ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XXXIII
passages de la Bible : le sens littéral, l'allégorique, l’anagogique et le sens moral ou tropologique.
« Pour le regard du sens litteral il se doit puiser dans « les Commentaires des Docteurs, c'est tout ce qu'on en « peut dire; mais c’est au predicateur de le faire valoir, « de peser les motz, leur proprieté, leur emphase. » Sur l'interprétation du sens allégorique ou mystique l'Auteur s'étend beaucoup plus et formule cinq observations, dont les deux premiéres sont surtout importantes. Il exige d'abord que le rapprochement « ne soit point trop forcé,» et, cela étant admis, il insiste sur la remarque suivante. On ne saurait mieux faire que de le citer textuellement : « Ou il n'y a pas une tres grande apparence que l'une « des choses ayt esté la figure de l'autre, » dit-il, « il ne « faut pas traitter les passages l'un comme figure de « l'autre, mais simplement par maniere de comparayson; « comme par exemple, le genevrier sous lequel Helie « s'endormit de detresse est interpreté allegoriquement « par plusieurs de la Croix ; mais moy j'aymerois mieux « direainsy : Comme Helie s'endormit sous le genevrier, « ainsy nous devons reposer sous la Croix de Nostre « Seigneur par le sommeil de la sainte meditation ; et « non pas ainsy, qu'Helie signifie le Chrestien, le gene- « vrier signifie la Croix. Je ne voudrois pas asseurer « que l'un signifie l'autre, mais je voudrois bien compa- « rer l'un a l'autre, car ainsy le discours est plus ferme « et moins reprehensible. » Les cinq régles données sur lemploi du sens allégorique doivent étre également appliquées au sens anagogique, qui « rapporte les histoires « de l'Escriture a ce qui se passera en l'autre vie, » et au tropologique, qui « les rapporte a ce qui se passe en « l'ame et conscience. »
« Apres les sentences de l'Escriture, » poursuit le saint Evéque, « les sentences des Peres et Conciles tiennent « le second rang. Et pour le regard d'icelles, je dis « seulement que... il faut les choisir courtes, aigués et « fortes. » Puis, se souvenant qu'il parle à un Dijonnais, il ajoute avec l'à-propos qui le distingue : « En vostre « saint Bernard il y en a une infinité ; mais il faut, les
Suxa. IV c
« ayant citees en latin, les dire en françois avec efficace, « et les faire valoir, les paraphrasant et deduisant vi- « vement. »
Ce ne sont pas seulement de courtes sentences que l’on peut emprunter aux écrits des Docteurs, mais encore des raisonnements et des preuves en faveur des vérités qu'il faut établir ou des vertus à recommander ; on les trouve « chez saint Thomas plus aysement qu'ailleurs. » Toutefois il n’est permis de les employer qu’à la condition de savoir « clairement se faire entendre, au moins « aux mediocres auditeurs. »
Rendre la prédication intelligible à tous, c’est la grande et continuelle préoccupation de notre Saint, et probablement une des raisons pour lesquelles il insiste sur l’utilité des exemples et des similitudes. « Les exem- « ples, » écrit-il, « ont une force merveilleuse et donnent « un grand goust au sermon ; il faut seulement qu'ilz « soyent propres, bien proposés et mieux appliqués. » Et, donnant une nouvelle teinte locale à son enseignement, aprés avoir dit : « Les exemples des Saints « Sont admirables, » notre aimable Docteur ajoute : « sur « tout ceux de la province ou on presche, comme de saint « Bernard a Dijon. » Passant ensuite aux similitudes : « Elles ont, » poursuit-il, « une efficace incroyable a bien « esclairer l'entendement et a esmouvoir la volonté. On « les tire des actions humaines... des histoires naturelles... « de la philosophie et en fin de tout. Les similitudes des « choses triviales estans subtilement appliquées sont « excellentes,comme Nostre Seigneur fait en la parabole « de la semence. »
L'orateur sacré doit rester toujours dans les bornes de la simplicité et mettre sa parole au niveau de toutes les intelligences ; mais il peut faire l'un et l'autre sans devenir jamais vulgaire. A l'appui de ce principe, qu'il suppose sans l'énoncer, l'Evéque de Genéve indique un procédé qu'il appelle « un secret extremement prouffitable « au predicateur. » Lui-méme en connait l'utilité par expérience, et c'est en partie à ce moyen qu'il doit l'avantage de rester toujours neuf, méme quand il traite de sujets