ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LV
retrouvées plus tard dans les archives de la famille Favre, aidèrent le Président pour la composition d'un ouvrage mentionné par l'Evéque de Genève dans une lettre adressée à sainte Jeanne-Françoise de Chantal, à la date du 11 février 1607 : « Je vous envoye, » écrit-il, « le livre « ci joint auquel vous verres beaucoup de beaux traitz, « qui furent en partie faitz sur mes premieres prædica- « tions par M. le President de cette ville, homme de rare « vertu et fort chrestien. »
Un autre contemporain et ami de notre Saint, dom Jean de saint François, Général des Feuillants, lui a rendu ce témoignage (1) : « Il avoit la voix forte, intelligible et posée, le style tres elegant; les termes bons, propres et naifs, accommodez à ses pensées qui estoient claires, nettes et nullement confuses ni enveloppées ; ses conceptions rares, hautes et divines, mais traitées par lui d'une facon commune et si facile que chacun en étoit capable, jusques au plus simple peuple qui retenoit aisement ses sermons à cause de la facilité qui se rencontroit en sa methode, et du grand ordre et arrangement qu'il y apportoit et observoit. Plusieurs... qui ne scavent pas combien ceste facilité est difficile, aprez l'avoir entendu s'imaginoient qu'ils en eussent bien fait autant que lui; et c'est en quoi consiste le dernier point de l'excellence de celui qui parle en public, que de tromper ainsi la presomption de son auditeur. Il accompagnoit tout cela d'un geste grave et majestueux, mais qui ne tenoit en rien du fastueux ni du severe. Il avoit tant de grace et tant d'attrait en ses sermons que, qui l'avoit entendu une fois, à peine en pouvoit-il gouster d'autres... Il ne préchoit point d'une facon trop recherchée ; mais, de l'abondance de son cœur et du grand fons de la doctrine qu'il avoit acquise par labeur, ou que par oraison la grace lui avoit infuse, procedoient les paroles de vie (2) qui sortoient de sa bouche, toute respirante d'amour et de sainteté. »
(1) La Vie du Bien-heureus Mre Frangois de Sales, Evesque et Prince de Geneve... par le R. P. Dom Jean de S. François, Superieur General de la Congreg. des Feuillans (Paris, Michel Soly, m.pc.xx1v), liv. II.
(2) Joan., vi, 64, 69.
La conversion du Chablais prouverait à elle seule, et d'une manière éclatante que, dès sa jeunesse, François de Sales fut puissant en parole (1). D'autres missionnaires avaient, avant lui, tenté cette œuvre difficile ; pour tous, l'échec fut complet. Le Prévót parait; les hérétiques, subjugués déjà par le charme de sa vertu, sentent qu'ils ne sauraient échapper à la divine séduction de son éloquence ; une abstention rigoureuse est imposée par les ministres sous les peines les plus sévéres. Ne pouvant se faire écouter, François réussit à se faire lire. Les défiances diminuent, les préjugés tombent ; on se rapproche de lui, on s'enhardit à l'entendre, et bientót cette florissante province est rendue à l'Eglise.
Un des coryphées de l'erreur, le colonel de Brotty, avouait que les promesses et les menaces du Duc de Savoie, son souverain, l'avaient laissé insensible ; les invectives virulentes de certains prédicateurs, moins prudents que zélés, l'avaient affermi dans son obstination ; mais devant les « agreables discours » du Prévót, lui et ses adeptes avaient senti diminuer leur « totale aversion » pour sa religion (3), et tous finirent par rendre les armes, que nul autre jusque là n'avait pu arracher de leurs mains. Ainsi l'Apótre vérifiait-il la parole qu'il insérait dans les Coníroverses (3) en traitant de la fécondité de l'Eglise : Cette fécondité « se faict principa- « lement par la predication, comme dict saint Pol (4) : « Per Evangelium ego vos genui.» Et, révélant comme à son insu, la cause des succés prodigieux qu'il devait obtenir, il ajoute : « La predication donques de l'Eglise « doit estre enflammee : /gnitum eloquium tuum, « Domine (5); et qu'y a il de plus actif, vif, penetrant et prompt a convertir et bailler forme aux autres matieres que le feu? »
La prédication du saint Missionnaire était vraiment
(1) Lucæ, ult., 19.
(3) Process. remiss. Gebenn. (T), ad art. 11 et 40.
(3) Tome Ie" de notre Edition, Partie I, chap. ur, art. xix. (4) I Cor., zv, 15.
(5) Ps. cxviu, 140.