‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 36 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXXXVII · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR LXXXVII

ainsi, de l’une à l’autre extrémité du royaume, « le Bienheureux François de Sales » continuait à faire école.

La Compagnie de Jésus qu’il avait tant aimée contribuait puissamment dès lors à répandre partout son esprit et ses maximes. C'était, parmi les Pères qui l'avaient connu le plus intimement, le P. Binet, Provincial de France, son vieil ami ; c’étaient les PP. Arnauld et Suffren, confesseurs, l’un du Roi, l’autre de la Reine Mère. Les PP. Dagonel et Caussin propageaient aussi ses enseignements, celui-là dans les Advis chrestiens, celui-ci dans la Conduite spirituelle. Le P. Talon collabora avec le Commandeur de Sillery à la préparation de la grande Edition des Œuvres complètes de notre Saint, dans laquelle ses Sermons parurent pour la première fois (1641).

Les Bénédictins réformés sous le nom de Feuillants voulurent aussi travailler à l’extension de sa gloire. Dom Jean de Saint-Frangois, Général de cette Congrégation, fut l’un de ses premiers historiens, et consacra aux travaux apostoliques de l'Evéque de Genève d'admirables pages dont nous avons donné ci-dessus des extraits. Les méthodes qu’il recommandait ainsi devinrent certainement en honneur parmi ses Religieux, entre lesquels on remarquait des hommes de grand mérite : dom Vialart, plus tard Evêque d’Avranches, dom Asselin, dom Sens de Sainte-Catherine, auteur du Livre d’or, si fort apprécié par les deux saints Fondateurs de la Visitation.

On sait l'étroite amitié qui unit François de Sales au Cardinal de Bérulle ; mais il est difficile de préciser à quelle époque remontent les relations de ces deux célèbres personnages. Tout ce qu'on peut affirmer c'est qu'elles sont antérieures au voyage que notre Saint fit à Paris en 1602, comme nous l'avons dit ailleurs (1). Il n'est pas invraisemblable qu'ils se soient connus au collége de Clermont, où l'un et l'autre passèrent plusieurs années. Mais, encore qu'il ne l'y eüt pas rencontré, Pierre de Bérulle dut entendre parler de l'étudiant savoyard, dont

(1) Voir notre' Introduction générale, tome Ier de cette Edition, p. xxxvur.

la piété demeurait dans la mémoire de ses anciens condisciples. Ce qui est remarquable c'est l'identité de leur méthode de prédication ; l’on ne peut presque douter que le Cardinal ait beaucoup emprunté à son saint Ami. Le Fondateur de l'Oratoire, dit l'un de ses historiens (1), voulait que les prédicateurs « citassent peu les auteurs payens, peu les philosophes... L'Ecriture Sainte, telle était la source à laquelle ils devaient sans cesse revenir et puiser, bannissant impitoyablement ces fleurs depuis longtemps flétries, sous lesquelles une rhétorique précieuse et ridicule s'obstinait à cacher la simple et mâle beauté de l'Evangile. » C'est en raccourci tout l'enseignement de notre saint Docteur et ce fut la pratique traditionnelle de l'Oratoire tant qu'il demeura fidèle à ses destinées. À cette école grave et tout évangélique se formèrent Bourgoing , Senault, Lejeune et plusieurs autres prédicateurs de mérite qui furent les précurseurs immédiats de Bossuet.

Mais le plus saint personnage qui se soit fait une gloire d'adopter et de propager les principes oratoires de Francois de Sales, celui qui fut, pour ainsi dire, le traitd'union entre ces deux Evéques, si grands à des titres divers, est sans contredit Vincent de Paul. Le Fondateur de la Mission, ainsi que nous allons le montrer, communiqua beaucoup à cet illustre disciple de ce qu'il avait recu de celui qu'il considérait comme son Maitre.

Si différents qu'ils fussent par le génie et la culture intellectuelle, les deux Saints, guidés par un admirable sens pratique et une éminente piété, s'étaient rencontrés dans l'intuition des moyens à prendre pour réformer la chaire frangaise. Ils rompirent l'un et l'autre avec toute érudition profane pour remettre en honneur la simplicité apostolique, et les résultats obtenus prouvérent la justesse de leurs vues. Les remarquables dépositions de saint Vincent de Paul, que nous avons plusieurs fois citées, montrent combien il avait apprécié le mérite de l'Evéque de Genève, et, par une déduction toute naturelle,

(1) L'abbé Houssaye, Le Pére de Bérulle et l'Oratoire de Jésus (Paris Plon, 1874), chap. v. |

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