‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 6 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XI · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR XI

jetée en son cœur, il lui parlait de Dieu et lui rappelait, au milieu de ses sollicitudes domestiques, comment tout est conduit par la divine Providence.

Aux collèges de La Roche et d'Annecy, où il passa tour à tour, François se prépara mieux encore par le développement simultané de la piété et du savoir à la mission que Dieu lui réservait dans son Eglise. « Parce qu’il avoit une action pleine, noble et majestueuse, » dit son neveu, Charles-Auguste de Sales (1), « un corps bien faict, un visage attrayant et une tres-bonne voix, son pedagogue et son regent le faisoyent souvent declamer. Il a esté toute sa vie ennemy du pedantisme » (ceci est à remarquer, car c'est une des caractérisques de son éloquence autant que de sa sainteté), « et ne faisoit point d'action qui ne fut naifve et bien seante. »

Tel nous le voyons dans les modestes institutions de Savoie, tel nous le retrouverons au collége de Clermont, à Paris, oü son pére l'envoya en 1580. « Rien de plus touchant que la maniére de vivre de ce jeune gentilhomme qui partage son cœur et son temps entre l'étude et la priére... Nul peut-étre ne mit plus d'ardeur à s'approprier toutes les sciences divines et humaines ; et c'est là encore, dans les études du premier âge, qu'il faut chercher les origines de l'écrivain, de l’orateur; c'est le germe de son avenir, le secret de son développement. »

« C'est à la Bible, » poursuit M* Freppel (2), à qui nous continuons de céder la parole, « c'est à la Bible qu'il demande, avec la flamme de l'inspiration, les formes vivantes de son style; c'est de ce livre unique qu'il extrait les sucs les plus doux, qu'il recueille les parfums les plus suaves, pour les répandre dans ses écrits. La littérature ecclésiastique à son tour lui ouvre ses trésors;ils'y plonge avec toute l'ardeur de son âme... Voilà ce qui nourrit, ce qui échauffe, ce qui faconne son propre génie. Et c'est ainsi que Francois de Sales, fécondant ces connaissances acquises par ce qu'il y avait en lui de souflle créateur et

(1) Hisfoire du B. Frangois de Sales (Lyon, La Bottiére et Julliard, MDcxxxiv), liv. I.

(2) Ouvrage et Leçon cités p. vi.

xil SERMONS RECUEILLIS

d'originalité, méritera d'étre appelé par les docteurs de Sorbonne, qui s'y entendaient à coup sür, le plus savant théologien de son temps, et d'étre rangé par l'Académie francaise au nombre des péres de notre littérature nationale. »

Tout en menant de front l'étude de la philosophie et celle de la théologie, le jeune gentilhomme, dans le double but de nourrir sa piété et de former son goût, allait assidüment entendre les prédicateurs les plus renommés. Il est vrai que s'il avait eu le jugement moins droit et le sens littéraire moins sür, cette assiduité eüt été pour sa formation oratoire un danger plutót qu'un avantage. A cette époque de laborieuse transition, « le sacré et le profane ne se quittaient point, » dit La Bruyère (1), « ils s'étaient glissés ensemble jusque dans la chaire : saint Cyrille, Horace, saint Cyprien, Lucréce parlaient alternativement... on parlait latin, et longtemps, devant des femmes et des marguilliers ; on a parlé grec. Il fallait savoir prodigieusement pour précher si mal. » Mais si ce n'était pas parmi les orateurs en vogue qu'on pouvait chercher des modéles, on en trouvait encore dans les chaires de plusieurs couvents, et méme dans celles de quelques églises paroissiales. Toutefois il faut avouer que ces prédicateurs devaient le succés moins à la transcendance du talent qu'à la sainteté de leur vie. Citons en passant Jean de la Barrière, Fondateur des Feuillants, et surtout le Jésuite Edmond Auger, non moins apprécié par la cour que par l'Université. Sa parole ardente enthousiasmait à la fois les hommes du plus grand monde et les étudiants, les entrainant ensemble dans ces processions de pénitents, que Francois de Sales devait établir plus tard à Annecy. Celui-ci, du reste, sépara Ze vil du précieux (3), et sut s'approprier les qualités des orateurs qu'il entendait sans imiter leurs travers. Son propre génie lui fut sous ce rapport une sauvegarde plus utile que n'eussent pu l'être l'influence de M. Déage, son

(1) Caractères, chap. xv: De la Chaire, (3) Jerem., xv, 19.

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