ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XLIII
« apres tous les anciens, a determiné que le premier et « principal office de l'Evesque est de prescher ; et ne « vous laissés emporter a pas une consideration qui vous « puisse destourner de ceste resolution. Ne le faites pas « pour devenir grand predicateur, mays simplement « parce que vous le deves et que Dieu le veut. Le sermon « paternel d'un Evesque vaut mieux que tout l'artifice des « sermons elabourés des predicateurs d'autre sorte. Il « faut peu de chose pour bien prescher a un Evesque ; « car ses sermons doivent estre des choses necessaires et « utiles, non curieuses ni recherchees ; ses paroles sim- « ples, non affectees ; son action paternelle et naturelle, « sans art ni soin ; et, pour court qu'il soit et peu qu'il « die, c'est tous-jours beaucoup. Tout cecy soit dit pour le « commencement ; car le commencement vous ensei- « gnera par apres le reste. Je voy que vous escrives si « bien vos lettres et fluidement, qu'a mon advis, pour peu « que vous ayes de resolution, vous feres bien les « sermons. Et neanmoins je vous dis, Monsieur,qu'il n'en faut pas avoir peu de resolution, mais beaucoup, et de la bonne et invincible. »
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A prés ces conseils écrits à des Evéques, écoutons les leçons orales que saint François de Sales donnait à de simples prétres; elles ne dénotent pas moins de charité, de sagesse et d'esprit d'observation. Le P. Philibert de Bonneville, qui fut son premier historien, a déposé ce qui suit lorsqu'il fut appelé à donner son témoignage pour le Procès de Béatification du Serviteur de Dieu (1); « J'admiray sa charité le Caresme premier que j'eus le bien de prescher en sa presence ; car il vint tout expres à Sainct Dominique en la presente ville, me disant qu'on l'eust diverty en son logis, me donnant plusieurs advertissements remarquables pour prescher fructueusement, ce qu'il fit avec une charité plus que paternelle. Me tirant en un cabinet à part, se mit contre la table, disant quelques periodes pour m'enseigner la facon de gouverner la
(1) Process, remiss. Gebenn, (I), ad art, 37.
voix et faire les actions et gestes, m’advertissant de ne charger pas tant mes predications de sentences, mais de les peser davantage, et avec une doulceur non pareille me donnoit courage de m’employer serieusement à la predication. » Mais cette application doit ètre pure de toute préoccupation personnelle : « Il ne faut pas avoir tant de soin de bien faire, » disait encore le Saint au Religieux que nous venons de nommer, « mais il faut purement chercher le salut des ames, et lhors, comme la predication est une ceuvre de Dieu, il ayde par une faveur speciale à la sainctement exercer. »
Le P. Jean-François Rendu, Religieux Franciscain, reçut, sous une autre forme, les mêmes enseignements : « En 1612, » dit-il (1), « le Serviteur de Dieu me donna une pieuse méthode pour prêcher fructueusement au salut et à la conversion des àmes, disant que toute vanité de paroles doit être bannie des sermons, et que le Christ crucifié ne devait pas étre annoncé au peuple par les discours persuasifs de la sagesse humaine, mais par les effets sensibles de l'esprit et de la vertu (2). Et il ajouta ces paroles trés précieuses que j'ai conservées dans mon cceur afin de me les rappeler pour toujours : « Pére Jean-François, c'est en vain qu'un prédicateur préche s'il n'est embrasé des flammes de la charité. » La charité, tel est bien le supréme ressort de la véritable éloquence et la raison des succés prodigieux qu'ont obtenus les Saints dans le ministère évangélique.
De ces grands principes, notre aimable Docteur redescendait à toutes les observations pratiques dont son expérience lui avait fait connaitre l'utilité ; c'est ce qu’assure le célèbre Vaugelas (3), qui eut le bonheur d'entretenir avec lui des relations trés intimes. Le Bienheureux « ne pouvoit bonnement approuver, » dit-il, « la facon de prescher de ceulx qui parlent tousjours d'un mesme ton de voix, sans jamais la fleschir ny la ployer en aulcune sorte. Car oultre, disoit il, qu'ilz s'incommodent bien fort eux
(1) Process. remiss. Gebenn. (II), ad art. 7. (3) I Cor., u, 4.
(3) Process. remiss. Parisiensis, ad art: 35.