LXX. Pour LA rîre pe LA PENTECÔTE
Spiritus consilii et fortitudinis, Spiritus scientia et pietatis, et replebit eum Spíritus timoris Domini. De sorte que l'humanité sacrée de nostre Sauveur a esté comme une divine fleur sur laquelle le Saint Esprit s'est reposé pour luy communiquer ses sept dons; ce qui nous est tres bien representé par ce chandelier d'or avec ses sept lampes, qui estoit devant le tabernacle en l'ancienne Loy, et lequel pouvoit estre appellé une fleur parce que ses vases estoyent disposés en guise de fleurs de lys *.
Voyons maintenant quels sont ces sept dons *. Le Prophete les rapporte selon l'ordre de leur dignité, et d'autant que le don de sapience est le plus excellent et le plus relevé, il le met le premier, et les moins excellens il les met à la fin. Mais nous, qui en devons parler pour nous instruire, commencons par le bas bout pour monter au plus haut, et puisque nous sommes en terre, commençons par le premier degré ; quand nous serons parvenus en haut, je veux dire au Ciel, nous pourrons puiser les tresors dans le sein du Pere eternel.
Or voicy donques, pour commencer à monter cette divine eschelle, que le premier don du Saint Esprit est le don de crainte de Dieu*. Mais quelle crainte? car il y a double crainte de Dieu, inferieure et superieure. 7nilium sapientie timor Domini; Le commencement de la sapience c'est la crainte de Dieu, dit le Psalmiste* : et en un autre lieu * : Timete Dominum, omnes Sancti ejus ; Craîgnez Dieu, o vous tous saints et esleus. Et le Sage dit* : On escrit tant de livres qu'on veut, mais l'abbregé de tous c'est la crainte de Dieu.
Mais qu'appellez-vous crainte inferieure ou superieure? dira quelqu'un; expliquez-nous en quoy elle consiste. Or, il faut scavoir que cette crainte est double; car on craint Dieu ou entant qu'il chastie les malfaiteurs ou entant qu'il recompense les bienfaiteurs. Mais cette [première] crainte est servile et semblable à celle des forçats de galere, qui ne voguent que par force et ne vogueroyent jamais s'ils ne craignoyent qu'on les accablast de coups de nerfs de bœuf. De mesme il y a plusieurs personnes lesquelles ne quitteroyent jamais leur mauvaise
* Exod., xxv, 31-34.
* Cf. tom. præced.
hujus Edit., Serm.
* Cf. Tr.del'Am. de Dien,1. XI, c. xvin.
* Psal. cx, ult.; cf.
Prov., 1, 7 ; Eccli., I, 16.
* Ps. xxxii, 10.
*Eccles.,ult.,12,13.
* Vers. 8.
* Enarrat. in Ps.
cxtix, 8 15. Cf. tom.
praeced. hujus Edit.,
*Hom.xn ad Popul.
Antioch., $ 3 seq.
* Vers. 120.
* Cap. xxiv, 25.
vie s'ils ne craignoyent la mort, le jugement et les pei d'enfer; et cette crainte est la plus generale entre hommes, ainsy que l'experience le fait voir tous les jou car de dix mille penitens, il n’y en a peut estre pas qui ne commence son salut par cette crainte de la mc du jugement et de l'enfer. C'est pourquoy le saint P phete David parlant à Dieu, au Psalme CXLIX *, luy d Vous assujettirez sous vostre empire les rois et
grans, et les emprisonnerez avec des menottes de f Ad alligandos reges eorum in compedibus, et nobi eorum in manicis ferreis.
Ces menottes et chaisnes de fer, dit saint Augustit c'est la crainte d'estre damné, et cette crainte est bor pour commencer son salut, parce que les hommes rec noissans qu'il est impossible que Dieu ne se venge : pecheurs qui l'ont offense, ils craignent et redoutent chastimens, et cette apprehension est naturelle; . comme la nature nous enseigne qu'il y a un Dieu, au: dit saint Chrysostome *, il est impossible de penser qi y a un monde regi et gouverné par sa providence, [sa que sa justice ne soit exercée sur les hommes pour pu les pechés.C'est pourquoy les philosophes, comme Plat: Aristote et les autres, ont craint et ont pensé que Di apres cette vie chastieroit les offences.
David mesme luy faisoit cette priere au Psalme CX VII Confige timore tuo carnes meas, a judiciis enm. luis timui ; Transpercez mon cœur de la sagette vostre crainte, car j'ay redouté vos jugemens. Je : suis espouvanté, et mon cœur a esté percé de part part. Et ne lisons-nous pas és Actes des Apostres * q Felix, president de Judée, trembla et fut saisi d'u grande crainte, nonobstant qu'il fust payen, entend: parler saint Paul du jugement dernier, et toutefois il se convertit pas? Ainsy plusieurs craignent les div; jugemens, mais leur cœur n'est [pas] transpercé de ce crainte. Il leur vient bien une certaine crainte laque n'estant que dans la partie inferieure et dans les se n'opere rien dans leurs ames ; où la crainte don du Sa Esprit entre et penetre le cœur, et opere des fruits dig