‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 21 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LI · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LI

l’Ecriture ayant trait à l'acquisition d'une vertu ou à la correction d'un vice, l'homélie proprement dite et le panégyrique, à quoi il faudrait ajouter trois autres genres plus fortement tranchés : le sermon de controverse, la conférence aux Religieuses et l'oraison funébre. Il serait trés intéressant de répartir entre ces différentes catégories les deux cent trente-deux Sermons qui nous sont parvenus. Une bonne partie entrerait dans la premiére ; plus nombreuses encore sont les homélies sur les Evangiles de l'Avent et du Caréme ; trois panégyriques sont restés à l'état de sommaires ou de canevas. Quant aux sermons sur l'acquisition et la pratique des vertus, il en est peu dans lesquels la méthode tracée par le Saint puisse étre nettement distinguée ; toutefois, s'il ne s'y conforme pas entiérement, on sent qu'il ne la perd pas de vue. Nous ne parlons pas des sermons de controverse, qui ont été entre tous l'objet d'une préparation spéciale, non plus que des nombreuses conférences adressées aux Filles de la Visitation, et recueillies par elles.

Les biographes de saint François de Sales ne mentionnent que deux oraisons funébres prononcées par lui; celle du duc de Mercœur, qu'il condescendit à livrer à l'impression, et celle de la duchesse de Nemours, Anne d'Este, dont rien ne nous a été conservé. Cette sorte de discours répugnait fort au saint Evéque, parce que, disaitil, « si l'on n'y prend garde, l'esprit mondain monte dans « la chaire sacree, s'y respand en louanges mensongeres, « indignes du lieu saint, et la flatterie des cours prend « la place de la parole de verité (1). »

La simplicité, le naturel, telles sont les qualités maitresses aux yeux de l'aimable Orateur; elles brillent dans le fonds de ses prédications ; elles sont l'un des agréments de la forme; toujours il se montre tel qu'il est, et il peut le faire avec avantage, car rien de plus noble, de plus pur, de plus attachant que sa personnalité. L'homme de génie ne fait jamais oublier le Saint; et c'est à cette sainteté si attrayante qu'il dut en partie le succés prodigieux

(1) Ancien Manuscrit de l'Année Sainte de la Visitation, 27 juin,

LII SERMON$ RECUBILLIS

. de son ministère. Sa parole est toujours animée de cette ferveur ardente et communicative à qui la piété chrétienne a fait un nom spécial, « l’onction. » Son cœur est possédé de l’amour de Dieu et des âmes, et ce double amour l’inspire, l’émeut, le transporte, au point que ses auditeurs ont déposé l’avoir vu souvent en chaire « resplendissant comme un seraphin. » Il ne faut donc pas s'étonner que l’on sente circuler dans ses sermons la chaleur et la vie et que des fruits de conversion répondissent partout à l'ardeur de son zèle; car, écrivait-il (1), « il n’est point « de terre si ingrate que l'amour du laboureur ne fce- « conde. » Aussi pouvait-on lui appliquer la belle parole tombée un jour de ses lévres (tome VIII, p. 289) : « Rien « ne manque aux Pasteurs qui aiment... Deux mots « inspirés par l'amour sont suffisants. »

Mais il n'a garde de se contenter de « deux mots. » Ses sermons sont l'objet d'une préparation soigneuse : dans sa jeunesse il les écrit en entier, comme nous avons dit; quand la multitude de ses affaires ne lui en laisse plus le loisir, du moins trace-t-il encore des canevas et des notes, et s'étudie à faire passer chez ses auditeurs les sentiments dont il est animé ; et si dans son travail préliminaire il lui semble ne pas y avoir suffisamment réussi, on le surprend ajoutant à travers ces notes des parenthèses ainsi conçues : « Ceci doit étre fortement inculqué... Cette histoire doit « étre racontée aussi nettement que possible. » C'est que, pour lui, l'assistance n'est pas une sorte d'abstraction, un étre collectif ; son esprit la décompose et se met en face de chaque individualité; son âme entre en communication avec chaque âme : il prévient ses objections, répond à ses plus secrétes pensées, s'identifie avec elle, de sorte que toujours il s'applique à alloqui hominem. Et cet homme, cette âme qu'il prend ainsi à partie, c'est la plus humble, la moins bien douée de l'auditoire. Dans chacun de ses sermons le saint Evéque aurait pu dire ce que nous lisons dans l'un des derniers qu’il ait écrits(tomeVIII, P. 400) : « Vous voyes des-ja la plus part ce que je veux

(1) Lettre à Mgr Camus.

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