‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 19 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XLV · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XLV

mesmes et se travaillent grandement les flancz et les poulmons, ilz n’ont garde de faire une si forte impression sur les espritz de ceulx qui les escoutent que s’ilz varioient leur voix, la haussant et baissant selon qu'ilz jugeroient à propos ; d'autant que par ce moyen il semble à chaque auditeur que c'est à luy à qui s'addresse la parolle de celuy qui presche; car quand on parle à toute une assistance du mesme ton dont on parleroit à une seule personne, on applique bien plustost à soy mesme l'instruction du predicateur qu'on ne faict pas l'oyant esclater en une voix haulte qui, ne variant point, semble n'estre prononcée que pour frapper l'air et non pas la conscience d'un chacun des auditeurs en particulier. Ce bienheureux Prelat appelloit ceste facon de mesnager sa voix alloqui hominem, c'est à dire parler à son homme, et faire que chacun prist pour soy ce qui estoit departy à toute l'assistance en general. »

L'Evéque de Genéve s'attacha d'une maniére spéciale à la formation de plusieurs prétres, auxquels il donna, selon l'expression de Jean-François de Blonay et du P. Rendu, « un Directoire pour prescher fructueusement. » Les jeunes prédicateurs surtout étaient de sa part l’objet de sollicitudes attentives : il allait souvent les entendre pour étre mieux en mesure de leur indiquer les défauts dans lesquels ils tombaient ; d'autres fois il les appelait auprés de lui et leur recommandait principalement une application soutenue à l'étude, et la fuite de toute prétention, de tout vain étalage d'érudition dans la chaire sacrée.

Saint Frangois de Sales a exposé lui-méme ses procédés et ses méthodes ; il va nous en montrer la pratique dans sa vie apostolique. Nous l'avons entendu tracer des règles ; il est temps de nous convaincre qu'il s'y est con- formé en toutes choses, constatation aussi agréable que facile, puisque une partie de ses CEuvres oratoires nous sont parvenues.

Il serait fastidieux de répéter tout ce qui a été dit dans les Avant-Propos des trois volumes précédents sur la

double série de Sermons: les Autographes et ceux qu'on est convenu de désigner sous le nom de Sermons recueillis. Le lecteur se souvient de la distinction faite dans la première Série, entre les discours de la jeunesse ecclésiastique de François de Sales, et ceux de son épiscopat. Chacune de ces deux classes de Sermons a son genre de mérite : dans les premiers, écrits presque en entier de sa main, on entend parler le Saint; dans les seconds, on le voit travailler ; peu s'en faut que nous ne disions: on le sent penser. Ce ne sont plus, il est vrai, que des ébauches, mais ébauches tracées par un pinceau d'artiste, et selon les régles formulées dans les divers enseignements que nous avons analysés. On peut y constater le développement progressif des talents de l'Auteur, et voir au prix de quels patients labeurs il l'a obtenu. Assurément nous ne prétendons pas offrir ces canevas comme des types irréprochables ; ils sont esquissés à grands traits, ainsi qu'il convient à un homme de génie qui a droit de compter beaucoup sur les ressources que fournissent, au moment du débit, une longue habitude de la parole et surtout le feu de l'inspiration.

Inutile encore de répéter ici les indications contenues dans l'Avant-Propos de notre tome IX sur le caratére, le mode de transmission, l'authenticité des Sermons recueillis. Il suffit de rappeler que les imperfections qu'on peut y remarquer sont imputables bien plus aux Religieuses qui les ont écrits qu'au saint Evéque qui les a prononcés.

Ces observations faites, il nous reste à examiner de plus prés comment, dans la pratique, saint Frangois de Sales s'est conformé aux divers conseils qu'il proposait lui-méme aux prédicateurs. Et d'abord, voyons-le à . l'œuvre dans l'mploi du Texte sacré. Qui a pu lire les quatre volumes de ses Sermons sans étre frappé de la richesse des citations bibliques dont ils sont émaillés! Les piéces autographes, à elles seules, n'en comptent pas moins de quatre mille. Ce qui est plus remarquable encore, ce sont les interprétations qu'en donne le Saint, les déductions qu'il en tire, les applications qu'il en fait.

PR

Page 1