‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 8 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XVII · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PREDICATEUR XVII

toutes les occasions, s’accommodait indifféremment de tous les auditoires, ainsi qu'il l'avoua plus tard à l'un de ses amis qui l'a déposé sous la foi du serment (1) : « Je scay, » dit celui-ci, « qu'incontinent que le Serviteur de Dieu fut promeu aux Ordres... il alloit continuellement prescher par les villages pour instruire le pauvre peuple et se perfectionner à la predication, ce que je luy ay ouy dire plusieurs fois, et le conseiller à aulcuns de ses amis qui avoyent pris cette vocation. Je scay encore que ce grand homme eut tant de zele à l'honneur de Dieu et tant de charité pour son prochain, que pendant une année entiere il ne laissa passer aucun jour sans prescher publiquement ou faire des exhortations particulieres, ce qui l'avoit rendu grand predicateur. »

« Durant que j'estois Prevost, » dit un jour le Saint à l'Evéque de Belley qui nous a conservé ce récit (2), « l'on m'appliquoit à toutes les predications, tant de la cathedrale que des parroisses, jusques aux moindres confrairies. Je ne scavois que c'estoit de refuser : Omni petenti te tribue (3). » Chacun applaudissait à ce zèle infatigable, sauf pourtant celui qui aurait dù s'en réjouir plus que nul autre. Le mauvais goût régnant s'était infiltré jusque dans les montagnes de Savoie. À Annecy comme à Paris, il se trouvait des beaux esprits qui prétendaient savoir « en français parler grec et latin. » M. de Boisy avait subi ces influences. Inquiet de voir son fils s'engager dans une voie différente, il crut nécessaire de lui faire de paternelles remontrances. « Un jour » donc (c'est encore le Saint qui parle à son ami), « il me prit à part et me dit : Prevost, tu presches trop souvent; j'entends mesme en des jours ouvriers sonner la cloche pour prescher, et tousjours on me dit : C'est le Prevost, le Prevost. De mon temps, il n'en estoit pas ainsi; les predications estoient bien plus rares, mais aussi quelles predications!... Elles estoient doctes, bien estudiees ; on disoit des merveilles,

(1) Des Hayes ( Process. remiss. Parisiensis, ad art. 10).

(3) L'Esprit du B. François de Sales Evesque de Geneve (Paris, Gervais Alliot, x.pc.xxxix), Partie III, Section 1x.

(3) Luce, vi, 30.

Seas, IV B

on alleguoit plus de latin et de grec en une que tu ne fais en dix. Tout le monde en estoit ravi et edifié ; on y couroit à grosses troupes : vous eussiez dit qu'on alloit recueillir la manne. Maintenant tu rends cet exercice si commun qu'on n'en faict plus d'estat, et on n'a plus tant d'estime de toy. — Voyez-vous, » continuait l'aimable Saint, « ce bon pere parloit selon les maximes du monde où il avoit esté nourri... les maximes evangeliques sont bien d'une autre trempe. Jesus-Christ, qui est l'exemplaire de la montagne de la perfection et le modele de tous les predicateurs, n'a pas usé de toutes ces circonspections... Croyez-moy, on ne preschera jamais assez, e? nunquam satis dicetur quod nunquam satis discelur. Surtout maintenant et en cette contree voisine de l’heresie, heresie qui ne se maintient que par les presches et qui ne se destruira jamais que par la saincte predication. » Le glaive de la parole de Dieu‘), telle est bien la seule arme qui brilla dans les mains du fervent Apótre quand, à l’âge de vingt-sept ans seulement, il dut aller à la conquéte du Chablais, asservi au joug odieux du calvinisme. Nous n'avons pas à refaire ici l'histoire de cette admirable campagne, dont il a été question dans la Préface des Controverses (?). Mieux vaut céder la parole à un témoin oculaire, Georges Rolland, ce fidéle serviteur qui suivit constamment le Saint dans ses courses évangéliques. « Pendant les trois premieres années que le Bienheureux demeura seul en Chablaix, » dit-il (3), « il y prescha avec une methode tout à faict apostolique, enseignant par ses predications et conferences ce peuple de Chablaix si facilement, avec des paroles non recherchées ny curieuses ; mais avec des belles et intelligibles similitudes toutes particulieres à luy, faisoit entendre et comprendre au peuple, mesmes aux plus grossiers, la saincte doctrine chrestienne, et expliquoit les poincts de controverse si clairement, et avec des belles moralités les enflammoit tellement à l'amour de Dieu et du prochain

(1) Ephes., ult., 17; Heb., iv, 12.

(3) Tome Ier de notre publication, pp. CVII-CXI, CXXY-CXXIX. (3) Process. remiss. Gebenn. (I), ad art. 11.

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