‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 45 sur 64 · A MONSIEUR CLAUDE MARIN, PROCUREUR FISCAL EN CHABLAIS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR CLAUDE MARIN, PROCUREUR FISCAL EN CHABLAIS

Préparatifs à faire en vue des Quarante-Heures qui doivent se célébrer à Thonon. — Indications pour le logement de l'Evèque. — Audience du duc de Savoie. — Destination de deux ecclésiastiques.

Sales, 6 août 1598.

Monsieur (1),

Puisque Son Altesse veut que les Quarente Heures se facent le quinziesme de ce moys, et qu'elle veut qu'elles se facent le plus solemnellement que l'on pourra, baillant partant esperance de vouloir rembourser les frais qui s'y feront, ne voyant point d'argent prest, il m'a semblé que on ne pouvoit point avoir de meilleur moyen pour loger les musiciens et autres semblables personnes necessaires et les nourrir, que de faire que

(1) Cette lettre est écrite par Georges Rolland, sauf la signature, l'adresse et une partie du post-scriptum, qui sont de la main du Saint (voir ci-aprés,

note (3), P. 344).

les fermiers qui sont reliquateurs de plus de mille florins vaillant pour les pensions de ceste annee, respondent vers quelqu'un de la despence que lesditz musiciens pourront faire, a rate dequoy je les dechargeray de ladite dette. Et a ces fins je fais trois mandatz : un a Meynet, l'autre a Vernaz et l'autre a Castellani (1), affin quilz respondent vers quelqu'un [de] la despence qui se fera par lesditz musiciens, chacun jusques a la somme de cent florins. Restera qu'il vous plaise d'essaier si lon pourra trouver qui veuille fournir aux frais a ceste condition, en advançant, et je tiendrois main a les faire bien paier dans le terme quilz prendroient ; et si vous le trouvies, il faudroit faire marcher (sic) a combien par jour ilz entretiendroient la personne honnestement et sans superfluité.

Item, je vous prie de trouver un logis parmi les Catholiques pour Monseigneur l'Evesque. On paiera le louage a tant par jour, en fournissant seulement le bois, linge et vaiselle, car quant au reste, Monseigneur le Reverendissime fera sa despence luy mesme ; mais il faut que ce soit chez un Catholique et qu'on aye pour le moins trois chambres. Si ce n'estoit qu'il m'a tant recommandé que son hoste fut catholique, j'eusse nommé monsieur d'Alemand (2); touttefois, au pis aller, encor ne seroit il pas mal la, si autrement ne se peut faire. Jamais Quarente

(1) Il est difficile d'identifier ces personnages qui portent des noms trés répandus en Chablais. Plusieurs Meynet, bourgeois de Thonon, figurent sur la liste des protestants convertis par notre Saint et ses collaborateurs. Le procès-verbal de l'établissement des greniers à sel à Thonon (mars 1597) mentionne « Thomas et François Meynet » parmi les marchands qui avaient précédemment débité du sel dans cette ville.

Dans un accord passé en 1602 entre les seigneurs de Fribourg et les habitants de Thonon, on trouve parmi les signataires, bourgeois de cette derniére ville, Maurice et Pierre Vernaz. Celui-ci parait n'étre pas différent d'un Pierre Vernaz qui est mentionné dans le procés-verbal précité comme étant curial de Thonon. (Voir ci-devant, note (1), p. 103.)

(3) La famille des nobles du Nant d'Alleman était représentée en Chablais à cette époque par Georgios, coseigneur d'Alleman, seigneur de la Place, de Thollon, etc., et par ses deux neveux : François, seigneur de Saint-Paul, possesseur du cháteau d'Alleman, et un autre Georgios, seigneur de Grilly, d'Alleman, etc. Il n'est pas possible de préciser quel est de ces trois personnages celui qui est désigné dans cette lettre.

344 LgrTRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

Heures n'eurent tant de difficultés que celles cy, qui m'en fait tant mieux esperer.

Jay esté beaucoup deplaisant de ne m'estre pas trouvé icy quand vous y aves esté, pour jouir de vostre conversation et apprendre a sohait de voz nouvelles. Son Altesse, quoy que tres empeché, me bailla une audience de quattre motz lundi(!), et entre autres choses me promit de m'en bailler une plus grande aux Quarente Heures de Thonon ou elle esperoit se trouver. Dieu le voulust, mais je crains fort quil n'en sera rien.

Je vous salue de tout mon cœur avec toutte vostre compagnie, et suis,

Monsieur, Vostre plus humble serviteur,

FRANG* DE SALES.

Je baise tres humblement les mains a madame ma tante(?), a madamoyselle du Maney et a toutte la conversation, (3) a laquelle je me rendray dans quattre ou cinq jours.

A Sales, le 6 d'aust 98.

I] m'est advis quil seroit bon que monsieur Chevallier (4), qui a commencé a Bellevaux, poursuivit, et que

(1) Ce jour-là, 3 août, le duc se trouvait à Chambéry.

