‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 12 sur 322 · ÉTUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XXIX · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XXIX

M.Olier, doivent à l'exemple et aux préceptes del'Evéque de Genève, dont les deux premiers furent les amis intimes et tous trois les admirateurs, la gloire d’avoir largement contribué à la réforme de l’éloquence sacrée. Mais, sans discuter ni vouloir amoindrir la part de mérite qui leur revient dans cette grande œuvre, bornons-nous à montrer combien incontestable est celle que nous attribuons à saint François de Sales. Ses principes et ses enseignements sur la prédication évangélique doivent être premièrement étudiés dans l’Epistre si instructive mentionnée plus haut, où il traite exclusivement ce sujet ; ensuite dans quelques autres écrits où il en parle incidemment, puis enfin dans les témoignages d’un bon nombre de déposants au Procès de sa Béatification.

La Lettre que nous venons de signaler contient un exposé si complet dans sa brièveté et si lumineux dans sa simplicité, des principes de l'éloquence de la chaire et des applications qui en doivent être faites, qu’on la désigne communément sous le nom de Traité de la Prédication. Elle a été écrite au château de Sales, le 4 et le 5 octobre 1604, à la prière d'André Frémyot, Archevêque de Bourges, à qui elle est adressée. Ce Prélat, bien que déjà Abbé commendataire de Saint-Etienne de Dijon, n’avait été promu au sacerdoce que pendant le Caréme précédent. Saint François de Sales, qui l'avait assisté à l'autel lorsqu'il y monta pour la première fois, le Jeudi-Saint 1604, voulut encore l'accompagner de ses conseils dans la chaire de vérité. Se croyant dépourvu des qualités requises à ce ministére, M* Frémyot hésitait à l'aborder. Lui persuader que la prédication est pour l'Evéque un devoir non seulement possible mais facile à remplir, lui indiquer la maniére dont il doit s'y appliquer et les sources qu'il importe d'exploiter, tel est le but que se propose son saint Ami dans l'admirable Lettre qu'il lui adresse. A l'exception de quelques points qui concernent personnellement son destinataire, et d'autres qui regardent seulement les prédicateurs revétus de la dignité épiscopale, cette Lettre contient des enseignements propres à tous les orateurs sacrés. Elle a été

rédigée en français; et des diverses traductions latines qui en ont été faites ensuite, nulle ne peut étre attribuée à l’Auteur. Le premier éditeur des Epistres spirituelles du saint Evéque l'a publiée dans sa collection qui parut en 1626.

« Pour parler avec ordre, » notre Saint réduit tous ses enseignements à quatre chefs : « qui doit prescher, pour « quelle fin l'on doit prescher, que c'est que l'on doit « prescher et la facon avec laquelle on doit prescher. » Après avoir établi que nul ne peut annoncer les oracles divins sans en avoir recu mission de l'Eglise, il signale les deux conditions indispensables pour le faire avec fruit : c'est-à-dire le savoir et la vertu. Il traite ensuite de la fin que doit se proposer tout dispensateur de la parole sainte : « Sa fin et son intention doit estre de « faire ce que Nostre Seigneur est venu pour faire en ce « monde... Ego veni ut vitam habeant et abundantius « habeant * . La fin donques du predicateur est que les « pecheurs mortz en l'iniquité vivent a la justice, et que « les justes qui ont Za cie spirituelle l’ayenf encores « plus abondamment. » Pour obtenir cette fin, l'orateur sacré doit travailler à instruire ses auditeurs et s'appliquer à les émouvoir. Saint Augustin, avec le commun des rhéteurs. avait indiqué un troisieme moyen à employer : « Afin de condescendre aux faiblesses de ceux qui, dégoûtés de la vérité, ne l'aiment qu'assaisonnée et revétue de paroles attravantes, » écrit-il 12}, « on a fait à l'art de plaire une part assez considérable dans l'éloquence. » Il est d'expérience, en effet, que, communément, on éclaire l'esprit et on touche le cœur dans la mesure où l'on a su charmer l'un et l'autre. Notre Saint ne contredit aucunement à cette assertion, comme on a voulu l'avancer ; seulement il explique, avec la netteté et la précision qui lui sont habituelles, comment on doit l'entendre. « Piusieurs disent, » ajoute-t-il, « que le predicateur doit « delecter: mais quant a moy je distingue, et dis qu'il y

Qro Jeaa.. x. to.

(s, De Deetrina Chrisfiana, 1. IV, cap. xiu.

MX

Page 1