‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 77 sur 267 · VI. De L’ESPERANCE · texte numérisé non relu

VI. De L’ESPERANCE

I] me semble, certes, quand je regarde et considere le commencement de vostre Institut, qu'il represente bien l'histoire d'Abraham ; car comme Dieu luy eut donné parole que sa race seroit multipliée comme les estoilles du firmament et comme le sablon de la mer, il luy commanda neantmoins de luy sacrifier son fils par lequel la promesse de Dieu devoit estre accomplie ; Abraham espera, et s'affermit en son esperance contre l'esberance mesme*, et ') son esperance ne fut point vaine, ains fructueuse. De mesme, quand les trois premieres Sceurs se rangerent et embrasserent ceste (X') sorte de vie, Dieu avoit projetté dés toute eternité de benir leur generation *, et de leur en donner une qui seroit grandement multipliée. Mais qui eust peu croire cela, puisqu'en les enserrant dans leur petite maison nous ne pensions à autre chose que de les faire mourir au monde? Elles furent sacrifiées, ains elles se sacrifierent ellesmesmes volontairement ; et Dieu se contenta tellement de leur sacrifice, qu'il ne leur donna pas seulement une nouvelle vie pour elles-mesmes, ains une vie si abondante qu'elles la peuvent par sa grace communiquer à plusieurs ames, ainsi que l'on void maintenant.

I] me semble, certes, que ces trois premieres Sœurs sont grandement bien representées par les (!) trois grains de bled qui se trouverent emmi la paille qui estoit sur le chariot de Triptolemus, laquelle servoit à conserver ses armes * ; car estant portée en un pais oü il n'y avoit point de bled, ces trois grains furent pris et jettés en terre, lesquels en produirent d'autres en telle quantité que dans peu d'années toutes les terres de ce pais-à en furent ensemencées. La providence de nostre bon Dieu jetta de sa main benite ces trois filles dans la terre de la Visitation ; et apres avoir demeuré

(j') Za promesse — divine devoit estre accomplie; Abraham creut en Pespe= rance contre l'esperance mesme, et si pourtant (Coll.) (k') vostre (Ms. et Coll.)

(1') ces trois premieres Sœurs — peuvent estre accomparées à ces (Coll.)

* Vide loca supr p. 86.

* Ps. cxi, 2.

* Ovid. (Metamo 1. V), Plin. et ali sed aliter.

98 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

un temps cachées aux yeux du monde, elles ont fait Le

* Joan., xn, 24,25. fruict * que l'on void maintenant, de sorte que dans peu de temps tous ces (*') pais seront faits participans de vostre Institut. O qu'heureuses sont les ames qui se dedient veritablement et absolument au service de Dieu, car Dieu ne les laisse jamais steriles ni infructueuses! Pour un rien qu'elles quittent pour Dieu, Dieu leur donne des recompenses incomparables, tant en cette vie qu'en l'autre. Quelle grace, je vous prie, d'estre employées au service des ames que Dieu ayme si cherement, et pour lesquelles sauver Nostre Seigneur a tant souffert ! Certes, c'est un honneur nompareil et duquel vous devez, mes cheres filles, faire un tres-grand estat : et pour vous y employer fidellement, ne plaignez ni peine, ni soin, ni travail, car tout vous sera cherement recompensé, bien qu'il ne faille pas se servir de ce motif pour vous encourager (2), ains de celuy de vous rendre plus agreables à Dieu et d'augmenter d'autant plus sa gloire.

Allez donc, et demeurez courageusement pour cest exercice (0), et ne vous amusez point à regarder que vous ne voyez point en vous ce qui est necessaire, je veux dire les talens propres aux charges auxquelles vous serez employées (P). I] est mieux que nous ne les voyions point en nous, car cela nous tient en humilité et nous donne plus de sujet de nous mesfier de nos forces et de nous-mesmes, et fait que nous jettons plus absolument toute nostre confiance en Dieu. Tant que nous n'avons pas besoin de la pratique d'une vertu, il est mieux que nous ne l'ayons pas (1); quand nous en aurons besoin,

(m') de sorte — qu'il semble que dans peu de temps tous les ( Ms.)

(n') car — le tout vous sera surabondamment rendu, bien qu'il ne se faille pas servir de ces motifs pour vous encourager et animer ( Coll.)

(o') courageusement — en la pratique de vos exercices (Ms.)

(p') Jes — vertus propres aux charges auxquelles on vous mettra. ( Ms.)

(1) Il est certain que la pensée de saint Frangois de Sales n'est ici ni bien comprise ni exactement rendue, Le Saint n'a pas pu enseigner qu'il est préférable d'étre privé des habitudes vertueuses que de les posséder, mais

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