‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 27 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXV · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXV

appréciation équitable. Sermo opportunus, dit le Sage (1), est optimus. Ne serait-il pas dépourvu de sens celui qui voudrait juger le génie de Bossuet d’après les exhortations familiéres que ce grand homme adressait à des villageois au cours de ses visites pastorales ?

Les conclusions tirées des discours écrits sont donc assez souvent mal fondées. Si l'on peut constater que le prédicateur a laissé des chefs-d'ceuvre, comme firent les célébres orateurs qui illustrérent en France la seconde moitié du XVII° siècle, la discussion est close; sinon, une enquéte devient nécessaire. Pour reconnaitre et admettre la supériorité qu'on attribue à ces hommes, les critiques ont droit d'exiger que sur tous leurs travaux ils aient apposé le sceau d'un talent peu commun. Si toutefois il est possible d'invoquer en leur faveur des preuves extrinséques, il suffit que les preuves tirées des discours écrits n'y contredisent pas; c'est ce qui a lieu pour notre Saint. De tous les Sermons qu'il a préchés durant les vingt années de son épiscopat, alors qu'il était dans la pleine maturité du talent, nous n'en avons pas un seul rédigé in extenso. Le témoignage des contemporains supplée à ce défaut en attestant que, pendant cette période, l'Evéque de Genéve fit des prodiges d'éloquence ; donc, il eut à un degré éminent le don d'éclairer et de toucher.

Nous savons qu'il fut richement doué de toutes les facultés solides et brillantes qui permettent d'exercer une irrésistible action sur l'intelligence et la volonté d'autrui. Et d'abord, nous l'avons dit dans la seconde Partie de cette Etude, rien n'égale la force et la justesse de son argumentation, si ce n'est l'heureux usage qu'il fait des saintes Lettres. D'aprés le Cardinal Pie (2), « la Bible est plus que la régle de ses pensées : on peut dire qu'elle en est devenue la substance. » Or, «les Ecritures, » déclare notre Saint-Pére le Pape Léon XIII (3), « ont pour vertu propre et singuliére de donner à l'orateur

(1) Prov., xv, 23.

(2) Lettre postulatoire citée p. xr.vii, note (3). (3) Lettre Encyclique Providentissimus Deus, 18 novembre 1893.

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sacré l’autorité, la liberté apostolique du langage, l’éloquence nerveuse et triomphante. »

Mais pour exploiter les richesses contenues dans cette mine inépuisable, l’étude ne suffit pas; elle doit être fécondée par la méditation, qui, mettant l’intelligence humaine en contact immédiat avec Dieu, la rend capable d’être surnaturellement illuminée. Ainsi le comprenait et pratiquait excellemment notre Saint ; la méditation est même le grand ressort et de son action personnelle et de l'effort correspondant qu'il exige de l’auditeur. Déjà il l'avait insinué dans son Epitre « a Messieurs de Thonon (1): « Lises mes raysons attentivement... puys prenes tems « et loysir de rassoir vostre entendement. » D’après lui, les Docteurs méritent leur couronne « par la meditation, » comme « les Martyrs par la constance (?). » De là vient linsistance avec laquelle dans ses deux chefs-d'ceuvre ascétiques, il conseille, recommande et déclare indispensables l'oraison mentale, « la consideration ; » c'est ce qu'il répéte souvent dans les Sermons sous des formes diverses.

Ces Sermons ainsi préparés par l'étude et la priére contiennent une doctrine profonde, et présentée toujours avec la plus parfaite clarté. Les Autographes, ceux-là surtout qui demeurérent inédits jusqu'à présent, complètent l'enseignement donné dans les Controverses sur la Tradition, sur l'infaillibilité de l'Eglise et du Souverain Pontife; on peut le constater principalement dans ce qui nous reste du Caréme préché à Grenoble en 1617. Les discours préparés pour cette station offrent aussi de remarquables lecons de théologie morale: telles sont, par exemple, celles que contiennent sur l'avarice le Sermon CXXXI, et sur la charité fraternelle le Sermon CXXX V. Francois de Sales était donc parfaitement à méme d’éclairer les intelligences. Il n'était pas moins puissant à subjuguer la volonté, par les deux armes irrésistibles que nous avons indiquées plus haut : la force proprement dite et le pathétique.

(1) Voir Les Controverses, tome I°" de notre Edition, p. 6. (3) Lettre à une Religieuse de saint Bernard pour la fête de tous les Saints,

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