‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 163 sur 322 · LVI. Pour LE JEUDI APRES LE 1°" DIMANCHE DE CARÈME · texte numérisé non relu

LVI. Pour LE JEUDI APRES LE 1°" DIMANCHE DE CARÈME

que la Chananée creust plus que ce que nous croyons ; mais plustost parce que plusieurs choses rendirent sa foy plus excellente. Il est vray qu'il n’y a qu'une seule foy * laquelle tous les Chrestiens doivent avoir, neanmoins un chacun ne l'a pas en un mesme degré de perfection ; de là vient que pour faire entendre la grandeur ou la petitesse d'icelle, on parle des conditions qui la rendent grande et des vertus qui l'accompagnent. Mais pour bien comprendre cecy il nous le faut devuider petit à petit.

La foy est la base et le fondement de toutes les autres vertus, mais particulierement de l'esperance et de la charité. Or, quand je dis de la charité, cela se doit appliquer aussi à cette multitude de vertus qui la suivent et accompagnent. Lors que cette charité est unie et jointe à la foy elle la vivifie ; d'oü il s'ensuit qu'il y a une foy morte et une foy mourante. La foy morte est celle qui est separée de la charité, separation qui fait que l'on n'opere point les ceuvres conformes à la foy de laquelle on fait profession. Cette foy morte est celle qu'ont plusieurs Chrestiens, gens mondains; ils croyent bien tous les mysteres de nostre sainte Religion, mais leur foy n'estant pas accompagnée de la charité, ils ne font nulle bonne operation qui soit conforme à leur foy. La foy mourante est celle qui n'est pas entierement separée de la charité. Celle-cy fait bien quelques bonnes operations, quoy que rarement et foiblement, car la charité ne peut estre dans l'ame qui a la foy sans travailler ou peu ou prou : ou il faut qu'elle opere ou qu'elle perisse, parce qu'elle ne scauroit estre sans operer *.

Tout de mesme que l'ame ne peut demeurer dans le corps sans produire des actions vitales, ainsy la charité ne peut estre jointe à nostre foy sans operer des ceuvres conformes à icelle *; cela ne peut estre autrement. Partant, voulez-vous connoistre si vostre foy est morte ou mourante? Regardez vos œuvres et actions.( 1!) Il en prend de cecy comme d'une personne qui va trespasser : quand

(1) Cequi suit, jusqu'à la fin de l'alinéa, est inédit, ainsi que les lignes 9-17, p. 222; 11-16, p. 227; 34-39, p. 228; 1-8, 16-26, p. 229; 35-39, p. 331, et 1,2, p. 232.

* Ephes., 1v, $.

* CC Tr.del'Am. de

ieu, 1. IV, c. n, L XI, c. v, circa initium.

* Galat., v, 6; Ja-

cobi, 11, 14-26.

°Cf.Tr. del Am. de Dies, 1. XI, c. xu.

il luy survient quelque defaillance ou qu'il semble qu'elle ayt expiré, on luy met une plume sur les levres et la main sur le cœur ; si l'ame est encores là, on sent que le cceur bat, on voit à la plume qui est devant sa bouche qu'elle respire encores, et de là on conclud, comme chose certaine, que bien que cette personne soit mourante, elle n'est pas neanmoins du tout morte ; puisqu'elle fait des actions vitales, il faut de necessité que l'ame soit unie avec son corps. Mais quand on s'appercoit qu'elle ne donne plus signe de vie, alors on dit tout clairement que l'ame en est separée, et partant que cette personne est trespassée.

La foy morte ressemble à un arbre sec lequel n'a point d'humeur vitale; et pour ce, lors qu'au printemps les autres arbres jettent des feuilles et des fleurs, celuy cy n'en jette point, parce qu'il n’a pas cette seve comme ceux qui ne sont pas morts ains seulement mortifiés. Or, cecy est une autre chose, car combien qu'en hiver ils soyent pour l'apparence exterieure semblables aux arbres morts, si est-ce qu'en leur saison ils portent des feuilles, des fleurs et des fruits, ce que ne fait jamais celuy qui est mort *. Celuy cy est bien un arbre pareil aux autres, il, est vray ; neanmoins il est mort, car il ne donne jamais ni fleurs ni fruits. Ainsy la foy morte a bien la mesme apparence que la vivante, mais avec cette diffe- . rence que la premiere ne porte point de fleurs ni de fruits de bonnes operations, et que la seconde en porte tousjours et en toutes saisons.

Il en prend tout de mesme de la foy et de la charité. On connoist par les operations que fait la charité si la foy est morte ou mourante ; quand elle ne produit point de bonnes œuvres nous disons qu'elle est morte, et quand elles sont petites et lentes, qu'elle est mourante. Mais comme il y a une foy morte il faut qu'il y en ayt une vivante qui luy soit contraire, Celle cy est excellente, parce qu'estant jointe et unie avec Ja charité et vivifiée par ioelle, elle est forte, ferme et constante, elle fait plusieurs grandes et bonnes operations qui meritent qu'on la loue, disant : Q que fa foy est grande! soit fait tout ce qua tu veux,

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