‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 31 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXXV · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXXV

que dans le Ciel (1). Emprunter les chastes allégories du Cantique des Cantiques pour dépeindre à ces vierges les délices de l'union avec le Verbe leur Epoux, c'était entrer dans l'intention de l'Eglise et donner à leur cœur l'aliment qui lui convenait le mieux.

Le second reproche que fait à notre Saint l'auteur nommé ci-dessus (?), c'est « qu'à cóté d'images simples, justes et charmantes, » il en est d'autres qui présentent « un détail de comparaison minutieux et alambiqué. » Il est vrai que, pour se faire pardonner un jugement aussi hasardé, M. Jacquinet a soin d'ajouter, quelques lignes plus bas: Chez l'Evéque de Genéve « les pensées subtiles, les images raffinées n'ont rien de pédantesque... c'est un tribut involontaire payé à la mode par une imagination vive et brillante ; c'est, si l'on veut, le jeu innocent d'un esprit fin, ingénieux et fécond, auquel ont manqué les lecons d'une forte discipline littéraire, et qui s'est développé à l'école de saint Bonaventure au moins autant qu'à celle des Péres et des classiques anciens. » On sait, d'aprés ce qui a été dit plus haut sur la formation de François de Sales, ce qu'il faut penser de cette derniére assertion, et la critique dont elle devait étre le correctif tombe de soi quand on lit les Sermons. Alors méme qu'elles reposent sur les données quelque peu fantaisistes généralement admises à cette époque, les images dont ils sont émaillés restent toujours naturelles, gracieuses, et préparent des conclusions d'une admirable justesse. Et nous l'entendons de celles que l'on veut trouver trop naives ou « quintessenciées, » telles que le loriot attirant à soi la maladie de l'homme, ou l'oranger de la cóte de Génes, portant à la fois des feuilles, des fleurs et des fruits.

On a avancé de plus que notre Orateur a coutume de prodiguer les comparaisons. Une telle affirmation perd toute sa force depuis que le classement des Sermons d'aprés l'ordre chronologique permet de constater que les discours incriminés remontent aux débuts de sa carriére

(1) Philip., rr, so.

(2) Ouvrage et chapitre cités p. LEXI.

oratoire, et ne peuvent par conséquent fournir la base d'une appréciation générale.

Il nous reste à dire un dernier mot sur ce qu'on nomme chez Francois de Sales une trop grande familiarité. Dans un prédicateur tel que lui, écrit l'abbé Sauvage (1), « l'exquise urbanité du gentilhomme et la douceur inaltérable du Saint allaient opposer une digue insurmontable au torrent envahisseur de la licence et du mauvais ton... Cependant si ces avantages mirent une grande distance entre lui et les grossiers déclamateurs de son temps, suffirent-ils à le préserver de toute négligence? Tout en s'interdisant la raillerie ou la malice, s'est-il assez défendu contre une simplicité excessive ? » Nous osons répondre affirmativement.

Les règles qui déterminent la distinction du langage sont essentiellement relatives et se modifient d’après le temps, le lieu, les personnes. Ce qui serait choquant à une époque et devant un certain auditoire peut étre parfaitement convenable à un autre áge ou dans des circonstances différentes. A cinq siécles de distance, on est surpris, presque scandalisé des licences que s'accordait en chaire saint Vincent Ferrier ; et cependant aucun de ses auditeurs ne jugeait triviales des expressions qui, de nos jours, offenseraient les oreilles les moins délicates. Le docte éditeur des Œuvres de Bossuet (2), parle « des comparaisons familiéres à l'excés » dont sont parsemés ses sermons à une certaine époque ; nul pourtant n'accusa jamais ce grand homme de méconnaitre les convenances et la dignité de la parole évangélique. Le principe le plus sür pour juger équitablement en matiére si discutable nous parait étre celui-ci : Tant qu'un prédicateur ne heurte en rien la moyenne d'un auditoire intelligent et cultivé, on ne saurait l'accuser de vulgarité.

Aprés avoir mis aux justes louanges données à notre Saint la timide réticence que nous avons signalée tout-àl'heure, l'abbé Sauvage se range au sentiment des meilleurs critiques, en avouant que « la distinction de son

(1) Ouvrage cité p. xri, chap. inj, $ 1.

(2) L'abbé Lebarq, ouvrage cité p. vi, Conclusion,

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