‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 202 sur 322 · LX. Pour LE JEUDI APRÈS LE iii? DIMANCHE DE CAREME · texte numérisé non relu

LX. Pour LE JEUDI APRÈS LE iii? DIMANCHE DE CAREME

naturelle qu'ils leur portent, à plus forte rayson les Religieuses qui vivent sous des Superieures lesquelles, par le motif de la charité, les servent et pourvoyent à leurs besoins. Cette charité est plus forte et presse de plus pres que la nature, elle n'espargne rien ; c'est donc par ce motif que les Superieurs et Superieures des Religions pourvoyent aux necessités de ceux qu'ils ont en charge. Que si un pere ayant malade un fils qu'il n'ayme point ne laisse de le faire traitter selon son besoin, poussé d'une compassion naturelle, que n'attendrons-nous des Superieurs qui nous servent par une vraye charité ?

La belle mere de saint Pierre scavoit que Nostre Seigneur estoit en Capharnaüm et qu'il guerissoit plusieurs malades; pourtant elle ne se met point en inquietude pour luy envoyer dire ce qu'elle souffre ni pour le prier de venir chez elle. Mais ce qui est encores plus admirable, c'est qu'elle le voit dans sa mayson, elle le regarde et il la regarde; et si, elle ne luy dit pas un mot de sa maladie pour l'exciter à avoir pitié d'elle. Elle ne crie point : Seigneur, fils de David, ayez pitié de moy*; ou : Seigneur, dites seulement la parole, ef mon ame sera guerie*, c'est à scavoir, je recouvreray la vie, la santé. Elle ne luy demande pas d'approcher du lit oü elle estoit gisante et de mettre la main sur elle ; elle ne s'empresse aucunement pour foucher ses vestemens ni la frange de sa robe, comme ont fait plusieurs autres, ainsy que nous le voyons en l'Evangile *. La pluspart sont allés au Sauveur pour estre gueris des maladies qu'ils avoyent au corps, et non point pour celles qu'ils avoyent en l'ame; il n'y a que la Magdeleyne, cette grande Sainte, qui soit venue à luy pour faire traitter son cœur et recevoir la guerison de ses infirmités spirituelles *, ce qu'elle fit en une facon admirable lors qu'elle estoit encores en la fleur de son aage.

O Dieu, combien y eut-il de malades en Capharnaüm qui, scachant que Nostre Seigneur, souverain Medecin, estoit là, tesmoignerent un tres grand empressement et avidité pour faire connoistre leur estat à celuy qu'ils scavoyent les pouvoir guerir. Certes, le centurion fut

Serm, IV 19

* Matt., xv, 22.

*Ibid.,vi1,8; Luca, vil, 7.

*Matt.,1x,20,21,XIV, ult.; Lucæ, vi, t9.

* Cf. supra, p. 82.

* Lucæ, vir, 3. Cf.

pag. praced.

* Matt., xv, 22-27.

Cf. supra, Serm.

* Marc., v, 22, 23.

*Epist. cccxLv.

voirement bien louable pour le soin qu'il prit d'envoyer au Sauveur des principaux de la ville à fin de l'advertir de la maladie de son serviteur *, comme aussi pour sa vive foy par laquelle il confessa qu'il ne failloit qu'une parole pour cette guerison ; mais il tesmoigna un grand empressement et inquietude pour le restablissement de son malade. Que ne fit pas la Chananée, combien ne cria-t-elle pas apres nostre cher Maistre et comme ne persevera-t-elle pas à l'importuner pour obtenir ce qu'elle demandoit ? Comme ne cria-t-elle pas apres les Apostres à ce qu'ils le priassent pour elle, ou que du moins, voyant son importunité, ils fussent meus à ce faire *? Et quelles instances ne fit pas le prince de la Synagogue pour induire Nostre Seigneur à descendre en sa mayson *? En somme, tous tesmoignerent beaucoup d'inquietude et de desir de leur guerison.

Mais encores en ce temps cy, que ne feroyent pas nos malades s'ils scavoyent qu'il y eust un homme de grande experience, pour le prier de les visiter et de remedier à leurs maux ? Ávec quelle impatience n'attendroyent-ils pas sa venue ? O certes, cette inquietude ne procede que d'un amour desreglé de soy mesme, maladie à laquelle sont sujets non seulement leg gens du monde, mais aussi ceux qui vivent en Religion. Le glorieux saint Bernard, qui entendoit bien cecy, escrivit une epistre traittant tout au long des maladies corporelles, aux Freres de saint Anastase *. Ce sont des moines qui se nomment comme cela, lesquels demeuroyent à Rome. Or, en cette famille, ils se trouvoyent presque tous malades, et je le crois bien, car ils estoyent nombreux et tous de diverses nations ; peut estre aussi estoyent-ils en mauvais air, ou que celuy de Rome estoit pour lors corrompu, ce qui leur causoit plusieurs infirmités. Saint Bernard en estant adverti, leur addressa cette epistre en laquelle il leur parle comme il faut et avec du savon assez chaud. Il leur mande qu'il n'est point loysible aux Freres de saint Anastase de penser aux remedes propres à recouvrer la santé, ni moins de les demander ; qu'ils ne doivent point scavoir quelle medecine il leur faut prendre, ni s'ils ont besoin

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