‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 80 sur 322 · DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE VIERGE

2 juillet 1621 (1)

Dieu, qui est un, ayme l'unité et l'union, et tout ce qui n’est point uni ne luy est point aggreable, dit le grand Apostre saint Paul *. Mais s'il ayme souverainement ce qui est uni et conjoint, il est ennemy de la desunion, car ce qui est desuni est imparfait, la desunion n’estant causée que par l’imperfection. Nostre Seigneur estant donques maistre et amateur de l’union en a fait trois admirables en la sacrée Vierge Nostre Dame, sans y comprendre l’union naturelle de l’ame et du corps. Or, celle cy est si excellente que tous les philosophes n’ont point encores fini ni resolu leur admiration, en voyant comme Dieu a conjoint l’ame et le corps, mais d’une jonction tellement estroitte que le corps, sans laisser d'estre corps, et l'esprit, sans laisser d’estre esprit, ne font neanmoins qu’une seule personne. Cette union naturelle est une chose si haute qu’elle ne scauroit assez estre admirée ; aussi est-elle l’œuvre d'un Dieu tres haut et amateur de l'unité.

Mais ce n'est pas de cette union naturelle de l'ame et du corps en Nostre Dame que je veux parler, d'autant qu'elle est generale et commune au reste des hommes ; ains je me veux arrester sur trois autres unions merveilleuses que Dieu a fait en elle. La premiere est celle de

(1) Ce sermon, étant certainement rédigé par la Sœur Marie-Marguerite Michel, remonte par conséquent à 1621, puisque au commencement de juillet de l'année suivante saint Frangois de Sales se trouvait à Turin.

Galat., i,

Ephes., rv, 5, 6. Cf.

raitté de Am. di

teu, ubi supra, p.

Vide tom preced.

ujus Edit., Serm.

LXLL ^C

62 SERMONS RECUBILLIS

la nature divine avec la nature humaine dans ses sacrés flancs, laquelle est si eslevée qu'elle surpasse infiniment tout ce que les entendemens humains et angeliques en peuvent concevoir ou comprendre. Jamais la pensée d'une telle et si admirable jonction n'eust osé entrer dans l'esprit d'aucun Ange, Cherubin ni Seraphin, car ces deux natures divine et humaine sont si esloignées l'une de l'autre, il y a une si grande distance entre icelles, qu'onques aucune creature angelique n'eust peu penser que Dieu eust voulu faire cette union. La nature divine est ce qu'il y a de plus relevé, et la nature humaine ce qu'il y a de plus bas ; la nature divine est la souveraine perfection, et l'humaine la souveraine misere. Ce sont donc deux extremités que celles icy, et deux grans contraires ; neanmoins Dieu a operé dans le ventre de la Vierge une si admirable conjonction de ces deux natures, qu'elles n'ont fait qu'une personne, en sorte que l’homme est Dieu, et Dieu, sans laisser d'estre Dieu, est homme *.

La seconde union qu'il a fait en Nostre Dame a esté celle de la maternité avec la virginité, union qui est absolument hors du cours de la nature, car c'est joindre deux choses qu'il est naturellement impossible de trouver ensemble. En effect, jamais il ne s'estoit veu ni n'avoit esté mesme pensé qu'une mere fust vierge, et qu'une vierge, sans laisser d'estre vierge, fust mere. C'est donc une union miraculeuse et surnaturelle, faite par la main toute puissante de Dieu, qui a donné ce privilege à nostre glorieuse Maistresse ; et comme cette union a esté operée en elle seule, aussi demeurera-t-elle seule à jamais vierge et mere tout ensemble.

La troisiesme union est celle d'une tres haute charité et d'une tres profonde humilité. L'union de ces deux vertus est certes admirable, d'autant qu'elles sont fort esloignées l'une de l'autre, si qu'il semble qu'elles ne se pourroyent jamais rencontrer en une mesme ame. La charité esleve l'ame en haut, et plus elle croist et se perfectionne, plus aussi elle va rehaussant et relevant l'ame où elle loge. L'humilité fait tout le contraire : elle

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