LVIII. Pour LE JEUDI APRÈS LE 11° DIMANCHE DE CARÉME
je n’en parleray pas icy. Je diray seulement que cela se peut quand les parties sont esgales ou qu'il n'y a pas grande disproportion, comme il n'y en avoit pas entre saint Joseph, car il a esté saint, et saint Mathias.) Le sort estant jetté il tomba sur ce dernier, et il fut Apostre *.
Quelques uns pensent que les Apostres receurent une inspiration ou une parole interieure qui leur donnoit à entendre que Mathias estoit choisi de Dieu pour Apostre, et qu'alors tous d'une commune voix dirent qu'il le seroit *; tout ainsy que lors qu'on fit Evesque saint Ambroise, le peuple estant en grand peine au sujet de cette election, l'on ouÿt la voix d'un petit enfant qui dit : Ambroise sera Evesque, et alors tous crierent qu'Ambroise le devoit estre *. Il en fut de mesme de saint Nicolas et de quelques autres. Or, Joseph, qui estoit juste, ne perdit point sa justice encores qu'il ne fust pas retenu pour Apostre, ains sa sainteté luy demeura, pour nous apprendre que Dieu ne choisit pas tousjours les plus saints pour gouverner et avoir des charges en son Eglise. Partant ceux qui y sont appellés ne doivent pas se glorifier et presumer d'eux mesmes, pensant estre meilleurs ou plus parfaits que les autres, et ceux qui ne sont point receus à tels offices ne s'en doivent point troubler, puisque cela ne les empeschera pas d'estre justes et aggreables à Dieu.
Voyla donques comme saint Mathias succeda à Judas, et comme il a esté un grand Apostre. Et quelle fut la fin de Judas ? Il se desespera, et voyant ce qu'il avoit fait 77 rapporta l'argent aux prestres de la Loy, confessant qu'il avoit vendu le sang du Juste. Mais ces prestres sinagogiques et mosaiques le rejetterent, disant qu'ils ne s'en soucioyent point, que s'il avoit mal fait c'estoit son dam et que pour eux ils n'en avoyent que faire * ; car en la Loy de Moyse il n'en prenoit pas comme en celle de grace sous laquelle nous sommes ; les prestres de ce temps icy ne rejettent pas ainsy les pecheurs quand ils viennent à eux, d'autant qu'il n'y a peché, pour grand et grief qu'il soit, qui ne puisse estre pardonné en cette
* Act., 1, 23-26.
* S. Dionys. Areop.
De Eccles. Hier.'c v, $v; Baronius, ac ann. 34, $ ccxxxm alii.
* Paulin.,in Vita S Ambr., $ 6.
* Matt., xxvii, 3, 4.
* Vide supra, p.261.
vie, si on le confesse : cecy est un article de foy. En fin Judas se desesperant se pendit et creva *, et son ame fut ensevelie aux enfers avec celle du mauvais riche. Mais celle du Lazare fut portée au sein d'Abraham, et de là dans le Ciel, où avec saint Mathias, qui vescut et mourut en grand Apostre, il jouira sans fin de l’eternité qui est Dieu mesme, auquel soit honneur et gloire par tous les siecles des siecles. Ainsy soit-il.