VI. De L’ESPERANCE
de chose que ceste separation corporelle, aussi bien la faudroit-il faire un jour, veuillons nous ou non ; mais la separation des cœurs et desunion des esprits, c’est cela seul qui est à redouter. Or quant à nous autres, non seulement nous demeurerons tousjours unis par ensemble, mais bien plus, car (1) nostre union s'ira tous les jours plus perfectionnant, et ce doux et tres-aymable lien de [a sainte charité sera tousjours de plus en plus serré et renoué(*') à mesure que nous nous avancerons en la voye de nostre propre perfection *; car nous rendant plus capables de nous unir à Dieu, nous nous unirons davantage les uns aux autres, si qu'à chaque Communion que nous ferons nostre union sera rendue plus parfaite, car nous unissant avec Nostre Seigneur nous demeurerons tousjours plus unis ensemble : aussi la reception sacrée de ce Pain celeste et de ce tres-adorable Sacrement s'appelle Communion, c'est à dire comme (f') union. O Dieu, quelle union est celle qu'il y a entre chaque Religieux d'un mesme Ordre! union telle, que les biens spirituels sont autant pesle-meslés et reduits en commun comme les biens exterieurs. Le Religieux n'a rien à luy en son particulier, à cause du vœu sacré qu'il a fait de la pauvreté volontaire ; et par la profession sainte que les Religieux font de la tres-sainte charité, toutes leurs vertus sont communes, et tous sont participans des bonnes ceuvres les uns des autres, et jouiront du fruict d'icelles, pourveu qu'ils se tiennent tousjours en charité et en l'observance des Regles de la Religion en laquelle Dieu les a appellés : si que celuy qui est en quelque office domestique (8°) ou en quelque autre exercice quel que ce soit, contemple en la personne de celuy qui est en oraison au chour; celuy qui repose participe au
(e!) nostre union s'ira — tousjours perfectionnant dans les doux et aymables liens de /a charité, et sera tousjours de plus en plus renouée ( Ms.)
(f') commune (Ms. et Coll.)
(g ) e» — la cuisine (Ms. et Coll.)
(1) Car est substitué à que d'aprés le Ms.
* Ephes., rv, 5, :
Coloss., m, 14.
96 Les vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
travail qu’a l’autre, qui est en exercice par le commandement du Superieur.
Voyez donc, mes cheres filles, comment celles qui s'en vont demeurent et celles qui demeurent s'en vont, et combien vous devez toutes esgalement embrasser amoureusement et courageusement l'obedience, tant en ceste occasion comme en toute autre, puisque celles qui demeurent auront part au travail et au fruict du voyage de celles qui s'en vont, comme celles-là auront part en la tranquillité et repos de celles qui demeureront. Toutes, sans doute, mes cheres filles, avez besoin de beaucoup de vertus et de soin de les pratiquer tant pour s'en aller que pour demeurer : car comme celles qui s'en vont ont besoin de beaucoup de courage et de confiance en Dieu pour entreprendre amoureusement et avec esprit d'humilité ce que Dieu desire d'elles, vainquant (^) tous les petits ressentimens qui leur pourroyent venir de quitter la maison en laquelle Dieu les a premierement logées, les Sceurs qu'elles ont si cherement aymées et la conversation desquelles leur apportoit tant de consolation en l'ame, la tranquillité de leur retraitte qui est si chere, les parens, les cognoissances, et que scay-je moy ? plusieurs choses auxquelles la nature s'attache tandis que nous vivons en ceste vie; celles qui demeurent ont de mesme besoin et necessité de courage, tant pour perseverer en la pratique de la sainte sousmission, humilité et tranquillité, qu'aussi pour se preparer de sortir (i') quand il leur sera commandé, puisque ainsi que vous voyez, vostre Institut, mes cheres Sceurs, va s’estendant de toutes parts en tant de divers lieux. De mesme, devez-vous tascher d’accroistre et multiplier les actes des vertus, et devez agrandir vos courages pour vous rendre capables d'estre employées selon la volonté de Dieu.
(h') nonobstant (Ms. et Coll.)
(i') ef tranquillité, — comme aussi pour se preparer à sortir de ceans (Ms. et Coll.)