‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 29 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXXI · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXXI

il le sera toujours en œuvres (1). Notre siècle railleur et sceptique n’a-t-il pas vu un pauvre Curé de campagne ébranler la France et les contrées environnantes, et opérer des conversions plus éclatantes et plus nombreuses que n'en obtinrent les célèbres orateurs qui illustraient à la même époque la chaire de Notre-Dame de Paris ?

Pour augmenter la confiance que l’Evéque de Genève inspirait à tous, il plut à Dieu de manifester sa sainteté par des prodiges au temps même où il enseignait la parole divine. Plus d'une fois, « il devint à la veuë de tous les assistans rayonnant comme un soleil, et environné d'une telle splendeur qu'à peine le pouvoit-on plus discerner, et sembloit estre tout converty en clarté (2). » Nous pourrions citer une foule de merveilles semblables par lesquelles le Seigneur autorisa la mission de son Serviteur, et répéta pour ainsi dire sur sa personne le /fsum audite du Thabor (3).

Si la sainteté de notre Docteur est incontestée, il n'en est pas de méme de son mérite oratoire. Quelques critiques ont voulu l'amoindrir, en produisant contre les Sermons trois griefs principaux : à les en croire, ils offrent des applications forcées du Texte sacré, des comparaisons dépourvues d'à-propos et de justesse et une trop grande familiarité. Nous allons rapidement examiner ces trois chefs d'accusation.

Quant au premier, Jacquinet ne craint pas de ranger notre Orateur parmi les hommes qui avaient coutume « de chercher partout dans les saints Livres l'envers du sens apparent (4). » A l'encontre d'une assertion si aventurée s'élévent non seulement les préceptes formulés dans l’Epistre sur la Predication, mais la pratique

(1) Luce, ult., 19.

(2) La Vie du Venerable Serviteur de Dieu François de Sales Evesque et Prince de Geneve... par Messire Henry de Maupas du Tour, Evesque et Seigneur du Puy (Paris, Jacques Langlois, x.pc.rvi), Partie IV, chap. xr.

(3) Matt., xvii, 5.

(4) Des Prédicateurs du XVIIe siècle avant Bossuet (Paris, 1863), chap. 1.

même du saint Evêque. C’est avec réserve, presque avec hésitation, qu’il touche au sens accommodatice ; aussi dans le Sermon pour l’Assomption 1601, a-t-il bien soin de noter qu'il appliquera seulement per similitudinem l'Evangile du jour au mystère dont on fait mémoire. Et vingt ans plus tard il commence ainsi le sommaire d'un autre discours préparé pour la même fête (tome VIII, p. 403) : « J'ai la coutume de suivre dans « mes sermons le sens littéral ; mais ici l'autorité de « l'Eglise me persuade d'en agir autrement... Raconter « l'Evangile et ajouter ensuite : l'Eglise emploie cette « comparaison. »

Le docteur Froger, que nous avons déjà cité, nous a conservé quelque chose des enseignements que, durant son séjour à Paris, le Serviteur de Dieu donnait à « divers et trés nombreux ecclésiastiques, abbés, religieux, curés, docteurs, les portes de l'église fermées. » Or, parmi les instructions faites à cette grave assemblée, la suivante est à remarquer : « Il nous enseignait, » dit le déposant, « la meilleure manière de lire, comprendre, employer les textes dela Sainte Ecriture, c'est à savoir, de regarder le sens littéral auquel parle le Saint-Esprit, expliqué par l'Eglise et les Péres (1). »

Nous ne disconviendrons pas néanmoins qu'en pratique notre Orateur semble parfois s'éloigner des régles qu'il pose. Mais il faut observer qu'il s'accorde cette licence dans le cas seulement oü le texte méme ne saurait étre pris littéralement, ou bien encore quand il s'adresse à un auditoire d'élite qui a droit de s'appliquer le sens mystique du Texte sacré. Il est universellement admis que parmi nos saints Livres il en est plusieurs dont une partie assez considérable ne peut étre entendue au sens littéral : c'est, en outre du Cantique des Cantiques, Job, la Sagesse, les Prophétes, l'Apocalypse. De plus, les enseignements didactiques de la Bible, les plus simples et les plus élémentaires, les préceptes évangéliques eux-mêmes sont souvent présentés dans

(1) Process. remiss. Parisiensis, ad art. 35 et 46.

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