‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 92 sur 322 · XLVIII. Pour LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE · texte numérisé non relu

XLVIII. Pour LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE

dans celuy de son Dieu. Par consequent il se communiqua à elle en une façon tres intime et abondante, tellement que de grande pecheresse qu’elle estoit elle devint une grande Sainte.

J'ay dit une grande pecheresse, car en louant sainte Magdeleine il ne faudroit pas estre flatteur et donner à entendre qu'elle n'estoit pas si grande pecheresse que le monde la croit. On auroit tort d'user de ces termes, puisque nous ne les trouvons en aucun lieu de la Sainte Escriture, ouy bien qu'elle estos? pecheresse : les Evangelistes le disent *, et il les faut croire. L'Eglise la met au nombre des pecheresses et ne permet point qu’on la nomme vierge, ains elle defend au jour qu’on celebre sa feste de reciter l’antienne propre aux Vierges. Il n'y a donques point de doute qu'elle ne le fust et qu'elle ne commist ces grans pechés pour lesquels les femmes sont nommées pecheresses. Je scay bien qu'elle n’estoit pas publique; o non, il ne le faut pas penser, car estant damoyselle de fort bon lieu et ayant le coeur genereux, elle ne pouvoit pas s’estre ainsy abandonnée. Mais helas, elle avoit tellement plongé toutes ses affections et pensées dans la vanité et sensualité, que pour y estre entortillée de la sorte il ne se peut qu'elle ne commist des fautes tres griefves.

Cependant, ayant trouvé le divin Maistre, elle fit cette admirable conversion : d'une carcasse puante qu'elle estoit, elle devint un vaisseau de grand prix, propre à recevoir la liqueur tres pretieuse et odorante de la grace, de laquelle par apres elle parfuma son Sauveur. Celle qui estoit un fumier de tres mauvaise odeur devint par cette conversion un tres beau lys, une fleur de tres suave odeur, et d'autant plus qu'elle estoit pourrie et puante, elle fut purifiée et renouvellée. Nous voyons tous les jours cette merveille en la nature : les fleurs prennent leur accroissement et beauté d'une matiere puante et pourrie, et plus la terre en est remplie, plus aussi les lys et les fleurs qui y sont plantées croissent et sont belles. L'experience nous le monstre journellement : au commencement du printemps on remplit la terre de

* Luce, vir ° Marc., alt., 9. 37

* Cf. tom. præced.

hujus Edit., pp.57,

* Ps. vi, 7.

M Jon, HI, 4-10 ; Matt.,xu,41; Luca, XI, 30, 32.

fumier, et les plantes qui y croissent en tirent une substance qui les rend plus aggreables et excellentes. Ainsy nostre Sainte, qui estoit toute infectée du peché, fut puis apres rendue d’autant plus belle par la contrition et amour avec lesquels elle fit penitence.

Nous la pouvons donques justement nommer la reyne de tous les Chrestiens et enfans de l’Eglise, lesquels sont divisés en trois bandes : les premiers sont les justes, les seconds les penitens, et les troisiesmes les pecheurs. Les uns sont voirement pecheurs, mais ils ne veulent pas mourir en leur peché ; les autres sont les pecheurs opiniastres qui ne veulent point de pardon, ains qui meurent en leur iniquité*. De ceux cy il ne nous en faut pas parler, car telles sortes de gens n’ont plus de pretention pour le Ciel : l'enfer leur est preparé et sera leur heritage. Malheureux qu'ils sont, parce qu'à mesure qu'ils font vœu de mourir en leur obstination ils le font par consequent d'estre damnés.

Ce n'est pas de ces pecheurs que sainte Magdeleine est la reyne, ains de ceux qui veulent sortir de leur iniquité; car ayant esté pecheresse, comme nous avons dit et comme l’Evangile nous l'enseigne, elle sortit de son peché et en demanda pardon à Dieu avec une vraye contrition et ferme resolution de le quitter, provoquant ainsy tous les pecheurs à imiter son exemple. Quant à sa penitence, combien a-t-elle esté genereuse ! combien pleura-t-elle ses pechés, que n'a-t-elle fait pour les effacer et pendant la vie et apres la mort du Sauveur! Elle a jetté des larmes en si grande abondance qu'elles surpassent celles de David lequel disoit * : Je pleurois nuit et jour mon iniquité en telle sorte que mon lit nageoit dans le torrent des eaux que je respandois. Il disoit cela avec une emphase pathetique pour monstrer l'estendue et amertume de sa contrition.

La Sainte Escriture * ne parle et ne nous remet rien tant devant les yeux que la penitence des Ninivites, laquelle fut si grande que c'est chose admirable de voir ce qu'ils firent et les effects operés par les paroles de Jonas. Ceux, dit le sacré Texte, qui portoyent des habits

P um. *

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