‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 40 sur 64 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Demande de secours pour des indigents. — Requéte en faveur de quelques hameaux des Allinges. — Menées des protestants contre M. d'Avully.

Thonon, 12 mars 1597.

Monseigneur,

Dernierement, quand j'eu (sc) cest honneur de bayser les mains a Vostre Altesse, je luy reprasentay six ou sept pauvres gens, vieux et impuyssans a gaigner leur vie, qui ont vescu icy avec une admirable constance en la foi (2) catholique. Et parce que leur pauvreté (>) pourroit estre secourue avec une petite piece des graines de

(a) [Les variantes qui suivent sont extraites d'une minute écrite sur le méme feuillet que la lettre précédente.]

pauvres — Catholiques, vieux, [inhabiles...] qui ont vescu icy un grand espace de tems avec un'admirable constance en la religion

(b) necessité

Ripaille et Filly (1) qui sont destinees aux aumosnes, je suppliay tres humblement Vostre Altesse, a leur nom, de leur en assigner quelque portion; et selon la pieté dont Dieu l'a enrichie elle le trouva raysonnable. Maintenant je sçai que ces aumosnes (©) se reduysent aux Alinges pour la munition de la garnison ; mays je ne laisseray pas pour cela d'oser supplier Vostre Altesse quil luy plais'ordonner (d) que, d'une si grande quantité, quattre ou cinq muys (?) en soyent appliqués a ces pauvres gens vieux et a un autre qui, estant encores de bon aage, ne laisse pas d'estre pauvre (©) et, moyennant cest'aumosne, pourra servir au clocher pour les Catholiques.

Il y a aussy certains petitz vilages qui estoyent anciennement de la parroisse d'Alinges, et personne ne leur contredisoit d'en estre encores maintenant ; mays par ce que Vostre Altesse, selon son saint zele, a gratiffié (f) la parroisse d'Alinges d'un'immunité de toutes charges pour quattre ans a venir, en contemplation de

(c) Vostre Altesse — de leur en assigner une portion, et elle le jugea raysonnable. Mais parce que je n'eu pas le tems pour en solliciter le depeche, la chose en demeura-la. Maintenant je sçai [que ces aumosnes la ont esté portées... J qu'elles

(d) Je ne — lairray pas pour cela de supplier encores V. A. de commander

(e) a ces pauvres — [qui tous sont impuyssans, vieux, sinon un qui ne laysse pas d'estr'indigent et que je desirerois employer a un service public...]| et impuyssans gens vieux, ct a un autre qui, estant encores jeune, ne laysse pas d'estre indigent

(f) 4 — voulu gratiffier

(1) Les prieurés de Ripaille et de Filly, placés tous deux sous la Règle de Saint-Augustin, comptaient, l’un quinze religieux, l'autre, huit seulement. Le premier avait été fondé prés de Thonon (1410), par le duc de Savoie Amédée VIII ; le second, situé entre Thonon et Douvaine, faisait remonter son origine au commencement du xi* siécle. Ils avaient été pourvus de riches dotations, mais à la charge de faire d'abondantes largesses aux pauvres des paroisses environnantes. Lors de l'occupation bernoise, les envahisseurs chassérent les moines et confisquérent toutes leurs possessions. Néanmoins ces nouveaux maîtres continuérent à Ripaille « une aumóne solennelle qu'ils faisaient trois fois la semaine pour se faire aimer du peuple. » Les bátiments de Filly furent convertis en hospice destiné à héberger les mendiants.

(2) Mesure de capacité qui pour le froment équivalait à douze coupes (voir ci-devant, note (1), p. 347), et à vingt-quatre pour les céréales de moindre valeur.

leur retour a l'Eglise (8), on a opposé a ces petitz vilages que du tems de l'occupation des Bernois on leur commanda d'aller ailleurs a la præche. Je supplie donques tres humblement Vostre Altesse d'eslargir plus tost sa liberalité sur ces vilages par une declaration, que d'estressir (b) ceste premiere parroisse qu'on a dressé en ce pais a la foy catholique.

Les gens du consistoire supreme de ce balliage taschent de lever a monsieur d'Avully la judicature qu'il (i) y tient de Vostre Altesse; mays puysque ce consistoire n'est que pour la correction des meurs et qu'il n'en est faitte aucune mention au traitté de Nion, a ce que j'ay peu apprendre, comm'on ne perd pas le jugement pour se faire catholique, aussy n'en devroit on ‘j) pas perdre la judicature, specialement quand elle depend de la volonté (k) de Vostre Altesse, pour la santé de laquelle je ne cesseray de prier Dieu nostre Seigneur, comm'ayant ce bien [de] me pouvoir et devoir dire,

Monseigneur, De Vostre Altesse, Tres fidelle et tres humble sujet et serviteur,

FRANGOIs DE SaLss, indigne Prevost de S' Pierre de Geneve (1).

