ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR IX
n'avaient pas seulement pour but de précher partout l'Evangile de paix (1), mais encore de former une école de prédicateurs qui trouveraient dans la simplicité de langage mise au service d’une érudition profonde et d’un zèle ardent, les secrets de la véritable éloquence. Ce que firent ces grands hommes pour l'Italie, la Suisse et l'Allemagne, l'Evéque de Genève devait le faire avec avantage pour la France et la Savoie, si toutefois dans la question qui nous occupe on peut distinguer entre les deux pays.
Pour faire mieux apprécier les services qu'il rendit à la chaire, nous allons, dans la première Partie de cette Etude, examiner la formation oratoire du Serviteur de Dieu et les travaux apostoliques qui remplirent sa vie, et dans les trois Parties suivantes, le considérer comme Maitre, comme Modèle et comme Réformateur de l'éloquence sacrée.
Formation oratoire et vie apostolique de saint Frangois de Sales
Saint Frangois de Sales sembla prédestiné, par les circonstances du temps et du lieu de sa naissance, à exercer une influence universelle dans la chrétienté. Comme nous l'avons dit plus haut, il parait à une époque troublée, où l'ardeur de la lutte grandit les courages et attire sur le champ de bataille les athlétes les plus dignes de s'opposer aux empiétements de l'hérésie et au débordement des vices. « La Providence, toujours admirable et merveilleuse en sa conduite, le fait naitre dans un lieu qui est comme le centre des royaumes chrétiens, » pour
d'étre choisi, au moment oà la mort le surprit, pour premier théologien de Paul III au Concile de Trente. Le second y assista en qualité de représentant du Cardinal d'Augsbourg, Othon Truchsess.
1) Ephes., ult., 15.
x SERMONS RECUEILLIS
qu’il soit à même de faire « entendre plus aisément dans toute l'Eglise la douceur de sa parole (1). »
C'est en effet dans cette terre de Savoie, où les plus pittoresques beautés de la nature se réunissent comme pour provoquer les plus nobles élans de l’àme, que naquit saint Francois de Sales. La demeure seigneuriale oü Dieu plaga son berceau était l'asile des traditions chevaleresques et des vertus chrétiennes. M. de Boisy, son pére, s'appliquait à la fois par ses paroles et par ses exemples à rendre les siens dignes de recueillir ce double héritage. Un jour, pour s'assurer que ses lecons étaient bien comprises, il voulut prendre au dépourvu son fils aîné, alors âgé de quatre à cinq ans. « Francois, » lui dit-il, « à quoi pensez-vous ? — Mon père, » répondit l'enfant, sans hésitation ni embarras, « je pense en Dieu et à estre homme de bien (?). » Ainsi travaillait-il dés ses premières années à asseoir dans son âme les fondements de la véritable éloquence en méme temps que ceux de la sainteté, car Cicéron définit l'orateur un « homme de bien, habile dans l'art de la parole. »
A côté des virils enseignements de son père, l'enfant recevait les pieuses instructions de sa mére, qui ne voulut céder à personne la joie de l'initier aux éléments de notre foi. Elle était écoutée non seulement avec attention mais avec une sorte d'enthousiasme. Ravi des merveilles qui s'offraient à sa jeune intelligence, Francois sentait déjà s'allumer dans son cœur la flamme du zèle qui fait l’apôtre. Dès que M"° de Boisy avait fini de parler, il réunissait les compagnons de ses jeux et leur communiquait avec autant de gráce que d'entrain ce qu'il venait d'apprendre. Sa naive éloquence s'animait surtout lorsque groupant le petit auditoire autour des fonts sacrés, il s'essayait à lui précher les gloires de l'adoption divine et les devoirs qu'elle impose à toute âme baptisée. Puis, revenant auprès de sa mère, comme s'il eût voulu lui faire recueillir les fruits de la semence qu'elle avait
(1) M. Olier, Sermon sur saint François de Sales. (2) Déposition de M** Lhuillier de Villeneuve, veuve Marcel (Process.
remiss. Parisiensis, ad art. 33).