‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 13 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XXXI · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XXXI

« a une delectation qui suit la doctrine et le mouvement; « car qui est ceste ame tant insensible qui ne reçoive « un extreme playsir d'apprendre bien et saintement le « chemin du Ciel, qui ne ressente une consolation « extreme de l’amour de Dieu? Et pour ceste delectation « elle doit estre procuree; mais elle n'est pas distincte de « l'enseigner et esmouvoir, c'en est une dependance. »

« Ilyaune autre sorte de delectation qui... fait son cas « a part et bien souvent empesche l'enseigner et l'esmou- « voir. C'est un certain chatouillement d'oreilles qui « provient d'une certaine elegance seculiere, mondaine « et prophane, de certaines curiosités, ageancemens de « traitz, de parolles, de motz; bref, qui depend entiere- « ment de l'artifice : et quant a celle-cy, je nie fort et « ferme qu'un predicateur y doive penser. Il la faut « laisser aux orateurs du monde... Ilz ne preschent pas « Jesus Christ crucifié 1), mais ilz se preschent eux « mesmes. »

La troisiéme partie de ce petit Traité, qui est la plus remarquable par son importance et par son étendue, est consacrée à étudier quelle doit étre la matiére du discours évangélique; elle se subdivise en trois considérations principales : les sources, la facon de les exploiter et la disposition des idées. Ambassadeur et mandataire de Dieu, le prédicateur doit transmettre au peuple chrétien la divine, l'immuable parole de Celui qui l'envoie : donc la premiére de ses obligations est de puiser dans les Saintes Ecritures, dans ce Livre où, selon Bossuet (1), nous entendons notre Dieu parler « salangue naturelle. » C'est à la fois le devoir essentiel autant que la garantie de l'orateur sacré, car, ainsi que le constate saint Augustin (3), « un homme parle avec plus ou moins de sagesse à proportion du plus ou moins de progrés qu'il a fait dans l'intelligence des Ecritures. » Aprés la Bible, les CEuvres des Péres de l'Eglise, les Vies des Saints doivent étre soigneusement étudiées : dans les premiéres, on

(1) I Cor., 1, 23.

(2) Sermon pour le m° Dimanche après Pâques (1656), Proposition, (3) De Doctrina Christiana, lib. IV, cap. v.

trouve le commentaire et l'explication de l'Evangile, dans les secondes, on le voit mis en action. Si l'Evangile est un pain, les Péres nous le rompent ; s'il est une musique, les Saints nous la chantent.

Il est un autre livre dans lequel on peut trouver les plus fécondes inspirations, il est ouvert sous les yeux de tous, et pourtant trés peu s'appliquent à y lire; c'est le grand livre de la nature, qui raconte si éloquemment /a gloire de Dieu). Créé par la parole du Seigneur, l'univers redit à tous cette divine parole; mais, distraits par d'autres pensées, les hommes se soucient peu de l'entendre. C'est donc au prédicateur d'en écouter les accents dans la méditation, pour les expliquer à ses auditeurs avec la patiente sollicitude d'une mére qui articule lentement à l'oreille de son petit enfant des sons qu'il percoit sans les comprendre.

Les histoiresprofanes peuvent être quelquefois rappelées en chaire, « mais fort peu, pour seulement resveiller « l'appetit, » et encore faut-il étre attentif à « les faire « entierement servir a l'Evangile. » Quant aux « fables « des poétes, » elles doivent être soigneusement écartées ou ne paraitre que « si peu et si a propos que chacun « voye qu'on n'en veut pas faire profession. » Cette derniére recommandation, qui nous parait aujourd'hui superflue, mérite d'étre remarquée ; c'était de la part de l'Auteur un trait de hardiesse, car on sait jusqu'à quel point la mythologie faisait à cette époque invasion dans la chaire chrétienne. Mais si les extravagants récits des anciens doivent étre impitoyablement exclus, leurs vers méritent plus d'indulgence, et saint François de Sales tolére qu'ils soient cités quelquefois avec discernement, autorisé en cela par l'exemple de saint Paul et de saint Bernard qui n'ont pas dédaigné de s'en servir.

Ces régles générales posées, notre Saint revient au « fondement de l'edifice, » à l'Ecriture inspirée et aux différentes maniéres de l'expliquer. Il distingue d'abord les quatre sens que l'on peut découvrir dans les divers

(1) Ps. xvui, 1,

Page 1