A Thonon, le 12 mars 97.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

(g) "Eglise — Catholique

(h) d'aller — a la præche ailleurs qu'Alinges. Je supplieray tres humblement V. À. d'eslargir plus tost sa liberalité sur ces petitz vilages que d'accourcir

(i) de ce balliage — tascheroyent volontiers de lever la judicature que monsieur d'Avully

(j) devra-on

(k) nomination

(1) Je — prie Dieu en tout'humilité, comm'ayant cest honneur d'estre, Monseig'*...

254 LerTRES DE SAINT FRANÇOIS DB SALES

A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN

(NOLDITE ) Installation d'un curé à Cervens. — Eloge de M. de Blonay.

Thonon, 16 mars 1597.

Illustrissimo et Reverendissimo Signore mio osservandissimo,

Credo che tutti quelli ai quali ho dato lettere per essere appresentate a V. S. Ill"* fanno a gara per farmi parere negligentissimo, poichè il signor cavaglier Bergera non è ancora partito di Chamberi, per quanto mi vien detto, et a questo gentilhuomo, il quale doveva inviarsi la settimana passata, fu dato tempo di far questa giunta alle precedenti mie.

Sono ritornato hoggi, quarta Domenica di Quaresima, nella parrochia di Cervens, dove quel popolo mi ha consolato con quell'avida et attenta audientia. In somma, quest'anime, da Tonone in poi, ci sonno date in preda, et mancano solo i cacciatori. Ho collocato a Cervens un buon sacerdote il quale, al principio di queste guerre, fu già nominato per star in quella parrochia se le cose

Mon très honoré, lllustrissime et Révérendissime Seigneur,

Je crois que tous ceux à qui j'ai confié des lettres pour être présentées a Votre Seigneurie Illustrissime rivalisent entre eux pour me faire paraitre trés négligent, puisque, d'apres ce qu'on me dit, M. le chevalier Bergera n'est pas encore parti de Chambéry, et on laisse assez de temps à ce gentilhomme qui devait se mettre en route la semaine derniére, pour me permettre d'ajouter ceci à mes lettres précédentes.

Je suis retourné aujourd'hui, quatrième Dimanche de Caréme, dans la paroisse de Cervens où ce peuple m'a consolé en montrant tant d'avidité pour la parole de Dieu et tant d'attention à l'écouter. En somme, si l'on en excepte Thonon, les àmes nous sont partout offertes comme une proie; il ne manque que des chasseurs. J'ai placé à Cervens un bon prétre qui, au commencement de ces guerres, avait

succedevano, et era cognosciuto da una gran parte degli habitanti (1), Ho ricevuto cento fiorini delle pensioni et non piü, dei quali parte ne ho data per certe provisioni necessarie, parte ne daró a quello sacerdote di Cervens postdomani, acció cominci la sua residentia. Hieri si diede un cosi grande rumore di guerra, che questi poveri Catholici ne sono restati tutti sbigottiti. Se per sorte il latore di queste, M. di Blonnay (?), havesse bisogno di ricorrere al favore di V. S. Ill", la supplico humilissimamente di fargliene gratia, perchè egli è buon catholico et zelante. Priegho il Signor si degni conservare V. S. Ill" ad honor di sua divina Maestà et beneficio nostro, et io resto per sempre, di V. S. Ill" et R", Devotissimo et humillissimo servidore, FRANC? DE SALES, indegno Prevosto di Geneva.

Tonone, alli 16 di Marzo 97.

Revu sur une copie déclarée authentique de l'Autographe conservé à la cathédrale de Nardó (Italie, Pouille).

' déja été nommé pour desservir cette paroisse si les choses réussissaient et il était connu d'une grande partie des habitants (1). J'ai reçu cent florins des pensions et pas davantage. J'en ai donné une partie pour certaines provisions nécessaires ; je donnerai l'autre après-demain à ce prétre de Cervens afin qu'il commence sa résidence. Hier on fit circuler de telles rumeurs de guerre que ces pauvres Catholiques en ont été tout effrayés. Si par hasard le porteur des présentes, M. de Blonay (2), avait besoin de recourir à votre protection, je vous supplie trés humblement la lui accorder, car il est un bon et zélé catholique. Je prie le Seigneur de conserver Votre Seigneurie pour la gloire de sa divine Majesté et pour notre avantage, et je demeure à jamais, De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le très dévoué et tres humble serviteur, FRANÇOIS DE SALES, indigne Prévót de Genéve.

