‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 79 sur 322 · XLVI. PouR LA FÊTE DE L'ANNONCIATION · texte numérisé non relu

XLVI. PouR LA FÊTE DE L'ANNONCIATION

qu'en Religion; et pourveu qu'on le veuille, l’on peut en tous lieux parvenir à un tres haut degré de perfection. Mais pour parler selon que nous voyons estre le plus ordinaire, l'on ne rencontre presque au monde que des cceurs de glace, tant ils sont froids et peu eschauffés de ce feu supresme dont tous les autres feux prennent leur origine et leur chaleur. Et comme le soleil est celuy qui donne la chaleur à tout ce qui est de la terre, ouy mesme au feu, lequel ne produiroit point de chaleur sans luy *, ainsy l'amour de Dieu est ce soleil qui donne de la chaleur au cœur humain quand il est disposé pour la recevoir, et sans ce feu sacré il demeure plus froid qu'il ne se peut dire.

Nostre Dame donques, comme les Religieuses, estoit au pais de transmigration ; mais, o Dieu, qu'elle fit admirablement bien cette transmigration, passant d'un degré de perfection en un autre degré plus haut! Bref, sa vie ne fut autre chose qu'un passage continuel de vertu en vertu *, en quoy toutes les Religieuses la doivent imiter le plus parfaittement qu'elles pourront, puisqu'elles sont celles qui l'approchent de plus pres que tout le reste des creatures ; car c'est sans doute qu'elles sont de ces vierges dont parle le Psalmiste quand il dit* qu'elles seront amenées au Roy, les plus proches d'elle : Adducentur Regi virgines post eam, proximac efus. L'amour ne dit jamais : C'est assez, sufficit; il veut que l'on aye le courage de. vouloir tousjours aller plus avant en la voye des volontés du Bien-Aymé:

La seconde remarque que je fais sur les paroles de l’Evangile est que Nostre Dame fut trouvée par l'Ange en la cité de Nazareth. Or, Nazareth veut dire fleur *; elle fut donc trouvée en la cité des. fleurs.ou fleurie. O que cette cité represente bien à propos la Religion ! car qu'est-ce que la Religion, sinon une maison ou une cité fleurie et toute parsemée de fleurs, d'autant qu'on n'y fait chose quelconque, quand on y vit selon les Regles et Statuts d'icelle, que ce ne soyent autant de fleurs? Les mortifications, les humiliations, les oraisons, bref, tous les exercices, qu'est-ce autre chose que des prattiques de vertus, qui sont comme de belles fleurs qui

* Cf. Tr. del'Am.de Dieu, 1. VII, c. v.

* Ps. txxxri, 6, 8.

* Ps. XLIV, 15.

* Vide ad calcem Bibl. Cf. tom. præced. hujus Edit.,

* Cap. rv, 15.

*Cf. S. Hieron.,adv.

Pies hn . .. De Bapt.

ra Don., 1. V,

contra Don., c. xxvu, in fine.

* Cf. tom. VIII hujus Edit., p. 146.

* Vide Dionys.Carthus., in I Sent., Dist. xvi, qu. n. Cf.

Spinello, S. J., Pie-

tas M

$ vi.

ariana, c. HI,

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respandent une odeurextremement suave devant la divine Majesté ? Or, qu'est-ce que la Religion sinon un parterre tout semé de fleurs tres aggreables à la veué et d'odeur tres salutaire à ceux qui les veulent odorer ?

Il est donc dit de la tres sainte Vierge qu'elle estoit en la cité fleurie; mais qu'estoit-elle elle mesme, sinon une fleur choisie entre toutes les autres fleurs pour sa rare beauté et son excellence? fleur qui par son odeur tres suavement incomparable a la proprieté d'engendrer et de produire d'autres fleurs. Et ne sçavez-vous pas que c'est elle qui est ce jardin clos et fermé du Cantique *, lequel en est tout emperlé et esmaillé? Hortus conclusus, soror mea sponsa, hortus conclusus ; repetition qui n'est pas sans mysteres *. À qui appartiennent, je

' vous prie, tant de fleurs dont l'Eglise a esté remplie et

a esté tant embellie et ornée, sinon à la tres sainte Vierge, l'exemple de laquelle les a toutes produites ? Et n'est-ce pas par son moyen que l'Eglise a esté parsemée des roses des Martyrs invincibles en leur constance, des soucis de tant de saints Confesseurs et des violettes de tant de saintes Vefves, qui sont petites, humbles et basses comme ces fleurs, mais qui respandent une tres bonne et suave odeur ? Et en fin, n'est-ce pasà elle à qui appartiennent plus particulierement tant de lys blancs, tant de puretés et de virginités toutes candides et toutes innocentes *? d'autant que c’a esté à son exemple que tant de vierges ont consacré leurs cœurs et leurs corps à la divine Majesté, par une resolution et un vceu tres indissoluble de conserver leur virginité et pureté.

Il y a quelques Docteurs * qui tiennent qu'elle a institué des congregations de filles, et qu'estant allée à Ephese avec son bien aymé fils adoptif saint Jean, elle en dressa une à laquelle elle donna mesme des Regles et Constitutions. O quelle divine Abbesse! O que ces Religieuses estoyent heureuses d'avoir esté instituées par cette divine Doctoresse. . . . . . . . . .

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