ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XXI
« à mon frère la faveur de voir les exercices de votre « très dévote Congrégation laquelle, avec un particulier « respect, je révère beaucoup, et parmi ses membres le « R. P. Thomas Bozio, qui toutefois ne se souviendra « peut-être plus des caresses qu’il me fit pendant que je « fus à Rome, alors que notre Monseigneur, d'heureuse « mémoire, me conduisit tant de fois à l'Oratoire. »
Assurément notre Saint n'avait plus à se renseigner sur la méthode à choisir pour annoncer fructueusement les vérités éternelles. Le succés qu'il venait d'obtenir en Chablais lui démontrait que la manière adoptée par lui était la plus profitable; néanmoins ce dut étre une jouissance et une sécurité pour ce Prédicateur si humble de constater que cette méthode était en harmonie avec celle d'un Institut que l'on considérait à Rome comme 1a meilleure école de prédication.
L'Apótre du Chablais, nommé Coadjuteur de M* de Granier, consacra trois ans à évangéliser le diocése qui devait lui étre confié, et en particulier la ville d'Annecy. Mais le Seigneur allait le produire sur une plus vaste scène. Envoyé à Paris pour traiter des intérêts de la religion dans le pays de Gex, il vit pendant neuf mois les différentes églises de la capitale se disputer le bonheur de l'entendre. Il précha méme le Caréme devant la reine Marie de Médicis, aux applaudissements de la cour et de personnages distingués par leur savoir. Les hommes les plus graves comprirent alors que l'art de l'éloquence sacrée était retrouvé et engagèrent leurs disciples à se former sur ce modèle.
C'est pendant son séjour dans la capitale que le Coadjuteur de Genève prononça l'Oraison funèbre du duc de Mercœur et le Sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge. Tout en se montrant supérieur à ses contemporains, il ne nous donne cependant pas dans ces deux discours la mesure exacte de son talent ; ils sont entachés de quelques légers défauts dont on ne retrouvera plus de traces dans ses œuvres postérieures. Mais, encore une fois, qu'étaient-ce que ces imperfections comparées à ce que l'on pouvait reprocher aux orateurs
les plus en vogue! Coeffeteau, Bertaud, Cospéan, Du Perron lui-méme, s’essayaient péniblement à rentrer dans les voies de la véritable prédication évangélique, et, malgré leur bon vouloir, payaient souvent tribut aux préjugés régnants. Le Saint dut entendre ces célébrités, et l'appareil oratoire qu'ils déployaient, en choquant à la fois son sens si droit et sa piété, a peut-être contribué à le confirmer dans la résolution prise de prêcher toujours et partout « à l’apostolique. »
C'est ce qu'il fit à Lyon, lors de son voyage d'Annecy à Paris; au retour il annonça probablement encore la divine parole dans cette ville qui lui était si chère ; toutefois il n'y séjourna pas longtemps, car, ayant appris la mort de l'Evéque de Genève, il dut háter son retour en Savoie.
Nous ne rappellerons pas la vision merveilleuse dont il fut favorisé au jour de sa consécration épiscopale, et comment, à l'imposition du livre des Evangiles sur la téte et les épaules, il comprit « tres-distinctement et clairement, » qu'il était spécialement investi de la mission d'enseigner son peuple (1). C'est le Dimanche 15 décembre 1602 qu'il le fit pour la premiére fois en qualité d'Evéque, et qu'il ouvrit à ses ouailles ces páturages abondants dans lesquels il devait les conduire pendant vingt années. En outre des prédications isolées que l'infatigable Prélat adressait aux fidéles, il donna en entier des stations quadragésimales non seulement à Annecy, mais encore dans de modestes localités, telles que La Roche (1605) et Rumilly (1608). Conformément aux prescriptions du Concile de Trente, saint François de Sales tenait essentiellement au devoir de la résidence ; il ne quittait son troupeau que sur des manifestations trés spéciales de la volonté de Dieu, qui était la souveraine règle de sa vie.
Une impulsion divine l'obligea d'accepter l'invitation que lui firent les échevins de Dijon pour le Caréme de 1604, et l'on sait quels furent les fruits admirables de
(1) Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. V.