PRÉFACE XIX
l'ouvrage. Il céda « la moitié de son Privilege à Pierre Drobet, » dont le nom revient si souvent en 1628 sous la plume de sainte Jeanne-Françoise de Chantal 01).
Avec l'énergie et le zéle qu'elle avait accoutumé de déployer en tout ce qui concernait la gloire de Dieu et l'honneur de son bienheureux Père, la Sainte s'occupe déjà le 8 mai 1628, « d'obtenir un Privilége du Roi » pour faire imprimer les Vrays Entretiens, qui portera défense à tous les autres libraires de les réimprimer. Le 4 aoùt, elle annonce l'obtention de ce Privilége, « autant favorable que nous pouvions désirer, » dit-elle, « sinon qu'il est pour peu d'années (3) ; » et elle poursuit pour retirer tous les exemplaires que Drobet « a faits des Entretiens, tant les huit cents qu'il a, que les huit cents du Pére Cordelier. » Dans cette méme lettre, priére est faite à la Mére de Blonay de conférer de toute cette affaire avec le R. P. Binet, Provincial de la Compagnie de Jésus. « Vous lui mettrez en main tous lesdits Entretiens, afin qu'il les voie, » ajoute la Sainte, « et vous étant résolue à qui on donnera l'impression à faire, vous retirerez du R. P. Binet le premier Entretien qu'il aura vu, pour le faire mettre sous la presse, afin de ne point perdre de temps; et ainsi l'un aprés l'autre vous aurez soin de les retirer. » L'absence du P. Binet ne permit point de commencer immédiatement l'impression.
Le 8 octobre, la Sainte écrit encore à la Mére Catherine-Charlotte de Crémaux qui avait succédé à la Mére de Blonay dans le gouvernement du 1” Monastère de Lyon (3) : « Puisque le Révérend Père Provincial est à Vienne, vous pourriez peut-étre bien lui envoyer les Entretiens; je serais bien aise qu'il les vit. » I] parait méme que la sainte Fondatrice ne s'est pas contentée de cette révision ; car les choses ayant trainé en longueur, elle écrivit encore le 28 février 1629 à la méme Supérieure : « Pour nos Entretiens, je vous supplie de nous renvoyer les deux copies que nos Sceurs de Paris vous
( 1) La Sainte écrit ordinairement Derobert ou Derober. (2) Lettre pcccrxxm.
(3) Lettre pncccxc.
ont envoyées; car nous désirons de les faire revoir encore plus exactement, afin que, puisque nous sommes nécessitées de les faire publiquement voir, l’on n’y laisse rien tant qu'il se pourra qui puisse faire gloser (1). »
La Sainte était arrivée depuis peu à Annecy après un long voyage en France. Dans plusieurs des villes où elle avait passé, à Orléans, à Grenoble, à Chambéry, les Colloques étaient en vente ; mais, à force de démarches, elle obtint de faire saisir l’édition, au moins tout ce qui restait au libraire lyonnais, ainsi que nous l’apprend la suite de la lettre précitée : « ... Que l’on regarde ce qu’il lui faut donner pour les exemplaires saisis, que je voudrais qui fussent tous brûlés, et les autres huit cents dont vous m'écrivez. » Le 15 septembre de cette même année 1629, la Sainte écrit encore à la Mère de Blonay (3) : « Puisque, comme vous dites, l'on vend la fausse copie qui nous a été soustraite, à Valence... il faut que vous avisiez... d'envoyer une copie du Privilége et commission bien collationnée à nos Sceurs de Valence, et qu'elles le fassent signifier à celui qui vend les Entretiens, et qu'elles fassent saisir toutes les copies qu'il a, s'il se peut. Je n'ai pas eu doute que cette copie ne füt venue du sieur Chapet, qui l'a assurément tirée de Belley. »
Cependant, quelle que soit la vigueur avec laquelle elle réprouve les Colloques, la Sainte parait n'en juger que sur le témoignage d'autrui, jusqu'en février 1631, oü son indignation éclate dans les lignes suivantes adressées à la Mère de Crémaux (3) : « Nous avons fait lire à table le livre des faux Entretiens pour voir [ce] que c'était ; mais nous en avons été toutes scandalisées, voyant la hardiesse de renverser tout à fait l'esprit de notre saint Fondateur et les demandes qu'on lui a faites, de sorte que je vous prie de les brüler tous, ou bien de vous en servir à plier des paquets ou coller les chàssis, car c'est un livre qui ne mérite pas, et qui ne doit jamais étre lu. »
(1) Lettre cuxrv.
(2) Lettre cuv.
(3) Lettre mixxII.