Thonon, le 16 mars 1597.

(1) Bernard Chevalier avait été nommé curé de Cervens le 10 janvier 1590.

(2) D'après une lettre du Nonce de Turin, en date du 2 juin 1597 (voir à l'Appendice), il s'agit de Claude de Blonay, coseigneur de Saint-Paul.

AU MÉME

(MINUTE INEDITE)

Mesures à prendre pour pourvoir à la subsistance des curés du Chablais. — Voyage du chanoine Louis de Sales à Genève.— Désignation des PP. Capucins et Jésuites dont le concours serait le plus utile à la mission; frais que nécessiterait leur entretien.

Thonon, 25 mars 1597.

Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,

Supplico humilissimamente V. S. Ill"* per amor di Dio si degni perdonarme se cosi spesso non haverà ricevute lettere da me (4), perché la poca commodità che havemo qui, et massime io, di inviare le lettere in Chamberi, overo in Aousta, ne é stata la causa principale. Et credo che tutti quelli alli quali io do le mie lettere per. farle appresentare a V. S. Ill"* fanno a gara per farme parere negligentissimo ; poiché uno, tre giorni fa, me ne mandó una che già molti giorni sono haveva tolto per portar in Piemonte, dicendo che egli non poteva passar ;

Mon tres honoré, lllustrissime et Révérendissime Seigneur,

Je supplie trés humblement pour l'amour de Dieu Votre Seigneurie lllustrissime de daigner me pardonner si elle n'a pas reçu de mes lettres aussi souvent qu'Elle le souhaitait ; le peu de facilité que nous avons ici, moi surtout, d'en envoyer à Chambéry ou à Aoste en a été la cause principale. Je crois que tous ceux à qui je confie mes lettres pour être présentées à Votre Seigneurie Illustrissime s'efforcent à l'envi de me faire paraitre tres négligent ; car, il y a trois jours, l'un d'entre eux m'en renvoya une qu'il avait depuis quelque temps pour la porter en Piémont, assurant qu'il ne pouvait

(a) ricevute — da me risposte

et il cavaglier Bergera, quale ne ha una altra, era ancora fa poco in Chamberi, per quanto mi vien detto. Hieri mi capitó nelle mani, per huomo mandato espresso da monsignor Vicario di Geneva (1), quella che V. S. Ill"* mi scrisse alli 12 di questo mese, insieme con l'altra alligata per monsieur d’Avulli et la copia della lettera del signor Cardinale di Santa Severina (1).

Monsieur d'Avulli ha ragione dicendo che saranno necessarii vintidue curati in questo Chiablais, poiché (per venir al particolar) vi sono da 45 parrochie (3). Ma perché io no so chi voglia dar tanta intrata necessaria a tante persone, ho sempre havuto opinione che basterebbero da 18 curati, li quali, per dire quanto io credo, devono havere honorata provisione per sé et per un vicario che

passer outre, et, d'apres ce qui m'a été dit, le chevalier Bergera, qui en a une autre, était encore naguëre à Chambéry. Hier je reçus, par l'entremise d'un expres que m'envoya M. le Vicaire de Geneve (t), celle que Votre Seigneurie m'écrivit le 12 de ce mois, avec une autre pour M. d’Avully et la copie de la lettre de M. le Cardinal de Santa-Severina (2).

M. d'Avully a raison de dire que vingt-deux curés seraient nécessaires en Chablais puisque, pour en venir à quelque particularité, cette province comprend environ quarante-cinq paroisses (3). Mais parce que je ne sais qui voudrait fournir les revenus nécessaires à tant de personnes, j'ai toujours été d'avis qu'environ dix-huit curés suffiraient. Pour dire ce que je crois, les paroisses étant tres étendues, ils doivent avoir une pension convenable, suffisant à leur entretien

(1) Le vicaire général Frangois de Chissé (voir note (1), p. 71).

(2) Jules-Antoine Santorio, né à Caserte en 1532, avait été élevé au siège archiépiscopal de Santa-Severina en 1566, et, quatre ans plus tard, créé cardinal du titre de Sainte-Barbe. Dans la suite, il résigna son archevéché et accepta celui de Palestrina, sans laisser néanmoins d'étre toujours connu sous le nom de Cardinal de Santa-Severina. Ce Prélat, aprés avoir rempli avec beaucoup de zèle les fonctions de grand Inquisiteur, mourut à Rome en 1603.

C'est à propos de la conférence projetée entre les missionnaires et les ministres que le Cardinal écrivit la lettre mentionnée ici. (Voir à l'Appendice celle de Ms" Riccardi du 12 mars 1597.)

