‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 16 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XXXVII · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XXXVII

chaire. On s'étonnera peut-être que de tels expédients soient signalés à un Archevêque ; mais il ne faut pas perdre de vue que M* Frémyot ayant été élevé presque soudainement et sans préparation préalable au faite des dignités ecclésiastiques, il n'était pas hors de propos de le renseigner comme un commençant. Ce n'est certainement point par oublique le recours aux Sermonnaires n'est pas conseillé ; car l’imitation servile de discours définitivement rédigés est propre à paralyser le talent et non pas à le développer.

Au contraire, la lecture assidue des Péres et des théologiens, médités, puis commentés et appliqués discrétement, est un moyen sür de former le goüt et de centupler les ressources personnelles du prédicateur. Longue est la nomenclature des auteurs dont l'étude est recommandée dans l'Epistre. C'est d'abord entre les Pères, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire et saint Bernard. Saint Augustin n'est pas nommé, probablement parce qu'il est sous-entendu que, tenant le premier rang parmi les maitres, nul ne peut se dispenser de lui demander des enseignements et des exemples. Peut-étre encore est-il jugé moins élémentaire que les Docteurs précités, et pour cette raison n'est-il pas signalé à un débutant; ou bien serait-ce par inadvertance que saint Frangois de Sales aurait oublié de le mentionner. Quoi qu'il en soit, cet oubli n'infirmerait en rien la confiance qu'il a toujours eue dans la doctrine de l'Evéque d'Hippone et l'admiration qu'il avait vouée à son génie et à sa sainteté.

Les théologiens plus spécialement recommandés sont : saint Thomas, saint Antonin et Guillaume « Evéque de Lyon (1), » auxquels il faut ajouter trois Commentateurs renommés : les Jésuites Salmeron et Barradas et le Franciscain Stella. Louis de Grenade, que notre Saint

(1) Guillaume Perrault qui était, au xin* siècle, suffragant et Vicaire-général de Philippe de Savoie, Archevéque de Lyon. Ce dernier n'ayant jamais regu les Ordres, son Vicaire-général se trouvait étre de fait le chef spirituel du diocése, et, comme il avait l'habitude de signer Gulielmus Episcopus, on en vint dans la suite à considérer Guillaume comme ayant été Evéque de Lyon:

cite si souvent dans ses écrits, est indiqué ensuite. Il conseille de plus la lecture des Sermons du Jésuite Jean Osorius et du Franciscain Maurice Hylaret, ceux surtout de Philippe Diez dont il fait grande estime, et qu'il loue dans les termes suivants : « Entre tous ceux qui ont « escrit des sermons, Diez m'aggree infiniment : il va a « la bonne foy, il a l'esprit de predication ; il inculque « bien, explique bien les passages, fait de belles alle- « gories et similitudes, des hypotyposes nerveuses ; prend « l'occasion de dire admirablement et est fort devot « et clair. » En énumérant les qualités de cet auteur, l'Evéque de Genéve décrit à son insu celles qui brillent dans ses propres sermons ; remarquons toutefois que son admiration pour Diez ne l'empéche pas de signaler en lui un défaut assez important : « Il luy manque, » dit-il, « ce qui est en Osorius, qui est l'ordre et la methode, « car il n'en tient point ; mais il me semble qu'il se le « faut rendre familier au commencement. Ce que je dis « non pour m'en estre fort servi, car je ne l’ay veu « qu'apres beaucoup de tems, mais parce que je le « connois tel, et me semble que je ne me trompe pas. »

A prés avoir encore indiqué la Sylva allegoriarum du Bénédictin Laurétus et les Concordances ou la Summa Peccatorum du Franciscain Benedicti, il conclut cette longue énumération par ces mots : « Voyla, ce me sem- « ble, le principal de ce qui me vient maintenant en « memoire pour la matiere. » Notons ce mot : « le prin- « cipal, » car le prédicateur ne peut fixer de terme à sa studieuse activité ; canal de la vérité qu'il a mission d'apporter aux ámes, il doit acquérir incessamment comme incessamment il doit dispenser. Aussi notre Saint, loin de se borner aux profondes études de sa jeunesse, s'était fait une loi de consacrer chaque jour de sa vie plusieurs heures au travail. C'est de la sorte qu'il se familiarisa non seulement avec les auteurs qu'il vient de recommander, mais encore avec nombre d'autres, tels que Tolet, Maldonat, Corneille de la Pierre, qu'à tout instant il cite dans ses sermons, avec autant d'aisance que d'à-propos.

On a pu remarquer le ton d'autorité qui domine dans

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