‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 9 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XIX · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XIX

et à embrasser et suivre nostre saincte foy catholique, que j'ay ouy des paysans qui racontoient tout au long ses predications, et mesmes des femmes, admirans la facilité avec laquelle il preschoit ; et disoient tous generalement de ses predications qu'elles estoient si aggreables et facilles qu'ilz n'en perdoient rien et qu'ilz estoient portés grandement à la croyance de la verité qu'il preschoit et de mieux vivre en la crainte de Dieu. »

Ce serait sortir du cadre de cette Etude de revenir sur la rédaction des Confroverses et de raconter tout ce que l'Apótre eut à déployer de zéle, de constance, d'indomptable énergie pour vaincre l'obstination des hérétiques. Aucun travail ne déconcertait son courage, nulle persécution ne lassait sa patience. Il lui arrivait d'annoncer la parole divine jusqu'à deux ou trois fois les jours de Dimanche ou de féte, ainsi qu'il l'écrit le 12 mars 1597 dans une lettre italienne adressée à l'Archevéque de Bari, Nonce à Turin. « Dimanche dernier, » lisons-nous dans cette lettre encore inédite, « ayant préché le matin « de bonne heure, selon la coutume, dans la paroisse des « Allinges, je passai dans une autre paroisse distante de « trois milles, appelée Cervens, oü je n'avais pas encore « été. Et ayant averti le peuple que je souhaitais de « précher,j'eus une nombreuse et bienveillante assistance « qui, au sortir du sermon, me témoigna un ardent désir « de ce pain des enfants (11. Mais j'eus grand'peine à « me rendre à temps pour le sermon de Thonon, qui est « à cinq ou six milles de Cervens. » Pendant la semaine ses prédications n'étaient guére moins fréquentes, bien qu'elles s'adressassent à des auditoires plus modestes, souvent à quelque groupe de villageois. Tant de charité et de persévérance furent couronnées de succés. Rien ne put résister à la persuasive éloquence du Missionnaire : au bout de quatre années d'un merveilleux apostolat, le Chablais tout entier était reconquis à l'Eglise.

La fin de cette laborieuse mission ne fut pas pour notre Saint le signal du repos. Lui appliquant ses propres

(1) Matt., xv, 36,

XX SERMONS RECURILLIS

paroles (1), on peut dire que s'il « changeoit de lieu, il « ne changeoit point de cœur, ni son cœur d’amour, ni « son amour d'object. » Or, le seul objectif qu'il avait en vue était la gloire de Dieu et le salut des àmes; c'était de remettre en communication la créature avec le Créateur, et il savait que ce divin rapprochement, but de la Rédemption, s'opére surtout par le moyen du ministère apostolique. C'est pourquoi ce fervent Apôtre était toujours prêt à monter en chaire ; et même au cours de sa mission, quand il avait été obligé de faire quelque séjour auprès de M*' de Granier, il ne reprenait pas la route du Chablais sans avoir évangélisé son « cher peuple d'Annecy. »

Il semblait étendre à la prédication la résolution prise lors de son entrée dans le sacerdoce, relativement à la célébration de la Messe. A quelque heure du jour qu’on lui eût demandé à quoi il était occupé, le Prévòt aurait pu répondre : Je me prépare à prêcher. Le recueillement habituel, un commerce intime avec Dieu, l’étude et la méditation des saintes Lettres, la vigilance continuelle sur son propre cœur, l'esprit d'observation le constituaient dans un état d'incessante préparation au ministère de la divine parole.

De plus, il était avide de l'entendre tomber de la bouche des autres prédicateurs, et n’en négligeait jamais l’occasion. C’est ainsi que lors de son second pèlerinage à Rome, dans les premiers mois de l’année 1599, il fréquenta très assidûment les exercices de l’Oratoire. A cette époque remonte l’amitié qui l’unit à quelques-uns des plus célèbres disciples de saint Philippe, tels que Bozio, Baronius et surtout le bienheureux Juvénal Ancina. Nous en trouvons la preuve dans une lettre italienne encore inédite, adressée le 23 novembre 1606 par le Saint lui-même au P. Jean Matthieu Ancina, frère de l'Evéque de Saluces, lequel était mort depuis deux ans seulement : « Je viens, » écrit-il, « vous rappeler que je suis votre très « affectionné serviteur, et aussi vous supplier d’accorder

(1) Traitté de l'Amour de Dieu, Livre XII, chap. iv.

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