APRÈS LE PREMIER DIMANCHE DE CARÊME
17 février 1622
O mulier, magna est fides tua; fiat tibi sicut vis.
Femme, que ta foy est grande ! qu'il te sost fait comme tu le veux.
MATT., xv, 38.
En ce jour les predicateurs prennent divers biais pour louer les vertus de la Chananée ; mais moy je prendray pour sujet la foy, en vous monstrant ce qu'elle est. Si jy puis rencontrer, nous marierons ce que je vous en diray à ce qui se passa en l'Evangile * entre Nostre Seigneur et la Chananée; et par ce moyen vous connoistrez les qualités que doit avoir la foy.
Et d'abord, quand le Sauveur dit : Femme, que ta fo» est grande, estoit-ce que la foy de cette femme fust plus grande que la nostre? O non quant à l'objet, parce que la foy a pour objet les verités revelées de Dieu ou de l'Eglise, et elle n'est autre chose qu'une adhesion que nostre entendement fait à ces verités qu'il trouve belles et bonnes. Partant il vient à les croire, et la volonté à les aymer ; car, comme la bonté est l'objet de la volonté, la beauté l'est aussi de l'entendement. En nostre homme exterieur, la bonté est convoitée par nostre concupiscence et la beauté est aymée par nos yeux ; de mesme en prend-il de l'homme interieur à l'esgard des verités de la foy, lesquelles estans bonnes, douces et veritables, sont non seulement aymées et affectionnées par ia volonté, ains encores prisées par l'entendement à
* Matt., xv, 21-28
°Cf.Tr.de Am. de Dien, 1. I,c. 1,1. II, c. xiv, l. VII, c. v, et tom. VII hujus Edit., p. 330.
* I Tím., n, 4.
cause de la beauté qui se trouve en icelles. Elles sont belles parce qu'elles sont vrayes, car la beauté n'est point sans la verité, ni la verité sans beauté ; aussi les beautés qui ne sont point veritables ne sont non plus point belles, d'autant qu'elles sont fausses et mensongeres.
Or, les verités de la foy estans tres veritables sont aymées à cause de la beauté de cette verité qui est l'objet de l'entendement. Je dis aymées, car bien que la volonté aye pour objet direct de son amour la bonté, si est-ce que l'entendement luy representant la beauté des verités revelées, elle vient à y descouvrir aussi la bonté, et par consequent elle ayme cette bonté et beauté des mysteres de nostre foy *. C'est une chose si necessaire pour avoir une grande foy, que l'entendement connoisse la beauté d'icelle, que pour cela, lors que Nostre Seigneur veut attirer quelque creature à la connoissance de la verité*, il luy en descouvre tousjours la beauté ; de sorte que l'entendement se sentant attiré ou espris, communique cette verité à la volonté laquelle l'ayme aussi pour la bonté et beauté qu'elle y reconnoist. Ensuite, lamour que ces deux puissances portent aux verités conneués fait que la personne quitte tout pour les croire et les embrasser. Cecy se fait par forme d'abstraction. Voyla donques comme la foy n'est autre chose qu'une adhesion de l'entendement et de la volonté aux verités des divins mysteres.
Mais quant à l'objet, cette foy ne peut pas estre plus grande aux uns qu'aux autres, ni moins aussi quant à la quantité des choses qu'on doit croire, car il faut que nous croyions tous une mesme chose quant à l'objet et quant à la quantité. Tous sont esgaux en cecy, parce que tous doivent croire toutes les verités de la foy, tant celles que Dieu a revelées par luy mesme, que celles qu'il a revelées par son Eglise. Ainsy, je dois en croire autant que vous, et vous autant que moy, et tous les Chrestiens semblablement ; de sorte que celuy qui ne croit pas tous ces mysteres n'est pas catholique, et partant n'entrera jamais en Paradis. Lors donques que Nostre Seigneur dit : O femme, que ta foy est grande, ce n'estoit pas