AU BARON D'HERMANCE
Protestation4 de respect et de dévouement.
Paris, 36 novembre 1585.
Monsieur,
Despuys vostre dernier voyage en ceste ville j'avois tousjours bien bonne devotion de vous escrire, ce que toutefoys je n'avoys osé fayre. Mays m'ayant escript un de mes amis de l'honneur et faveur que vous aves faict a une mienne seur(2),je me suys persuadé que le treuveries bon de moy, auquel vous fistes tant d'acueil dernierement en ceste ville; joinct aussi que ne pouvant encores (Dieu m'en face la grace pour l'advenir) fayre paroistre
(1) Frangois-Melchior de Saint-Jeoire, baron de Saint-Jeoire, de Féterne et d'Hermance, seigneur de la Chapelle, chambellan du duc de Savoie; Charles-Emmanuel Ie". Dans le courant de septembre 1584, ce seigneur fut envoyé à Paris pour notifier à la reine mére le mariage du duc son souverain avec Catherine d'Espagne. En qualité d'ami de M. de Boisy, il visita son fils, alors étudiant au collége de Clermont. Devenu plus tard gouverneur du fort de Sainte-Catherine et de celui des Allinges, gouverneur militaire des baillages de Chablais, Ternier et Gaillard, le baron d'Hermance protégea notre Saint dans les débuts de la mission du Chablais, et lui donna pendant six mois l'hospitalité au château des Allinges. Il mourut le 20 novembre 1595.
(3) Gasparde, sixiéme enfant de M. de Boisy. Quoiqu'elle füt encore en bas áge, peut-étre, selon les usages de l'époque, s'agissait-il déjà pour elle d'un projet d'alliance auquel le baron d'Hermance se serait intéressé.
Lerrass ! 3
l'affection que j'ay de vous fayre humble service, j'ay volu (comme il s'accoustume) vous en donner souvenance par lettres. Et maintenant que je suys au milieu et meillieur age de mes estudes, si je puys cognoistre seulement par presumption que prenies en bonne part mes lettres, ce me sera comme un aultre corage pour poursuyvre mon entreprise en l'estude, laquelle j'oseroys bien me promettre (sans me flatter) reussira au bien que je desire, Dieu aydant, qui est de le bien pouvoir servir; puys apres, vous favre service, a qui j'ay tant de debvoir et obligation.
Jauroys bien bonne volonté de vous escrire des nouvelles de pardeca, mays les nostres ne sont que de colleges, outre ce qu'elles sont si incertaynes (on a faict le prince de Condé mille foys mort) que pour ce seul respect il me semble que je suys asses excusé d'en escrire.
Atant je vous bayse bien humblement les mains, et prie Dieu, Monsieur, qu'il vous tienne en santé et tres heureuse vie, vous suppliant de vous resouvenir de moy comme de celluy qui est et sera a jamays
Vostre plus humble serviteur
FRANGOIS DE SALES.
Monsieur Deage (') vous bayse bien humblement les [mains]. De Paris, ce 26 novembre 1585.
A Monsieur Monsieur le baron d'Armence a la Chapelle.
Revu sur l'Autographe conservé à Genève, Archives de l'Etat. Voir le fac-simile placé en téte de ce volume.
(1) Jean Déage, natif de Cornier en Genevois, précepteur de saint François de Sales dés sa tendre jeunesse, le suivit à Annecy, à Paris et à Padoue; ce fut dans cette derniére ville qu'il prit le grade de docteur en théologie (11 septembre 1991). Rentré en Savoie, il obtint un canonicat au Chapitre de Saint-Pierre de Genèvc, l'année méme où son illustre disciple en était nommé Prévót. Quand celui-ci fut élevé à la dignité épiscopale, le chanoine Déage, demeuré son conseiller, devint son commensal, et vécut dans l'intimité du saint Evéque jusqu'à sa mort. (L'acte de son inhumation est daté du 8 juin 1610.)
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