‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 97 sur 322 · XLVIII. Pour LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE · texte numérisé non relu

XLVIII. Pour LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE

L'histoire est toute recente (1). Cette fille ne se pouvoit resoudre d'appeller Sœur une autre Religieuse qui estoit de plus basse condition qu'elle; si qu'il luy fallut faire de grans efforts sur soy mesme pour cela. Du temps de saint Benoist *, il en arriva de mesme à un de ses Religieux, * S. Gregor. Mag., lequel estant de bonne mayson s'en souvint en une in Vitaejus,cap.tx. occasion oü il rendoit quelque service au Saint, si que son cœur en fut plein de murmures ; car son glorieux Pere luy ayant fait tenir la chandelle pendant qu'il faisoit quelque chose, il commença à penser : Moy qui suis de telle mayson et famille, il me faut icy tenir la chandelle devant un homme qui est de plus basse condition que moy ! Mais le Saint connoissant sa pensée, luy dit ce qu'il failloit, et ce Religieux rentrant en soy mesme reconneut sa faute. Or, cette estime de soy est le parfum que l'on doit offrir.

Il faut donques, mes cheres Filles, faire cet holocauste parfait de vos ames, de vos cœurs, de vos yeux, de vos cheveux, de vos paroles et de vos parfums. Vous entrez aujourd'huy au noviciat, ayant achevé vostre essay. O que vous serez heureuses si vous faites ce sacrifice entier, ne vous servant plus de vos pensées, de vos paroles, de vos yeux ni de vos parfums « que pour le service de « la dilection de » vostre Espoux *. Quant à ce qui est de * Constit. XLIV. l’estime de vous mesme, oh! ne vous souvenez plus de quel lieu vous estes, mais de ces paroles : Escoute, ma fille, preste-moy ton oreille, oublie la mayson de lon pere, ta patrie et ton extraction, e? le Roy convoitera ta beauté *. Il faut donques entrer avec une reso- *Ps. xuv, 11, 12. lution de « mourir à vous mesme pour vivre à Dieu *, » recloire four Di. embrassant la Croix du Sauveur, et vous renoncant Religieuses de l entierement. Portez vostre croix et me suivez, dit-il *. 4 Mati evi a4. Voyez-vous, la Religion « est un mont de Calvaire *, » * Constit. XLIV. on ne vous y à pas receues pour vous y donner des

(1) M"° de Brissac, qui sous le nom d'Angélique de la Trinité embauma le Carmel de Paris du parfum de ses vertus, était fille du maréchal Charles II de Cossé, duc de Brissac. Le trait auquel fait ici allusion saint Frangois de Sales est cité par André Duval, dans la Vie de la Bienheureuse Marie de l'Incarnation, ouvrage qui parut au commencement de 1621. (Voir aussi les Chroniques de l'Ordre des Carmélites en France, tome I°", p. 144.)

* Constit. XLIV.

* Ephes.,1v, 22-24; Coloss., 111, 9, 10.

* Surius, ad hunc diem.

* juxta Chronica Francisc. ; sed vide Baron., Annal., ad inn. 1271, $ xu, de Greg. X.

consolations ; o non certes, car on ne demande rien moins de vous que d'estre crucifiées *. En Religion on fait mourir la nature, on contrarie les affections et inclinations pour faire regner la grace ; en somme on vous despouille du viel Adam pour vous revestir du nouveau *, et cela ne se fait pas sans souffrir.

On ne vous le cache point, la perfection ne s'acquiert pas sans difficulté. Il faut donques avoir bon courage en une si haute entreprise commencée en la feste d'une si vaillante guerriere, car bien que vous n'en portiez pas le nom, elle ne laissera pas d'estre vostre protectrice. L'une de vous a devotion à sainte Dorothée, l'autre à saint Bonaventure et la troisiesme à sainte Agnes. Et qui n'aymeroit sainte Dorothée? Comme on la menoit au martyre, un advocat nommé Theophile, qui estoit present, luy ayant ouÿ asseurer que là où estoit Jesus Christ et oü elle alloit il y avoit des pommes en toute saison et des roses qui ne flestrissoyent jamais, il luy dit, comme en se moquant d'elle : Dorothée, faites-moy tant de faveur que de m'envoyer du jardin de vostre Espoux de ces roses et de ces pommes dont vous nous faites si grand cas. Elle luy promit qu'elle n'y manqueroit pas, et apres sa priere un Ange luy apparut en forme d'un nain qui portoit un panier en sa main, dans lequel il y avoit trois pommes et trois roses tres belles et admirables. Elle le pria de les porter à Theophile, qui les ayans receues les admira et demeura tout esperdu ; ensuite il se convertit, confessant que Jesus Christ estoit le vray Dieu vivant. Cela arriva le sixiesme fevrier au cœur de l'hiver *.

Et qui n'aymeroit saint Bonaventure pour sa grande humilité ? Qui ne s'estonneroit de celle qu'il prattiqua lors que, ayant eu commandement des Cardinaux d'eslire un Pape tel qu'il voudroit, ou d'accepter luy mesme le siege pontifical, à cause des grandes difficultés qu'il y avoit à se resoudre sur ce choix, non seulement il refusa cette souveraine dignité, mais de plus il ne voulut pourvoir aucun de ses parens ni amis, ains nomma Pape, Thibaut, vicomte de Plaisance, qui estoit à la guerre et

parmi les armes *.

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