(3) La lettre écrite à ce sujet par M. d'Avully au Nonce de Turin, en date du 8 février 1597, a paru dans le tome VI (p. 351) des Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'Ecole frangaise de Rome, 1886.

Larrass ! 1?

* Cf. I Cor., vi, 12.

potesse aiutarli, già che le parrochie sariano molto grandi, et acciò possano con decentia far l'officio loro et no piglino le limosine per le confessioni, sepulture, Messe et altre cose ; ché se ben questo sarà forse lecito, tuttavia non é per nessun conto espediente *. Se vorranno i Cavaglieri lasciar le cure et beneficii curati, purché li particolari che ne hanno qui facciano il medesimo et se ne faccia un grosso per esser diviso in parti eguali, da Tonone in poi dove deve esser un essercitio piü decente, crederei che questo saria un buon ordine. Ma non vorria che i Cavaglieri havessero il jus patronatus sopra queste cure, ché questo sarebbe rovinar il concorso, et col tempo se vederiano nominationi da non dire ; et essi non sonno né fondatori, né restauratori de queste cure. Quanto poi alle considerationi fatte in Roma sopra la conferentia, sono veramente degnissime, et io ne ho scritte memorie amplissime di quanto me ne pare, et le ho mandate al signor Ludovico de Sales, canonico de Geneva, persona prattica, zelante, facunda nel predicare et accortissima nel servitio d' Iddio, il quale é cosi ben

et à celui d'un vicaire qui les seconde, en sorte qu'ils puissent remplir leur ministère avec bienséance, et qu'ils n'aient pas à exiger des aumónes pour les confessions, sépultures, Messes et autres choses ; car si cela est peut-étre licite, toutefois il n'est en aucune maniere expédient. Si les Chevaliers consentaient à céder les cures et les bénéfices-cures, et si les particuliers qui en détiennent ici faisaient de méme, on pourrait les réunir en un lot qu'on diviserait en parties égales entre les paroisses rurales; car à Thonon l'exercice du culte demande plus de solennité. Je crois que cet arrangement serait avantageux ; mais je ne voudrais pas que les Chevaliers eussent le droit de patronage sur ces cures : ce serait ruiner le concours, et, avec le temps, on verrait des nominations peu avouables. Du reste, ils ne sont ni fondateurs ni restaurateurs de ces cures.

Quant aux considérations faites à Rome au sujet de la conférence, elles sont vraiment trés sages ; j'ai écrit de tres amples mémoires sur ce qu'il m'en semble, et je les ai envoyés à M. Louis de Sales, chanoine de Genéve, homme expérimenté, zélé, éloquent dans la prédication, tres prudent pour ce qui regarde le service de Dieu et

informato dei miei pensieri quanto io stesso; et fu già mandato fa poco in Geneva, dal comune consenso di Monsignor R”° et del Padre Cherubino, per scuoprir un poco meglio questo negotio, et vidde una gran porta aperta al santissimo Crocifisso in quella terra, purché sia portato con secreto da persone pratiche di questi humori, humili et patienti. Bisogna far come facciamo la Settimana Santa : scuoprir una corna della Croce, poi l' altra piano piano, et cosi tutto, et gridar dolcemente : Ecce lignum Crucis, venite adoremus.

Et io saria volentieri andato sin ad Annessi per esser un poco consolato con Monsignor R"? et quelli Padri benedetti, poichè io son qui solo come leproso fuori dell’armata ; ma un poco de ressentimento di febre che io hebbi questi giorni passati, le confessioni alle quali per forza bisogna che io attenda et le altre necessità di qua mi tengono alligato qui sin alla Pasqua. Dirò ingenuamente il mio parer : no potrà meglio far Sua Beatitudine che di lasciar in questo et simili negotii l'assoluta libertà et authorità fra V. S. Ill"* et Monsignor R^", perchè questa guerra devesi fare con l'occhio

qui connait mes pensées aussi bien que moi-même. Ayant été naguére mandé à Genève, du commun consentement de M** notre Evéque et du P. Chérubin, pour approfondir un peu mieux cette affaire, il vit en cette ville une grande porte ouverte au tres saint Crucifix, pourvu qu'il y soit porté secretement par des personnes humbles, patientes et familiarisées avec les mœurs des hérétiques. ll faut faire comme nous faisons pendant la Semaine Sainte : découvrir un bras de la Croix, puis l'autre, et ainsi peu à peu, la Croix tout entiere, en chantant doucement : Ecce lignum Crucis, venite adoremus.

