‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 38 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XCIII · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XCIII

Loin de nous cependant la prétention d'affirmer que Vincent de Paul se forma exclusivement d’après les principes de son saint Ami; c’est assez pour la gloire de ce dernier de démontrer qu'il lui emprunta ses grandes lignes, et qu'ils se rencontrérent à peu prés dans toutes leurs vues sur la prédication. Du reste, si la gráce leur avait été également prodigue, la nature les avait différemment doués. Tous deux ne s'étudiaient qu'à précher Jésus et Jésus crucifié (1), et pourtant, alors méme qu'il était le plus affranchi de toute recherche personnelle, Francois de Sales, enlevé par son génie, atteignait ces hauteurs que Pie IX appelle si bien splendidum oralionis genus (1).

Signalons un autre lien qui rattache l'Evéque deGenéve au Fondateur de la Mission. Plusieurs personnages qui avaient été les admirateurs du premier se constituérent les disciples du second. Nous voyons autour de « Monsieur Vincent » plusieurs hommes remarquables qui relevaient de lui à des titres divers, et qui tous partageaient sa vénération pour notre Saint. C'est d'abord M. Olier qui commenga, sous sa direction, à réaliser les prophéties que, presque à la veille de sa mort, saint François de Sales avait faites sur son avenir. Et quand il prit les dernières mesures touchant l'établissement du Séminaire de Saint-Sulpice, c'est à Annecy qu'il vint puiser lumiére, force et courage pour mener à bonne fin cette grande entreprise. Parmi les hommes qui lui donnérent une collaboration trés active, Félix Vialart de Herse ne doit pas étre oublié. Il était fils de cette présidente de Herse, bienfaitrice de Vincent de Paul et grande admiratrice de François de Sales. Celui-ci avait, en 1619, tenu l'un de

aisée que l'autre qui est forcée, et le peuple la goüte mieux et en profite davantage. Croiriez-vous, Monsieur, que les comédiens ayant reconnu cela ont changé leur maniére de parler, et ne récitent plus leurs vers avec un ton élevé comme ils faisaient autrefois ; mais ils le font avec une voix médiocre, et comme parlant familiérement à ceux qui les écoutent ? C'était un personnage qui a été de cette condition, lequel me le disait ces jours passés. » (Lettres de saint Vincent de Paul, Fondateur des Prétres de la Mission et des Filles de la Charité (Paris, Pillet, 1880), tome I°", Lettre 221.)

(1) I Cor., 1, 33, n, 2.

(2) Lettre Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846,

XCIV SERMONS RECUBILLIS

ses fils sur les fonts sacrés, et comblé Félix, alors âgé de sept ans, des preuves d'un affectueux intérêt. Nommé à l'évêché de Chálons-sur-Marne, M* Vialart mit en honneur dans son diocèse la méthode de prédication qu'il avait apprise dans les Conférences du Mardi.

Pour juger de l'intimité qui exista entre notre Docteur et Pavillon, Evéque d'Aleth, il suffit de lire le fragment d'une lettre qu'écrivit, pour solliciter la Canonisation du Fondateur de la Mission, le Prélat qui hérita de son siège épiscopal, Taffoureau de Fontaines (1): « Si nous acceptons, » dit-il, « le témoignage des hommes, il n’y a rien de plus grand que cet éloge prononcé par saint François de Sales, à savoir, qu'il ne connaissait personne qui füt supérieur à Vincent de Paul en sagesse et en vertu. Le docteur Coqueret avait accoutumé de dire qu'il avait entendu ces paroles de la bouche du saint Prélat... C'est ce qu'affirmait mon prédécesseur, Nicolas de Pavillon, l'imitateur, l'émule, et pour ainsi dire le familier de Frangois (3). »

Cet extrait nous donne en outre une indication précieuse en démontrant que des relations avaient existé entre l'Evéque de Genéve et le docteur Coqueret. Saint Vincent de Paul avait ce personnage en grande estime ;

(1) Lettre du ar mars 1706, citée dans le Procés de Béatification de saint Vincent de Paul, Partie II.

(4) En nommant Vialart et Pavillon nous n'oublions pas que la fin de leur vie démentit cruellement la confiance, l'admiration méme qu'ils inspiraient à tous les gens de bien. Disciples l'un et l'autre de saint Vincent de Paul, amis intimes de M. Olier, ils s'éloignérent peu à peu des saines doctrines, ct, aprés la mort de ces grands Serviteurs de Dieu, donnérent dans le Jansénisme. Comme on en a souvent fait la remarque, c'est parmi les personnages doués des pins belles qualités que se recruta principalement cette secte insidieuse. Le malheur de ces hommes, tombés presque inconsciemment dans l'abime, est de s'étre laissés si fort aveugler par leur orgueil, qu'étant avertis ensuite par la voix infaillible de l'Eglise, ils ne surent pas se relever de leur déplorable chute. Longtemps les fauteurs de l'erreur avaient conservé des dehors tellement irréprochables que les hommes les plus graves ne soupçonnaient pas leur défection. C'est ainsi que M. de Bérulle sollicita et obtint l'approbation de Saint-Cyran et méme celle de Jansénius pour son célébre ouvrage Des Grandeurs de Jesus. Et on sait que Singlin, l'un des plus fameux prédicateurs de Port-Royal, avait été le disciple de saint Vincent de Paul et qu'il s'était formé d'aprés les principes oratoires inculqués dans les Conférences du Mardi,

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