LXVII. POUR LA FÊTE DB L'IMMACULER CONCEPTION
laquelle ressemble à un bel arbre, ou bien à l'oranger qui est tousjours verdoyant en toute saison. De fait, en Italie, sur la coste de Genes, et encores en ces pais de France, comme en Provence, le long des rivages on le void porter en toute saison ses feuilles, ses fleurs et ses fruits. (Asseurement l’oranger est tousjours en un mesme estat sans se flestrir jamais ; neanmoins il a cela, qu'il ne nourrit pas.) Ainsy l’Eglise a ses feuilles, qui sont ses ceremonies, ses fleurs, qui sont ses actions, et ses fruits, qui sont ses bonnes œuvres et les bons exemples qu’elle donne au prochain en toutes occasions.
De plus, il y a en icelle sept Sacremens, lesquels pourtant nous ne sommes pas obligés de prattiquer tous, ains seulement chacun selon sa vocation, comme celuy des Ordres pour les prestres et celuy du Mariage pour ceux que Dieu y a appellés. Quant aux autres il nous en faut servir en temps et lieux, et les recevoir selon que l’Eglise nous le commande, car nous y sommes tenus.
Venons à nostre second point, à sçavoir quelles sont les festes que nous celebrons. Considerons d’abord que Dieu estant un Esprit pur et libre, voulant faire quelque chose hors de soy il crea les Anges, et ensuite Adam et Eve en estat d'innocence et de justice originelle ; de plus il leur laissa leur franc arbitre, accompagné de toutes les prerogatives et privileges de grace qui se puissent desirer. Mais Lucifer, cet esprit de revolte, se voyant doué d'une nature si excellente, que fit-il? Il ne se voulut sousmettre en façon quelconque. Or, vous sçavez que tous les Anges furent creés en grace, mais ils ne furent pas aussi tost confirmés en icelle, Dieu leur ayant laissé leur franc arbitre et pleine liberté. Ce premier Ange donc, qui estoit Lucifer, se trouvant si beau et excellent en sa nature, car il estoit le plus parfait de tous, dit en soy mesme*: Je me feray semblable au Tres Haut et me sieray sur les flancs d'aquilon, qui sont les plus hauts, et tous me rendront honneur. Saint Michel voyant cela, se prit à dire : Qui est comme Dieu”?
et par ce moyen le renversa en l'abisme des enfers”,
d'autant, comme l'escrit saint Bernard *, que nul ne peut estre eslevé qu'au prealable il ne se soit humilié.