Je serais allé volontiers jusqu'à Annecy pour me consoler un peu avec Ms" le Révérendissime et ces bons Pères, puisque je suis seul ici, comme un lépreux hors de l'armée ; mais un petit ressentiment de fièvre que j'eus ces jours passés, les confessions que je dois forcément entendre, et d'autres devoirs me tiennent lié ici jusqu'à Pâques. Je dirai ingénuement mon avis : Sa Sainteté ne pourrait faire mieux que de laisser toute autorité et liberté d'action en cette affaire et en d'autres semblables à Votre Seigneurie et a MS" notre Evéque, puisque

et non coll' orecchio, perché le occasioni si appresentano bene spesso, et passano senza ritornar piü da quelli che non le pigliano. Questo sia detto da me con humillissima obedientia. É tanto ammalata questa provincia, che ogni minimo accidente che sopravenga impedisce un grande effetto.

Ritornai la Domenica quarta a Cervens et hebbi magior audientia che la prima. Io vi lasciai un buon sacerdote che era già destinato per esser curato in quella parrochia al principio di queste guerre se le cose succedevano, et era già conosciuto da molti de gl' habitatori. Heri (sic) mi mandarono [ad] invitare per ritornare, chè desideravano farsi Catholici ; ma parte la mia dappocagine, parte i negotii pure spirituali et paschalitii di questo Tonone [et] d'Alinges, mi diedero occasione di prorogar questo bene sino al dopo Pasqua che haveremo aiuto da altri predicatori.

Li Padri Cappucini li quali io per adesso vorrei che fossero deputati a quest'opra, sono il Padre Cherubino et il Padre Spirito, dottissimi, santissimi, humilissimi, et

cette guerre doit se diriger par l’œil et non par l'oreille; car bien souvent les occasions se présentent et passent sans retour pour ceux qui ne savent pas les saisir. Ceci soit dit de ma part avec une tres humble obéissance. Cette province est tellement malade que le moindre accident qui surviendrait empécherait un grand succés.

Je suis retourné le quatrième Dimanche de Caréme à Cervens, et jai eu un auditoire plus nombreux que le premier. J'y ai laissé un bon prétre, qui déjà au commencement de ces guerres avait été désigné pour étre curé de cette paroisse si les affaires réussissaient ; il était déjà connu d'un grand nombre d'habitants. Hier les paroissiens me firent inviter à y retourner parce qu'ils désirent se faire catholiques ; mais mon insuffisance d'une part, et de l'autre les affaires spirituelles et les confessions pascales de Thonon et des Allinges m'ont contraint de différer ce bien jusqu'aprés Pâques, où nous serons aidés par d'autres prédicateurs.

Les Péres Capucins que, pour le moment, je voudrais voir destinés à cette ceuvre sont le P. Chérubin, le P. Esprit, l'un et l'autre trés doctes, très saints, tres humbles ; tous deux préchent dans ce

AÀNNÉE 1597 261

ambiduoi predicano nella diocesi (1); li Padri Giesuiti, il Padre Giovan Saunerio (2), dei primi che habbiano di qua, et un altro che ha predicato questa Quaresima in Rumilly, ma no me sovienne il nome (3). Priegharó Monsignor R"* che lo nomini. Et pur no mi par che si debba restringer il numero a questi soli, ma si estendere ad altri, se bisogno ne fosse a l'anime, ché in questo no vedo che vi possa esser abuso veruno. Et pertanto si potria observar quest'ordine, che commandi V. S. IlI^* alli Provinciali [che] essi mandassero secondo le occurrentie, ché faremo poi venir delli secolari quanti piü potremo.

V. S. II" mi commanda che io le dica la spesa che ci potrebbe andar per mantener questi Padri. Dico in verità che cento scudi per huomo sonno necessarii, perché bisognerà che habbino un compagno per uno, et quelli

diocese (1). Quant aux Pères Jésuites, je voudrais le P. Jean Saunier (2), un des premiers qu'ils aient envoyés ici, et un autre qui a préché ce Caréme à Rumilly, mais dont je ne me rappelle pas le nom (3). Je prierai Ms" le Révérendissime de le demander. Cependant il me semble qu'on ne devrait pas se limiter à ce petit nombre, mais l'augmenter d'autres encore si les âmes en avaient besoin, car en ceci je ne vois pas qu'il puisse y avoir aucun abus. Partant, on pourrait procéder ainsi : Votre Seigneurie lllustrissime donnerait ordre aux Provinciaux d'envoyer des Religieux selon les occasions; nous ferons ensuite venir autant de prétres séculiers que nous pourrons.

Votre Seigneurie m'ordonne de lui dire jusqu'où montera la dépense pour l'entretien de ces Pères. Je dis en vérité que cent écus par téte sont nécessaires, parce qu'il faudra à chacun un compagnon, et

(1) Le P. Chérubin préchait le Caréme à Annecy (voir note (1), p. 336), et le P. Esprit le préchait à La Roche.

