AVANT-PROPOS XXVII
L'orthographe ancienne des noms propres est conservée dans le texte avec toutes les variations permises à cette époque (1) ; seulement, pour éviter des équivoques, on a régularisé l'usage des capitales. Souvent le Saint les emploie pour les particules nobiliaires, et les supprime aux noms patronymiques ; d'autres fois il les place aux deux mots. Nous n'avons respecté cette irrégularité que dans sa propre signature.
Tout en réprouvant la liberté que se sont accordée nos devanciers, de mélanger aux lettres du Saint, celles de ses correspondants, nous n'avons garde de méconnaître le haut intérét qu'offrent ces derniéres. Loin donc de les rejeter de notre publication, nous en avons recueilli bon nombre d'autres inédites jusqu'ici ; elles seront données sous forme d'Appendice à la fin du volume auquel elles se rattachent, par ordre de date.
Une Table de correspondance permettra d'embrasser d'un coup-d'ceil la provenance de chaque pièce, de juger du nombre de celles qui sont inédites, de voir à quelle époque les autres ont été publiées une premiére fois et quelle place elles occupent dans les éditions Vivès et Migne.
Un mot maintenant sur le contenu de ce premier volume: il correspond aux années de la jeunesse de saint Frangois de Sales, et, les dates fissent-elles défaut, on le devinerait au style, du moins pour les débuts. On y retrouve l'enthousiasme et, osons le dire, l'emphase pardonnable à cet âge, surtout à la fin du XVr' siècle, où le goüt littéraire était si peu sür. La langue vulgaire ne suffit pas au jeune Saint, spécialement pour ses relations avec le sénateur Favre. Les deux amis échangent dans un latin recherché, les témoignages d'une affection que le temps devait consacrer ; les jeux de mots abondent, et, si ces deux grands hommes ne nous étaient connus, la tentation viendrait de penser qu'ils visaient au bel esprit. Le Prévót rédige avec soin des ébauches dont les surcharges et les ratures accusent le travail et le souci de
(1) L'orthographe usuelle est adoptée dans les notes et les traductions.
xxvi . — LBTTRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
bien dire. N'ayons garde cependant de nous en plaindre: nous devons à cette habitude de posséder les lettres du Saint à son ami, car les originaux ont disparu; il ne nous reste que ces minutes oubliées par l'Auteur, au milieu d'autres papiers.
Cette période de jeunesse littéraire dura peu. Les travaux de lapostolat mùrissent vite, surtout un apostolat aussi laborieux que fut celui du Chablais. Bientót le style du Missionnaire s'élève, tout en se montsant plus limpide et plus naturel. Ce n'est plus alors le temps de songer aux fleurs de rhétorique ; le Saint ne pense qu'à Dieu et aux âmes, et, s'affranchissant de toute influence étrangère, il devient grave et simple parce qu'il est enfin devenu lui-même. Ses espérances et ses tristesses prennent vie sous sa plume, les dernières surtout, qui furent longtemps les plus nombreuses. Pendant près de deux ans ses lettres ne sont pour ainsi dire qu'un long gémissement sur la mauvaise foi des ministres et l'obstination des protestants qui refusent opiniátrément de l'écouter. De loin en loin, quelques éclaircies dans ce ciel si noir, quelques conversions éclatantes, comme celles de l'avocat Poncet et du seigneur d'Avully ; puis de nouveaux déboires et de plus pénibles déceptions. Son voyage à Turin, dans l'automne de 1596, l'accueil empressé que lui font le duc de Savoie et le Nonce apostolique présagent un heureux revirement dans la marche des affaires; on y compte, on l'attend, mais en vain. Et voilà notre saint Missionnaire réduit de nouveau à jeter des cris de détresse à Charles- Emmanuel I°, qui fait de magnifiques promesses, aux Chevaliers des saints Maurice et Lazare qui en empéchent la réalisation, à M" Riccardi lui méme, toujours prêt à lui compatir et souvent impuissant à le seconder. L'heure viendra cependant où il moissonnera dans la foie ce qu'il a si péniblement semé dans les larmes; et les cérémonies triomphales des Quarante-Heures de Thonon seront le couronnement de son héroique apostolat.
C'est bien dans ces lettres qu'il faut chercher l'histoire la plus vraie qui ait été composée de la mission du Chablais, et la plus palpitante d'intérét, Elles sont écrites
AvVANT-PRoPOS XXIX
avec une émotion tellement communicative que l'on croit assister à cette lutte admirable oü la vérité reconquiert pied à pied un terrain qui lui est si chérement disputé par l'erreur. Le Saint réfute d'avance les récits calomnieux de nos adversaires, et ferme la bouche à ceux qui veulent insinuer que la conversion de cette province a été obtenue par intimidation militaire ou à prix d'argent.
Que de révélations ne contiendraient pas encore les lettres qui n'ont pu étre recouvrées, et il en est un grand nombre ; car nous constatons avec peine que cette premiére période de la Correspondance offre des lacunes considérables. Et plùt à Dieu qu'il n'y en eût pas d'autres! Malgré toutes les recherches faites depuis vingt ans, il reste assurément encore un grand nombre d'épis ignorés à faire entrer dans la gerbe si belle déjà qu'est la collection des Lettres de saint François de Sales. Au nom de la Religion et de la littérature, nous adressons un pressant appel à tous les possesseurs de ces richesses, et nous pouvons promettre d'avance à ceux qui voudront bien y répondre, avec notre gratitude la plus profondément sentie, celle des lecteurs de cette Edition, et, ce qui est infiniment préférable, la protection spéciale du plus aimable des Saints.
