‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 175 sur 322 · LVII. Pour LE n° DiMANCHR DR CARÉME · texte numérisé non relu

LVII. Pour LE n° DiMANCHR DR CARÉME

partialités, car toutes nos affections prendront leur force de la charité de Dieu qui, les conduisant toutes, fera que nous aymerons un chacun des Bienheureux de cet amour eternel dont nous aurons esté aymés de la divine Majesté.

O Dieu, quelle consolation recevrons-nous en cette conversation celeste que nous aurons les uns avec les autres! Là nos bons Anges nous apporteront une joye plus grande qu'il ne se peut dire quand ils se feront reconnoistre à nous, et qu'ils nous representeront si amoureusement le soin qu'ils ont eu de nostre salut durant le cours de nostre vie mortelle; ils nous resouviendront des saintes inspirations qu'ils nous ont apportées, comme un lait sacré qu'ils alloyent puiser dans les mammelles de la divine Bonté, pour nous attirer à la recherche de ces incomparables suavités dont nous serons lors jouissans. Ne te resouviens-tu point, diront-ils, d'une telle inspiration que je te donnay en un tel temps, en lisant un tel livre, en entendant un tel sermon, ou bien en regardant une telle image? dira le bon Ange de sainte Marie Egyptiaque, inspiration qui t'incita à te convertir à Nostre Seigneur et qui fut le principe de ta predestination *. O Dieu, nos cœurs ne se fondront-ils pas d'un contentement indicible oyant ces paroles ?

Un chacun des Esprits bienheureux aura un entretien particulier selon son rang et sa dignité. Nostre glorieux Pere saint Augustin (je me plais à parler de luy car je scay que le souvenir vous en est fort aggreable) faisoit un jour un souhait de voir Rome triomphante, le glorieux saint Paul preschant et Nostre Seigneur allant parmi le peuple, guerissant les malades et faisant des miracles (1). O mes cheres ames, quel bonheur à ce Saint de contempler la Hierusalem celeste en son triomphe, le grand A postre (je ne dis pas grand de corps, car il estoit petit *, mais grand en eloquence et en sainteté) preschant et entonnant ces louanges qu'il donnera eternellement à la

(1) Le texte présente ici quelque confusion. Les trois souhaits attribués par les uns à saint Augustin, par d'autres à saint Chrysostóme ou encore à saint Fulgence, étaient de voir Rome en un jour de triomphe, d'entendre une prédication de saint Paul et une harangue de Cicéron,

Senm. IV 16

° Vite Fatrum, LE, Vit.S. Mar. Ægy pt.

c. xvi.Cf. tom. Vil hujus Edit., p. 95.

* Cf. tom. prseced.

hujus Edit., p. 74.

* Rom., xm, 13-14.

* Luce, 1, 39-55.

* Cf. Tr.de lP Am. de Dien, 1. V, c. x1.

242 SERMONS RECUBILLIS

divine Majesté en la gloire ! Mais quel exces de consolation pour saint Augustin de voir Nostre Seigneur operer le miracle perpetuel de la felicité des Bienheureux que sa mort nous a acquise! Imaginez-vous, de grace, le divin entretien que ces deux Saints auront l'un avec l'autre, saint Paul disant à saint Augustin : Mon cher frere, ne vous resouvenez-vous point qu'en lisant mon Epistre * vous fustes touché d'une inspiration qui vous sollicitoit de vous convertir, inspiration que j'avois obtenue de la divine misericorde de nostre bon Dieu par la priere que je faisois pour vous à mesme temps que vous lisiez ce que j'avois escrit? Cela, mes cheres Sceurs, ne causera-t-il pas une douceur admirable au cœur de nostre saint Pere?

Faites derechef une imagination, je vous prie. Supposez que Nostre Dame, sainte Magdeleine, sainte Marthe, saint Estienne et les Apostres fussent veus l'espace d'un an, comme pour un grand jubilé, en Hierusalem : quel d'entre nous autres, je vous supplie, voudroit demeurer icy ? Pour moy je pense que nous nous embarquerions tous et nous mettrions au peril de tous les hazards qu'encourent ceux qui vont d'icy là, pour avoir cette grace de voir nostre glorieuse Mere et Maistresse, Magdeleine, Marie Salomé et les autres qui s'y trouveroyent, puisque nos pelerins s'exposent bien à tant de dangers pour aller seulement reverer les lieux oü ces saintes personnes ont posé leurs pieds. Si cela est ainsy, mes cheres ames, quelles consolations recevrons-nous entrant au Ciel, oü nous verrons cette benite face de Nostre Dame toute flamboyante de l'amour de Dieu! Et si sainte Elizabeth demeura si transportée d'ayse et de contentement quand, au jour qu'elle la visita, elle luy ouÿt entonner ce divin Cantique du Magnificat *, combien nos cœurs et nos esprits tressailliront-ils d'une joye indicible lors qu'ils entendront entonner par cette chantre sacrée le cantique de l'amour eternel *! O quelle douce melodie! Sans doute nous pasmerons et entrerons en des ravissemens fort aymables, lesquels ne nous osteront pourtant pas l'usage ni les fonctions de nos puissances qui, par ce divin rencontre que nous ferons de la Sainte Vierge, s'habiliteront

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