(3) Le P. Jean Saunier, né en 1543, entra dans la Compagnie de Jésus à la fin de l'année 1572. Il professa douze ans les basses classes avant d'être employé au ministére apostolique. Le zéle qu'il déployait depuis plus de deux ans dans l'évangélisation des bailliages de Ternier et de Gaillard inspira à saint François de Sales le désir de l'obtenir pour collaborateur dans la mission du Chablais. Le P. Saunier fut ensuite préfet des études au collége de Chambéry ; il mourut à Paris le 9 octobre 1610.

(3) Probablement le P, Alexandre Hume (voir ci-après, p. 304).

che non saranno Cappucini, ancora un cavallo per trascorrere di luogho in luogho ; ma le cure faranno questa spesa sin tanto che siano stabiliti i curati, purchè ci sian lasciate. No sapria dire circa questa riduttione più particolarmente che io feci nelle memorie lasciate a V. S. I1l"* et al P. Giulio Coccapane (1), da presentarsi a Sua Altezza.

Una sola cosa diró di piü : che la reformatione di queste badie di qua importa infinitamente per far un buon odor da per tutta la vicinantia . . . . . . .

All’ Illmo et Ra Sig” mio osservandissimo, Monsigre l'Arcivescovo di Bari, Nuntio Apostolico appresso S. A. S.

Revu sur une copie déclarée authentique de l'Autographe conservé à la cathédrale de Nardó (Italie, Pouille).

à ceux qui ne sont pas Capucins il faut encore un cheval pour aller d’un lieu à un autre ; mais les cures fourniront à cette dépense, pourvu qu'elles nous soient cédées, jusqu'à l'établissement des curés. Je ne saurais sur cette réduction rien dire de plus spécial que le contenu des mémoires laissés à Votre Seigneurie Illustrissime et au P. Jules Coccapane (1) pour étre présentés à Son Altesse.

Je n'ajouterai qu'une seule chose : c'est qu'il importe infiniment de réformer les abbayes de ce pays pour répandre dans tout le voisinage un parfum d'édification. . . . . . . . . . . . .

(1) Le Jésuite Jules Coccapane, né à Carpi en 1536, d'une famille illustre, avait prononcé ses grands vœux à Milan le 19 avril 1587. Dix ans plus tard, le duc de Savoie le choisit pour confesseur, et lui conserva longtemps cette charge qui mettait le P. Coccapane en mesure de protéger à la cour les intéréts de la religion. Il mourut à Turin en 1615.

(MINUTE INEDITE)

Instances pour obtenir quelques libéralités déjà sollicitées en faveur de nouveaux Catholiques.

Sales, 11 avril 1597.

Monseigneur,

Je suppliay nagueres Vostre Altesse par une lettre * "Epist. zxxxvm. quil luy pleust accorder une portion de cinq ou six muys de froment des aumosnes de Ripaille et de Filly pour le soulagement de sept ou huit vieux bons Catholiques, pauvres et indigens, et pour un qui servist a Thonon au clocher pour les Catholiques. Quand j'eus ce bonheur d'approcher Vostre Altesse l'annee passee a Turin elle eut aggreable la proposition que je luy en fis, et maintenant j'ay prié M. de Blonnay de la luy representer. Plaise donq lautrefois a Vostre Altesse de faire ceste aumosne a ces pauvres gens, puisque c'est d'un bien qui est desja destiné aux pauvres.

Je supplie encor Vostre Altesse pour certains petitz vilages qui estoyent anciennement de la parroisse des Alinges et en furent distraitz sous les Bernois, lesquelz desirent estre reunis a leur ancienne eglise et y faire l'exercice catholique; a quoy personne ne contrediroit, si ce n'estoit que Vostre Altesse a, par sa liberalité, exempté la parroisse des Alinges des charges et subsides, a quoy ilz auroyent part par consequent. Plaise donq a Vostre Altesse estendre plustost sa liberalité sur ces petitz vilages, qu'accourcir la premiere parroisse qui s'est faitte catholique par deca.

Ces huguenotz ont intention de priver monsieur d’A vully de la judicature du supreme consistoire parce qu'il est catholique ; mais puysque cecy ne touche en rien au traitté de Nion et qu'il a esté institué en cest office par

Vostre Altesse, je cuyde que ce soit pour l'honneur de Dieu et de Vostre Altesse qu'il y soit expressement continué. Le ministre qui se veut catholiser et s'y dispose de plus en plus fut secouru de quelque peu de bled par monsieur de Lambert, et Vostre Altesse declaira l'avoir aggreable ; mais monsieur de Lambert n'a pas osé en tirer consequence qu'il failloit continuer, qui me faict encor supplier Vostre Altesse de le luy faire entendre.

