‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 201 sur 322 · LX. Pour LE JEUDI APRES LE 111° DIMANCHE DE CaRÉME · texte numérisé non relu

LX. Pour LE JEUDI APRES LE 111° DIMANCHE DE CaRÉME

nos directeurs et de ceux qui nous conduisent, ou selon qu'il est marqué dans les livres bien approuvés qui nous mettent hors de doute et danger. Voyla quant à cette premiere façon de mediter, qui est bonne et que je ne desapprouve nullement, car plusieurs grans et saints personnages l’ont prattiquée et la prattiquent encores ; aussi est-elle excellente quand on s'en sert comme ils l'ont fait.

La seconde maniere est de ne point faire d'imaginations, mais de se tenir au pied de la lettre, c'est à dire de se contenter de mediter purement et simplement les Evangiles et les mysteres de nostre foy. Or, cette facon icy est plus haute et meilleure que la premiere, et si, elle est plus simple et plus asseurée. C'est en cette sorte, pour revenir à nostre exemple, que saint Paul parle de Melchisedech quand il escrit qu'il estoit sans pere, sans mere, sans genealogie, sans commencement et sans fin. Mais quand il dit que Melchisedech estoit sans pere et sans genealogie, il ne veut pas signifier qu'il n'eust eu un pere et une mere comme les autres hommes, car il nasquit comme eux, et partant il avoit une genealogie. Il n'estoit pas sans commencement, puisque, comme homme, il eut une naissance, et non plus sans fin, d'autant qu'il mourut comme tous les autres. Mais parce qu'il n'est rien dit en la Sainte Escriture des pere et mere, de la genealogie, de la naissance ni de la mort de Melchisedech, saint Paul n'en veut rien declarer ni rien adjouster à la lettre, il ne veut rien dire de ce qui n'est pas escrit ; c'est pourquoy il parle de la sorte de ce saint personnage.

C'est en cette facon que je veux traitter de nostre febricitante, me tenant à la lettre du Texte sacré. Certes, cette femme est admirable en la facon qu'elle porta sa maladie corporelle, (1) et je trouve en l’Evangile que nous lisons aujourd'huy à la Messe qu'elle prattiqua un grand

( 1) C'est de divers fragments extraits des pages suivantes qu'a été composé en grande partie l'Entretien De ne rien demander. (Voir au tome VI de cette Edition, la remarque (b), p. 384, les pp. 385-387 et la Table de correspondance.)

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nombre de vertus ; mais celle que j'ay plus admirée c'est cette grande remise qu'elle fait d'elle mesme à la providence de Dieu et aux soins de ses superieurs. Comme elle est tranquille et paisible! Voyez-vous, elle avoit une grande fievre qui la retenoit dans le lit et la travailloit grandement, d'autant que c'est le propre de cette maladie; neanmoins elle demeure sans aucune inquietude et sans en donner à ceux qui estoyent aupres d'elle; car l'Evangeliste n'en fait aucune mention, ains dit seulement qu'elle estoit dans son lit avec la fievre. Chacun sçait toutefois combien grand est le mal de l'inquietude, et nos delicats en rendent tesmoignage ; quand ils n'ont pas dormi leurs neuf heures ils ne font que se plaindre : He, disent-ils, nous avons esté tout inquietés. L’inquietude est un mal dont pour l'ordinaire les febricitans sont grandement agités ; il les empesche de reposer et fait qu'ils s'ennuyent et qu'ils ne trouvent playsir à quoy que ce soit; il faut remuer le ciel et la terre pour les soulager, et tout cela ne leur sert de rien.

Or, cette grande remise de nostre febricitante entre les mains de ses superieurs est cause qu'elle ne s'inquiete point, qu'elle ne se met point en soucy de sa santé ni de sa guerison ; elle le laisse à ceux qui la gouvernent, se contentant de demeurer dans son lit et de souffrir sa maladie avec douceur et patience. O Dieu, qu'elle estoit heureuse cette bonne femme, et qu'elle meritoit bien que l'on prinst soin d'elle, comme firent saint Pierre et saint André et ces deux autres Apostres, Jean et Jacques, lesquels procurerent sa guerison ; ils prouveurent à ce qui luy estoit necessaire sans estre sollicités par cette malade, qui ne leur en parla point, ains poussés par la charité et commiseration de ce qu'elle enduroit. Que les malades qui sont parmi le monde seroyent heureux s'ils se laissoyent gouverner par ceux qui ont charge d'eux, et les Religieux et Religieuses s'ils faisoyent cette grande remise de nostre febricitante entre les mains de leurs Superieurs !

Si les gens du monde ont sujet de se delaisser ainsy à ceux qui les soignent, à cause de l'amour ou compassion

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