(2) Le Saint avait coutume de donner ce titre à Jeanne du Maney, veuve de François du Foug, qui l'avait accueilli et assisté avec un grand dévouement dés son arrivée en Chablais. (Voir ci-devant, note (1), p. 114.)

Quant à « madamoyselle du Maney, » ce pouvait étre Claudine, fille de Marius du Maney et de Jeanne-Marie du Foug, parente de la précédente.

(3) Ce qui suit, moins la date, est autographe.

(4) Claude Gaspard Chevallier, natif d'Annecy, était un prétre de mérite que « le Serviteur de Dieu cherissoit fort. » Cette affection remontait à l'époque où M. Chevallier, récemment sorti de l'Université de Louvain, choisit le Prévót pour présider la thése publique de théologie qu'il soutint dans sa ville natale. Pendant cinq années, il desservit la paroisse de Bellevaux, sans laisser de suppléer le Saint chaque fois que celui-ci devait s'éloigner de Thonon. Le 21 août 1601, cet ecclésiastique fut pourvu de la cure de Fessy- Lully, puis il devint théologal de Belley et finit par entrer dans l'Ordre des Récollets oà il est connu sous le nom de P. Antoine. On a de lui un court mais intéressant Mémoire encore inédit, sur la vie et les vertus de saint Frangois de Sales.

monsieur Clerici (1) fut curé a Thonon ou il feroit rage a bien tenir l'eglise et instruire la jeunesse; mais il faudroit que le P. Cherubin fit un peu de disposition a cela tout bellement.

Encor aurons nous besoin d'un logis pour sept ou huit personnes ecclesiastiques qui iront la, en payant comme dessus ; sinon que celuy qui fournira pour les musiciens fournit encor a cela, comm'il se pourroit bien faire.

A Monsieur Monsieur Marin, Procureur fiscal en Chablaix.

Revu sur l'original conservé à la Visitation de Turin.

(1) Nicolas Clerc ou Clerici, qui se trouvait à Padoue lorsque saint Frangois de Sales y reçut le bonnet de docteur, fut curé de Chanay, puis de Saint- Félix (1587), et protonotaire apostolique. Il accompagna le P. Chérubin dans le voyage que ce religieux fit à Rome (1599) pour traiter des intéréts de la Sainte-Maison. M. Clerici mourut en septembre 1617.

A MONSIEUR SÉBASTIEN WERRO ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE DU DIOCÉSE DE LAUSANNE PRÉVÓT DE SAINT-NICOLAS DE FRIBOURG (1)

Les exercices des Quarante- Heures à Thonon sont fixés aux 23 et 24 août.

Thonon, 12 août 1598.

Monsieur,

La devotion des Quarante Heures a esté retardee jusques au Dimanche et jour de saint Bar:helemi, 23 et

(1) Sébastien Werro, né à Fribourg en Suisse (1555), avait suivi les cours de l'Université de Fribourg en Brisgau, où il obtint le grade de maitre és-arts (1574). Etant entré dans les Ordres, il se vit, peu aprés son retour dans sa ville natale, nommé chanoine, puis chantre du Chapitre de Saint- Nicolas, et fut pendant dix ans(1580-1590) curé de Fribourg.

A la dignité de Prévót de la Collégiale (1596) il joignit, après la mort de l'Evéque de Lausanne, Antoine de Gorrevod (1598), celle d'administrateur

24 de ce moys. C'est pour un beaucoup plus grand bien. Je vous ay bien voulu faire ce mot d'advis, affin que si quelcun de dela desiroit honnorer cest'action de pieté de sa presence, il ne s'acheminast pas en vain ceste semayne. Mais aussi je voudrois que personne ne perdit courage de venir pour ceste retardation, puisque la tardiveté sera recompensee d'une bien grande consolation si Dieu nous fait les graces que nous esperons.

Je bayse tres humblement vos mains sacrees, et me dis a jamais,

Monsieur, Vostre plus humble confrere et serviteur,

Franc: De SALES, Pravost de S' Pierre de Geneve.

Le R. P. Cherubin et toute la brigade des serviteurs

de Dieu que nous avons icy vous salue tres affectionnement.

À Thonon, le 12 aoust 1598.

A Monsieur le Prevost de S' Nicolas de Fribourg.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le docteur Jean Schaller, à Fribourg.

apostolique du diocése, puis de vicaire général du nouvel Evéque, Jean Doroz. L'étude et la priére remplirent les treize derniéres années de sa vie, qui se termina en novembre 1614. Il fut inhumé auprès du bienheureux Canisius, son ami, qu'il avait lui-méme assisté à son lit de mort, et dont il avait composé l'épitaphe et prononcé l'oraison funébre.

Sébastien Werro a laissé plusieurs ouvrages estimés, entre autres la Càronica Ecclesia et Monarchiarum a condito mundo (1599), et un traité sur le Cantique des Cantiques, intitulé De Phslotkeïis, qui parut la méme année (1609) que l'Introduction à la Vie devote. (Notice sur la Vie et les Œuvres de Sébastien Werro. Fribourg, 1841.)

Page 1