‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 235 sur 322 · LXIV. Pour LE DiMANCHE DES RAMBAUX · texte numérisé non relu

LXIV. Pour LE DiMANCHE DES RAMBAUX

imperfection seroit aussi menteur que celuy qui diroit qu'il n’a point de perfection ; car tout homme, pour saint qu'il puisse estre, a des imperfections, et, pour meschant qu'il soit, il a quelque perfection. Entant qu'il est creé à l'image de Dieu* il tient de luy tout ce qu'il a de bon ; et entant qu'il est creé du rien il luy reste tousjours de l'imperfection.

Cecy est tellement general qu'il ne se trouve pas seulement aux creatures humaines ains encores és Anges, car leur perfection n'a pas esté exempte d'imperfection ; l'iniquité s'est trouvée parmi eux, et Dieu les a precipités parce qu'ils s'estoyent rebellés contre luy*. Et non

seulement elle s'est rencontrée parmi les Anges avant &

qu'ils fussent confirmés en grace, mais aussi du despuis, d'autant qu'ils n'ont point esté si entierement parfaits qu'il ne leur soit resté une certaine imperfection negative, laquelle neanmoins ne les rend point desaggreables à Dieu; elle ne les peut non plus faire descheoir de la beatitude, ni leur faire commettre aucun peché, car ils sont confirmés en grace. Cette imperfection est que, quoy qu'ils soyent jouissans de la claire vision de Dieu, ils ne reconnoissent pas tousjours tres clairement ce qui est de sa volonté, de sorte qu'en attendant d'en avoir une plus claire connoissance ils font au plus pres qu'ils peuvent ce qu'ils jugent estre le plus conforme au divin bon playsir, combien qu'ils soyent quelquefois d'advis differens l'un de l'autre. Il advint ainsy aux Anges gardiens des Persans et des Juifs qui desbattoyent ensemble pour ce qui estoit de l'execution de la volonté de Dieu *; en quoy ils commirent une imperfection, sans toutefois pecher car ils ne le pouvoyent pas faire. Ils ressembloyent à ceux qui contreviennent à cette sainte volonté sans le scavoir ou connoistre ; car s'ils scavoyent que ce qu'ils font n'est pas du bon playsir de Dieu ils mourroyent plustost mille fois que de le faire. Mais la divine Sapience a voulu laisser cela aux Anges pour monstrer qu'il n'y a aucune creature qui n'ayt en soy quelque imperfection et qui ne porte la marque de son extraction qui est le rien.

L'on ne fait donques point de tort aux Saints quand on

* Job, rv, 18, xv, 15; II Petri,u, 4; Jude,

* Dan., x, 13.

* Cf. tom. præced.

bujus Edit., pp.73-

° Ep. cvin, ad Eustoc .

* Cf. Introd. a laVie dev., Partie III,cc.

1, u, et Les Entrefiens,tom. VI hujus Edit., pp. 347, 348.

* S. Athan., in Vita ejus, c. ur. Cf. Les

ntretiens, tom.VI hujus Edit., p. 426.

raconte leurs defauts et pechés en parlant de leurs vertus; ains au contraire, ceux qui escrivent leur histoire font un grand tort à tous les hommes en les celant, sous pretexte de les honnorer, ou en ne racontant pas le commencement de leur vie, crainte que cela diminue ou amoindrisse l'estime que l'on a de leur sainteté *. O non, cela n'est pas, ains ils font injustice à ces Bienheureux et à toute la posterité. Tous les grans Saints escrivant les vies des autres Saints ont tousjours dit ouvertement et naifvement leurs fautes et imperfections, pensant, comme il est vray, rendre en cela autant de service à Dieu et aux Saints mesmes qu'en racontant leurs vertus. Le glorieux saint Hierosme, escrivant l'epitaphe, les louanges et les vertus de sa chere Paula *, dit clairement ses defauts et les met aupres de ses vertus ; il condamne luy mesme avec une verité et naifveté tres grandes quelques unes de ses actions comme imparfaites, et fait tousjours marcher la verité en rapportant ses perfections et imperfections, car il scavoit bien que l'un seroit autant utile que l'autre *.

Il est bon de voir les defauts aux vies des Saints, non seulement pour reconnoistte la bonté que Dieu a exercée en leur pardonnant, mais encores pour apprendre à les abhorrer, eviter et à en faire penitence comme eux. Nous y voyons aussi leurs vertus pour les imiter; et en effect, les vrays Chrestiens, les vrayes Religieuses doivent estre comme des avettes qui vont voltigeant sur toutes les fleurs pour y ramasser le miel et s'en nourrir. C'est ainsy que faisoit le grand saint Antoine, lequel s'estant retiré du monde s'en alloit parcourant les deserts dans toutes les grottes des anachoretes pour non seulement remarquer et recueillir, comme une avette sacrée, le miel de leurs vertus à fin de s'en sustenter, ains encor pour eviter et se garder de tout ce qu'il trouveroit de mal ou d'imparfait en eux *; de sorte qu'en fin il devint un grand Saint.

Cependant il se trouve des ames qui font tout le contraire : elles ressemblent non à des abeilles, mais à des guespes, meschans animaux qui vont voirement bien volant sur les fleurs, mais pour en tirer non point le miel ains le venin ; que si elles recueillent le miel, c'est pour

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