XL, C. IV
* Óvidius, Metam., l. VII, 719.
non possit *. » Sed id ita solvis : « Cuncta timemus amantes *, » bene est, si tamen mihi optio relicta est. Gratius accepi quod posterioribus scribis adduci non posse ut credas in me aliquam tui oblivionem cadere posse; id apud te firmissimum ac omni formidine remota constitutum velim. Profecto scripsi dedique ad te litteras non semel, (c) de quarum appulsu nihil audivi; postea hinc inde ab amicis, modo hoc modo illo, de te exquisivi pane importune. Mirum undique de te (in te etiam fere dixi) silentium. Te in Galliis esse audio; ad te desino scribere, ab aliis de te sciscitari non desino. Quid mihi culpe est? Ha mihi sunt omni actione majores exceptiones. Ergo, quantumvis amantissimus, his timoribus locum deinceps ne dederis ; quamvis enim ii ab amore proficisci videantur initio, postea tamen sape parvulis et brevissimis mutationibus temporisque processu genitorem ipsummet suum interimunt. Át ne me de timore tuo
Si vous l'expliquez de la sorte : « Tout éveille les craintes de ceux qui aiment, » c'est bien, mais à la condition que vous me dispenserez de vous prouver mon affection en redoutant tout de votre part.
Votre dernière lettre m'a été plus agréable. Vous m'écrivez, en effet, que rien ne vous persuadera que j'aie pu vous oublier le moins du monde. Je voudrais que cette conviction demeuràt en vous le plus fermement possible et prévint toute ombre de défiance. Le fait est que je vous ai écrit, que je vous ai expédié plus d'une fois des lettres, sans savoir jamais si elles vous étaient parvenues. J'ai demandé ensuite de vos nouvelles d'ici, de là, tantót à un ami, tantót à un autre, jusqu'à me rendre presque importun ; mais partout, silence étonnant sur vous (peu s'en faut-il que je ne dise contre vous). l'apprends que vous étes en France. Je cesse de vous écrire, je ne cesse pas de demander de vos nouvelles. Quelle faute ai-je commise ? Ces preuves de mon affection sont plus fortes que toutes vos accusations. Donc, quelle que soit votre affection, ne cédez plus désormais à ces craintes. En effet, bien qu'elles semblent au début engendrées par l'amour, souvent dans la suite, par de tres petits, d'insensibles changements, elles tuent, avec le temps, celui-là méme qui les a engendrées. Toutefois, ne croyez pas que votre crainte m 'inspire une
(c) non semel, — [septimestre silentium non fuit...
timere reflectas ; (4) mihi enim de eo mentio est, nullus vero metus. Quos de me passim seris sermones apud tuos, maxime apud eum quem herum tuum appellas, vide ne ita accipiantur quasi sementem agri tui colloces ac quod sentio sentiant alii : tua tibi in ore esse, tuoque te melle delectari. Hec pro familiaritate. Alioquin quid mihi optabilius quam me ex nomine, te nominante, ab eo cognosci cujus nomini me, si annueret, consecratum facere omnibus bonis ceeteris anteponerem (1) ? Quam in sententiam corde premo plurima qua nec penitus dicere possum, nec si possem, spatium ad scribendum a latore praestitutum permitteret.
Antonium, quem Franciscum vi simpathiæ nominas, Merindulensem (2) suamet manu inter tuas (sic) adscribam, bonum, prudentem, ac supra etatem philosophum
crainte équivalente. Je la mentionne simplement, je ne l'éprouve nullement. Quant aux paroles que vous semez sur mon compte, par ci par là, auprès de vos amis, surtout auprès de celui que vous appelez votre maitre, prenez garde qu'on ne les interpréte comme si vous semiez votre champ pour que les autres pensent ce que je pense moi-méme, c'est-à-dire que vous proclamez vos vertus, que vous savourez votre propre miel. Ceci entre nous. Si cet homme consentait à m'accepter comme sien ce serait pour moi un bien préférable à tout autre bien ; rien donc ne me sera aussi avantageux que de lui étre connu, au moins de nom, par votre entremise ( 1). Sur ce sujet, je garde en mon cœur bien des choses que je ne puis entierement révéler, et, le pourrais-je, que le temps laissé par le porteur ne me permettrait pas de les écrire.
Antoine de Mérindol (2) que, par sympathie, vous appelez François, de sa propre main se consigne entierement entre les vótres. C'est un jeune homme bon, prudent et philosophe à un degré bien supérieur
(d) timere reflectas ; — Tin ejus enim sum mentione non timore...)
(1) En rapprochant ce passage de la Lettre IX, p. 20, lignes 2 et 5, on est amené à conclure qu'il s'agit ici du célébre Antoine Favre, alors sénateur à Chambéry. Ce qui confirme encore cette hypothése, c'est que (voir variante (a) le destinataire de la présente lettre parait habiter la méme ville.
(2) Antoine Mérindol (1570-1624), qui devint dans la suite conseiller, médecin ordinaire de Louis XIII (1616) et premier professeur de médecine à l'Université d'Aix, avait fait de brillantes études à Paris et à Padoue. Il a
juvenem ; hoc solo nomine miserandum quod tanto ingenio genioque minime par sit nactus corpusculum, sed calculo generando pessime aptum (lapidem philosophicum a generante nominarim). Morbo sibi omnibusque amicis suis gravissimo decumbens ipse, ego assidens, de te plurima, quibus plane effectum est ut tui desiderio non minus quam sanitatis langueret.
Deageus praceptor noster te plurimum salvere jubet. Fratrem meum non adeo mihi dissimilem credo quin semper inter tuos remaneat (!); quamdiu vero pro eetate ex nobis pendet tanquam accessorium majori fratri cedit. Porro, ad omnes operas jus in me tibi esse non patrinatus sed patronatus existimes quæso. Subinde scribam vale.
Patavii, ipso annunciata salutis salutatæque Virginis die.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
à son áge. Une seule chose est à regretter en lui, c'est qu'il ait un corps chétif, peu proportionné à ses grandes qualités, à sa belle nature. Il est fort porté à engendrer la pierre (que chez lui on pourrait appeler pierre philosophale). Il a été retenu au lit par cette maladie trés douloureuse pour lui et pour tous ses amis. Je l'assistai. Nous parlàmes beaucoup de vous, ce qui le fit soupirer apres vous tout autant qu'apres la santé.
M. Déage notre précepteur m'ordonne de vous saluer mille fois. Mon frère me ressemble assez, je crois, pour demeurer toujours des vôtres ( 1). Pendant que son âge le tient en dépendance de nous, il suit comme un accessoire son frére ainé. Sachez que, pour n'importe quel service, vous avez droit d'user de moi, non il est vrai en qualité de parrain, mais à titre de maitre. Et sur ce, je vous dis adieu.
Padoue, jour de l'annonce de notre salut et de la salutation donnée à la Vierge.
laissé des traités de médecine trés estimés, qui ont été publiés en un volume in-folio (Aix, 1633), sous ce titre: Antonii Merindoli... Ars medica im duas partes secta, in qua non solum explicantur ea gua ad medicinam discendam sunt necessaria, sed multa qua Theologos et Philosophos recreare valeant continentur.
(1) Gallois, frère puiné de saint François de Sales, avait été d'abord destiné à l'état ecclésiastique et pourvu méme de la cure de Corsier et d'un canonicat au Chapitre de Saint-Pierre de Genève ; mais ses vues ne tardérent pas à se tourner ailleurs. Il épousa (contrat dotal du 3o janvier 1597) Jeanne du Fresnoys de Chuyt, dont il eut plusieurs enfants, et mourut le 29 juillet 1614.