DoM B. MACKEY, O. S. B.
LETTRE-CIRCULAIRE DE S. EM. LE CARDINAL PAROCCHI, VICAIRE DE SA SAINTETÉ AUX ÉVÊQUES D'ITALIE
Dal Vicariato, Roma, nella festa del S. Cuore, 9 Giugno 1899.
Pubblicato appena il primo volume (1892) della nuova edizione delle opere di S. Francesco di Sales, per cura delle religiose della Visitazione del primo monastero di Annecy, con l’ intelligente concorso del dotto benedettino P. Mackey, si guadagnò il plauso universale degli eruditi.
La solidità della carta, la chiarezza ed eleganza de' tipi, la correttezza del testo, superiori a quanto poteva aspettarsi dalla piccola gemma della Savoia, furono giudicati pregi bene inferiori alla squisita diligenza, posta ad assicurare l' autentica lezione dell' opera, e la diligenza porto si generosi frutti, che dal primo volume al decimo (1898), e sperasi cosi fino all' ultimo, il pensiero di S. Francesco di Sales, quale egli medesimo affidò alle immortali sue pagine, v'e fedelmente riprodotto e in modo definitivo.
Ora, pubblicate omai le opere maggiori, fino ai discorsi, e in essi se ne trovarono d' inediti non pochi, come si venne a stampare le
Du Vicariat, Rome, en la fête du Sacré-Cœur, 9 juin 1899.
Dès que parut le premier volume (1892) de la nouvelle édition des œuvres de saint Frangois de Sales, publiée par les soins des Religieuses de la Visitation du I*" Monastère d'Annecy, avec l'intelligent concours du docte Bénédictin P. Mackey, il obtint l'applaudissement universel des érudits.
La solidité du papier, la clarté et l'élégance des caractères, la parfaite correction typographique, supérieures à tout ce que l'on pouvait attendre de ce petit bijou qu'on nomme la Savoie, furent considérées comme des avantages bien inférieurs à l'extréme diligence mise à assurer l'authenticité du texte. Cette diligence a obtenu des résultats si excellents que, du premier volume au dixiéme (1898) — et l'on espére qu'il en sera ainsi jusqu'au dernier — 1a pensée de saint François de Sales, celle qu'il confia lui-méme à ses pages immortelles, s'y trouve fidélement reproduite et d'une maniére définitive.
Or, les principaux ouvrages du Saint ayant été déjà édités jusqu'aux Sermons, parmi lesquels il ne s'en est pas peu trouvé d'inédits, l'impression des lettres allait étre commencée, lorsque les éditeurs constatérent qu'un grand
LETTRE DE S. Em. LE CARDINAL PaRoccHI XXXI
lettere, notarono gli editori che moltissime ancora ne giacciono ascose nelle biblioteche e negli archivi di pubblici e privati instituti.
Si rivolsero pertanto a me, come a Superiore delle Salesiane di Roma, affinché facessi appello agli Ordinariati d’ Italia, in aiuto all'impresa. Il che avendo io significato alla Santità di N. Signore, Egli nel tanto suo zelo per le sacre discipline e per le lettere, di buon grado aderiva.
E pero non solamente in mio nome e delle Salesiane d'Annecy, ma in qualche modo anche da parte del Santo Padre, invito e prego gli Ordinariati d' Italia a procurare ricerche nelle biblioteche e negli archivi dipendenti dalla loro giurisdizione, se mai si trovassero lettere od altri scritti inediti del Santo Vescovo di Ginevra. E trovati, li prego di trarne copia autentica, e spedirli o direttamente alla Superiora del primo monastero delle Salesiane d'Annecy, od a me.
Anticipo i più vivi ringraziamenti, e affido alla gratitudine di S. Francesco di Sales, dell’opera che presteranno in onore di lui, la debita ricompensa.
Dev.mo aff. in G. C.
Lucino Marta Card. PaROCCHI, Vicario generale di S. S., Superiore delle Salesiane di Roma.
nombre demeurent encore cachées dans les bibliothèques et dans les archives des institutions publiques et privées. En conséquence, ils sadressérent à moi, comme au Supérieur des Salésiennes de Rome, afin que, faisant appel aux Evéques d'Italie, j'obtinsse leur concours pour cette entreprise. Ce qu'ayant moi-même exposé à Notre Saint-Père le Pape, si grand est son zèle pour la discipline sacrée et pour les lettres qu'il acquiesça de grand cœur à cette pensée. C'est pourquoi, non seulement en mon nom et au nom des Salésiennes d'Annecy, mais aussi, en quelque sorte, de la part du Saint-Pére, j'invite et je prie les Evéques d'Italie de faire faire des recherches dans les bibliothéques et les archives dépendantes de leur juridiction, pour savoir s'il s'y trouve des Lettres ou autres écrits inédits du saint Evéque de Genéve. Et en ayant trouvé, je les prie d'en tirer une copie authentique et de l'expédier ou directement à la Supérieure du I°" Monastère des Salésiennes d'Annecy ou à moi. En leur offrant à l'avance mes plus vifs remerciements, je confie à la gratitude de saint Frangois de Sales le soin de rémunérer la peine qu'ils prendront pour procurer sa gloire.
Trés dévoué et affectionné en Jésus-Christ.
Lucins-Manie Cardinal ParoccHI, Vicaire général de Sa Sainteté, Supérieur des Salésiennes de Rome.