, soit en Religion, soit

(r) de vostre — Institut et (Ms.)

(s) en simplicité ; — s'il vous arrive des apprehensions, dites à vostre ame: Le Seigneur y fourvotra ; si les considerations de vostre foiblesse vous travaillent, jettez vostre espoir (Ms. et Coll.)

(t) sans — soin et sans retours (Ms.) — faire ces retours (Coll.)

* Gen., xxn, 8.

* Matt., xr, 29.

92 Les vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

ailleurs, et qu'elles nous sont données sur nostre poursuite ; mais quand cela n'est point, ployons humblement le col sous le joug de la sainte obeissance et acceptons de bon cœur le fardeau ; humilions-nous, car il le faut tousjours faire, mais ressouvenons-nous tousjours d'establir la generosité sur les actes de l'humilité, car autrement ces (Y) actes d'humilité ne vaudroyent rien.

Jay un extreme desir de graver en vos esprits une maxime qui est d'une utilité nompareille : Ne demander rien et ne refuser rien. Non, mes cheres filles, ne demandez rien et ne refusez rien ; recevez ce que l'on vous donnera, et ne demandez point ce que l'on ne vous presentera point ou que l'on ne vous voudra pas donner : en ceste pratique vous trouverez la paix pour vos ames*. Ouy, mes cheres Sceurs(Y), tenez vos cœurs en ceste sainte indifference de recevoir tout ce que l'on vous donnera, et de ne point desirer ce que l'on ne vous donnera pas. Je veux dire (7), en un mot, ne desirez rien, ains laissezvous vous-mesmes et tous vos affaires pleinement et parfaitement au soin de la divine Providence; laissez-luy faire de vous tout de mesme que les enfans se laissent gouverner à leurs nourrices : qu'elle vous porte sur le bras droit ou sur le gauche tout ainsi qu'il luy plaira, laissez-luy faire, car un enfant ne s'en formaliseroit point ; qu'elle vous couche ou qu'elle vous leve, laissezluy faire, car c'est une bonne mere, qui scait mieux ce qu’il vous faut que vous-mesmes. Je veux dire, si la divine Providence permet qu'il vous arrive des afflictions ou (X) mortifications, ne les refusez point, ains acceptezles de bon coeur, amoureusement et tranquillement ; que si elle ne vous en envoye point, ou qu'elle ne permette pas qu'il vous en arrive, ne les desirez point ni ne les demandez point. De mesme, s'il vous arrive des consolations, recevez-les avec esprit de gratitude et de

(u) nos (Ms.)

(v) Onuy, — je le dis encore une fois (Coll.)

(w) Je — vous dis ( Ms.)

(x) des afflictions, — des contradictions ou des (Ms. et Coll.)

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