‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 22 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LNI · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LNI

« dire, mays il est expedient que je l’explique pour les « simples. » Et c’est là un trait caractéristique du véritable talent oratoire autant que de la sainteté : Savoir se faire fout à tous pour les gagner tous à Jésus- Christ (1).

Saint François de Sales Modèle de l'éloquence sacrée

Saint François de Sales, ainsi que nous venons de le voir, a tracé d’une main sûre et appliqué avec constance et succès, les véritables lois de la prédication évangélique. Il a donc le droit d’être considéré comme Maître et, à ce titre, suivi en toute confiance. Mais de là on ne pourrait pas conclure rigoureusement et sans autre preuve qu’il fût un Modèle. Un orateur peut donner un enseignement puisé aux meilleures sources, être irréprochable sous le double rapport du style et de l'élocution, sans mériter ce nom. Le travail, la bonne volonté, l’effort personnel aussi persévérant qu’on le suppose ne sauraient suppléer toujours à ce qu’a refusé la nature. Celui qui n’a pas le don de pénétrer, de toucher, peut être un parleur agréable, il ne sera jamais un grand prédicateur. L'éloquence se trouve là seulement où l’on « rencontre un cœur qui palpite, une àme qui tressaille, une àme vivement éprise du vrai, du beau, du bien, et qui exprime avec bonheur ce qu'elle sent avec force (2). »

Que saint François de Sales soit du nombre de ces personnalités ainsi richement douées, et que ses brillantes facultés aient été dirigées et perfectionnées par les règles de l’art oratoire, il sera incontestablement un Modèle; c’est ce que nous allons démontrer. Pour cette démonstration il suffira de produire le témoignage de ses contemporains

(1) I Cor., 1x, 19, 22.

(sa) Mgr Freppel, ouvrage cité p. vi, Ile Leçon.

et de prouver qu'il possédait toutes les aptitudes intellectuelles et morales qui constituent le grand orateur. Ensuite il sera facile de faire évanouir les restrictions qu'ont apportées certains auteurs aux louanges données à cette partie des Œuvres de l'Evéque de Genève.

Pour faire rayonner d'un plus vif éclat les qualités et les vertus de son Serviteur, la Providence l'avait mis en relation avec une foule d'esprits supérieurs, capables de reconnaitre et d'apprécier en lui tous les genres de mérite : c'était en Savoie sainte Jeanne-Frangoise de Chantal et le président Favre ; c'étaient à Paris des hommes d'église et des courtisans : de Bérulle, du Val, Vincent de Paul, Vaugelas, Des Hayes; c'était Henri IV lui-méme, qui se glorifiait d'étre l'ami de « Monsieur de Genéve, » comme on disait alors. Qu'on ne nous objecte pas que cette estime, cette admiration compromettent limpartialité des témoignages. Ils sont tellement unanimes et si multipliés qu'il n'est pas possible d'en suspecter la sincérité.

Et d'abord, personne n'aura l'envie de contredire au célébre Antoine Favre qui, par son seul mérite, obtint la plus haute dignité de son pays : la charge de premier Président au souverain Sénat de Savoie. Ce grand jurisconsulte,dont la réputation devint européenne, parle ainsi de notre Saint dans la Préface de son Codex Fabrianus : « Comme prédicateur, non seulement il s'énonce extrémement bien (disertissimus), ce dont beaucoup sont capables ; mais il est trés éloquent (eloquentissimus), ce qui est le mérite du petit nombre. On ne sait en quoi il excelle, ou dans la profondeur de la doctrine, la beauté de la diction, la majesté de l'expression, ou dans le choix des sujets les plus appropriés aux circonstances. » Souvent dans sa correspondance privée, l'illustre magistrat, bon juge en telle matiére, répéte en d'autres termes les mémes éloges. Ils sont l'expression non de l'enthousiasme mais d'une profonde conviction, car il parle en témoin auriculaire. Bien plus, il appréciait à tel point les sermons de son saint Ami qu'il voulut en transcrire plusieurs de sa propre main. Ces copies, qui furent

Page 1