ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DB SALES PRÉDICATEUR XXXV
que d'autres avant lui ont cru épuiser. « C'est de faire « des similitudes tirées de l'Escriture, de certains lieux « ou peu de gens les scavent remarquer; et cecy se « fait par la meditation des paroles. » Suivent des applications pratiques trés intéressantes, mais trop étendues pour être citées. En terminant ses préceptes sur la manière d'appliquer les divines Ecritures, l'Auteur signale en passant l'usage qui peut être fait du sens accommodatice, mais non pas sans avertir aussitót que « en cecy, il faut « estre discret et sobre. »
Demander à la Bible et aux Péres le fonds de l'enseignement qu'il convient de dispenser aux fidèles, l'orner des exemples et des comparaisons les plus propres à le mettre en relief et à le rendre accessible à tous les écoutants, ce n'est que la premiére partie de la préparation que doit s'imposer le héraut de la divine parole. Les éléments du discours une fois réunis dans l'étude et la méditation, il reste à les disposer avec ordre, de sorte que chaque argument, chaque preuve produise tout l'effet qu'on peut en attendre. C'est de cet important objet, « la disposition de la matiere, » que saint Francois de Sales va maintenant instruire son disciple, et il débute en posant comme principe qu'il « faut tenir methode sur « toutes choses ; il n'y a rien qui ayde plus le predica- « teur, qui rende sa predication plus utile et qui aggree « tant a l'auditeur. »
Puis, avec une autorité magistrale, il tranche en quelques mots une question fort débattue. On se faisait un mérite non pas absolument de négliger la méthode et l'ordre dans la distribution du discours, mais de les voiler de telle sorte, que l'assistance eüt à faire un laborieux effort pour les découvrir. Notre Docteur proteste ainsi qu'il suit contre cette prétention : « J'appreuve que la « methode soit claire et manifeste et nullement cachee, « comme font plusieurs qui pensent que ce soit un grand « coup de maistre de faire que nul ne connoisse leur « methode. Dequoy, je vous prie, sert la methode, si « on ne la voit et que l'auditeur ne la connoisse? » Mais il ne faut pas que cette méthode soit inflexible, uniforme
pour tous les genres ; elle doit avec souplesse se plier aux exigences de chacun, diriger le travail de l’orateur afin de soutenir l'attention de l'auditoire, et non pas comprimer l'action de l'un et de l'autre. Il y a des distinctions à observer, et le saint Auteur, puisant dans son expérience personnelle et son tact parfait le sentiment de toutes les nuances, esquisse de main de maitre les traits qui doivent caractériser quatre spécialités dans le vaste champ de la méthode générale. Il distingue la manière dont il faut traiter : 1. un mystère de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; 2. une sentence de l'Ecriture ayant trait à l'acquisition d'une vertu ou à la répression d'un vice; 3. l'homélie; 4. l'histoire, ou le panégyrique d'un Saint.
Il serait trop long d'analyser les conseils donnés pour chacun de ces genres; ceux qui s'appliquent au second sont particuliérement remarquables. Pour discourir avec fruit d'une vertu il faut en considérer la nature, « les « vrayes marques d'icelle, ses effectz et le moyen de « l'acquerir ou exercer, » et notre Saint conclut en déclarant que cette méthode a toujours été la sienne.
Quelque sages que soient ces règles, l'habile Maitre ne prétend point obliger son disciple à s'y conformer invariablement ; il sait que l'habitude de la chaire développe chez tout prédicateur, füt-il méme assez médiocrement doué, des aptitudes spéciales qui dessinent sa personnalité. Il faut donc que, tout en étudiant les modèles, l'orateur sacré reste toujours lui-méme. Telle est la raison pour laquelle cette série de conseils se termine ainsi qu'il suit : « Voyla bien asses de methodes pour commencer ; « car apres un peu d'exercice vous en feres d'autres qui « vous seront propres et meilleures. »
C'est selon le méme principe que l'on doit « remplir « les pointz » du sermon, c'est-à-dire disposer les matiéres dont chacun de ces points sera composé. Avant de puiser chez autrui, il faut demander à son propre fonds tout ce qu'il est capable de fournir, et ensuite seulement recourir à ces procédés bien connus des lévites et des jeunes prétres qui font leurs premiers essais dans la