Ainsy ne cessé-je de demander a Vostre Altesse, mays je ne cesse aussi de demander a Dieu qu'il la conserve longuement en tres parfaitte santé, puysque j'ay l'honneur d'estre,

De Votre Altesse, Tres humble sujet.

Revu sur le texte inséré dans les deux Procés de Canonisation.

A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN

Difficultés que présente la mission du Chablais.— Intérét du Pape pour cette œuvre. — Il est urgent de réformer quelques abbayes de la contrée. Sales, 11 avril 1597.

Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo, Hebbi hieri quella di V. S. Ill"* scrittami alli 4 di A prile, et viddi nella alligata (4) copia del signor Cardinale

Mon trés honoré, lllustrissime et Révérendissime Seigneur,

J'ai regu hier votre lettre du 4 avril, et j'ai vu dans la copie de celle du Cardinal Aldobrandino qui s'y trouvait jointe combien

(a) [Les variantes qui suivent sont extraites d'une minute insérée dans le I** Procès de Canonisation.]

di Afrile, — con infinita mia consolatione di vedermi concesso il perdono della negligenza passata, o vero accettata la scusa della retardatione. Vedo bene dall’ alligata

Aldobrandino quanto Sua Santità habbia a caro di haver avvisi (>) delle cose di qua. Et io vorrei poterne dar ogni giorno delle grate et vere nuove, ma sin adesso le cose sonno andate tanto lentamente et con tanta malinconia che faceano noya alli più sani et saldi stomachi. Nè sin adesso ho ricevuto altro per li curati se non (©) cento fiorini et 30 coppe di fromento, come scrissi a V. S. Il!" delle quali ne darò buon et fedel conto, acció sappiano i Cavaglieri che la nostra povertà no ricerca i loro beni per farsi ricca o grassa. Laudo il Signor il qual ha dato buona intentione a Sua Santità di restituir le cure al servitio d' Iddio et dell'anime, come vüol il dovere. (4)

Sa Sainteté a pour agréable d'étre tenue au courant de nos affaires. Je voudrais pouvoir lui en donner chaque jour de vraies et réjouissantes nouvelles; mais jusqu'ici les choses sont allées si lentement et si tristement qu'elles fatiguaient les estomacs les plus sains et les plus forts. Comme je l'écrivais à Votre Seigneurie Illustrissime, je n'ai encore regu pour les curés que cent florins et trente coupes de froment, dont je rendrai bon et fidele compte afin que les Chevaliers sachent que notre pauvreté ne recherche pas leurs biens pour s'enrichir et devenir opulente. Je loue le Seigneur de ce qu'il a donné à Sa Sainteté l'intention de rendre au service de Dieu et des âmes les revenus des cures, ainsi que le demande la justice.

(b) di — saper

(c) alli più sani et — ben disposti stomachi. Hora non ho ricevuto altro che

(d) 5 Cavaglieri che — se bene io addomando li beni loro, non é per farmene ricco né grasso. Laudo il Sig'* Iddio che ha dato, per quanto vedo, buona intentione a S. A. di restituire le cure al servitio delle anime, come si conveniva, accio si possa un poco piu liberamente, assolutamente et lietamente inviare questo negotio. Il sig" cavaglier Bergera mi lasciò certe assignationi appresso questo o quel altro della terra di Tonone; ma essi non paghando, non so come sforzarli et farmeli nemici, poiche devo piuttosto tirarli a volerme bene per poterli far Catholici. — (... quoique je demande leurs biens, ce n'est pas pour m'enrichir et devenir opulent. Je loue le Seigneur notre Dieu de ce qu'il a donné à Son Altesse l'intention de rendre au service des âmes les revenus des cures, ainsi qu'il était convenable, afin que nous puissions un peu plus librement, absolument et joyeusement acheminer cette affaire. M. le chevalier Bergera me laissa certaines assignations auprés de tel et tel habitant de la ville de Thonon; mais comme ils ne payent pas, je ne sais par quel moyen les y obliger, et je ne veux pas m'en faire des ennemis, puisque je dois plutót leur inspirer de la bienveillance à mon égard pour pouvoir les rendre catholiques.)

* Epist. Lxxxvm.

* Philip. 1, 8.

Ho scritto * a V. S. Il1”* della giudicatura del consistorio di Chiablais qual vogliono (e) levar a monsieur d'Avully, et non é ragionevole. Ne scrivo l'altra volta a Sua Altezza acció si degni farne qualche dichiaratione. No voglio mancar di raccommandargli la prebenda so lita a pagharsi al P. Predicator di Evian sopra la badia dell' Abondanza, con incolcar, anzi gridar nelle viscere di Christo *, che si faccia o la riformatione o la mutatione delle badie d'Aux et Abondanza (1!) et delle altre ancora di qua che sonno seminarii de scandali (f).

Monsieur di Blonnay, lator di questa, é gentilhuomo meritevole et puó fare buoni servitii di qua ; per tanto, s havesse bisogno di ricorrer' al favor di V. S. Ill"* in

J'ai écrit à Votre Seigneurie au sujet de la judicature du consistoire du Chablais que l'on veut óter à M. d'Avully; c'est déraisonnable. J'en écris de nouveau à Son Altesse afin qu'elle prononce un arrêt à cet égard. Je ne veux pas manquer de vous recommander l'affaire de la prébende d'Abondance que l'on a coutume d'appliquer au P. Prédicateur d'Evian. Jamais non plus je ne cesserai de presser, voire même de crier afin d'obtenir par les entrailles de Jésus-Christ, que l'on prenne des mesures pour la réforme ou le changement des Religieux des abbayes d'Aulps, d'Abondance (1), et d'autres encore qui sont en cette province des séminaires de scandales.

M. de Blonay, porteur de cette lettre, est un gentilhomme de grand mérite, qui peut nous rendre bien des services. Par conséquent, s'il avait besoin de la protection de Votre Seigneurie lllustrissime,

(e) del consistorio — la quale vogliono quelli di Tonone (f) o la mutatione — di quelli Religiosi d'Aux et dell'Abondanza.

(1) Ces abbayes, tombées dans un si déplorable reláchement, avaient autrefois répandu un admirable éclat de sainteté dans tout le pays. Celle d'Aulps devait son existence à des moines de Molesme, envoyés dans ces régions par saint Robert, vers la fin du xi* siècle. Aprés la mort de Guy, son premier Abbé, elle avait été gouvernée par saint Guérin, l'ami de saint Bernard. Ce grand Saint lui-méme avait visité l'abbaye d'Aulps, ou de Notre-Dame des Alpes, et adressé plusieurs lettres aux Religieux qui l'habitaient.

L'abbaye d'Abondance se glorifiait d'avoir eu pour fondateur saint Colomban, qui aurait été contraint de fuir devant la fureur des barbares. Dans les derniéres années du xi* siécle, des Chanoines réguliers venus d'Agaune reprirent l'œuvre du moine irlandais, et placérent sous la Règle de saint Augustin ce monastére, qui eut pour troisiéme Abbé le B. Ponce de Faucigny (1171).

qualche suo negotio, la vorrei ben preghar di farne gratia et a luy (sic) et a me. Son sforzato a far alta per certi giorni per venir al sinodo et altri negotii, et per prevenire una malatia della quale sono minacciato cié un pezzo. Ma questo sarà poco, et ritornaró poi alla tralasciata impresa con più impeto (8).

Fra tanto priegho il Signor conservi ad utile della sua Chiesa V. S. Ill“, alla quale bascio con ogni humiltà le mani reverendissime.

Di V. S. Ill" et R^, Humilissimo et divotissimo servitore, FRANC? De SALES, indegno Prevosto di Geneva (h).

Di Sales, alli 11 di Aprile 97.

All’ Illmo et Revermo Sig” mio osservandissimo, Monsig” l' Arcivescovo di Bari,

Nuntio Apostolico appresso S. A.

Taurino.

Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives du Vatican.

en quelqu'une de ses affaires, je vous prierais de nous en accorder la grâce à lui et à moi. J'ai été contraint de m'absenter quelques jours afin d'assister au synode, mettre ordre à certaines choses, et prévenir une maladie dont je suis menacé depuis longtemps. Mais cette absence sera courte et je retournerai ensuite reprendre avec plus d'ardeur mes travaux interrompus.

En attendant, je prie le Seigneur de vous conserver pour l'utilité de son Eglise, et je baise en toute humilité vos mains vénérées. De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le trés humble et tres dévoué serviteur, FRANGoIS DE SALES, indigne Prévót de Genève.

De Sales, le 11 avril 1597.

(g) Son sforzato — di fare alta per certi giorni, si per venire al sinodo et veder di condurre i Padri Cappucini nel Chablais, si per prevenire con qualche rimedio una malatia della quale son minacciato. Ma questo sara poco, et ritornaro poi piu gagliardamente alla tralasciata impresa.

(h) #7 Signor — nostro dia a V. S., con buona sanita, lungho, vero et perfetto contento, et restaro per sempre, di V. S. Ill»* et Res...

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