‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 110 sur 130 · Leibnitz, Lettre à M. l'abbé Nicaise · texte numérisé non relu

Leibnitz, Lettre à M. l'abbé Nicaise

2. Voyez les Fragments de M. Cousin, et Texacte et jucUcieuse Hûtoirtf de la philosophie cartésienne, par M. BouUlier,

la carrière des abstractions. Quand on considère exclusivement cette dernière tendance, qui est celle où Spinoza s'est abandonné sans réserve , on ne peut que souscrire à Tarrêt de Leibnitz ; mais que Ton vienne à considérer là tendance contraire, celle qui a sa racine dà»s le premier principe de toute la philosophie de Descartes, dans le Cogito ergo sum , alors le jugement de Leibnitz paraît injuste et le spinozisme ne se montre plus comme un développement même excessif du cartésianisme, mais comme une absolue déviation.

En d'autres termes, pour qui considère à là fois les germes de vérité et de vie renfermés dans le système dte Descartes et les germes d'erreur et de mort, s'il est vrai qu'une grande philosophie se développe, quand s'épanouissent ses germes de vie, et qu'elle se corrompe au contraire, quand ses germes de mort vont grandissant, la vérité est que le spinozisme n'est pas seulement, selon l'arrêt exclusif et incomplet de Leibnitz, un cartésianisme immodéré, mais un cartésianisme corrompu.

Comparons d'abord la philosophie de Descartes et celle de Spinoza sous le rapport delàméthode. C'est après tout la question capitale, celle dont la solution a une influence décisive sur les destinées d'un système. Or, à ce point de vue, loin qu'on puisse soutenir que Spinoza développe à l'excès les principes de Descartes, il faut dire qu'il les répudie expressément pour proclamer et pour suivre des principes diamétralement contraires.

La métaphysique de Descartes est fondée sur le Cogito, c'est-à-dire sur un fait ; c'est là son caractère original et l'explication de sa merveilleuse fortune. Lisez le Disoour9deia méthode : tout sou objet , c'eat de préparer les esprits à cette démarche extraordinaire d'un homme

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({ui, fatigué de l'appareil fastueux et vain de la science des écoles, de cet amas de notions confuses , de principes arbitraires, de subtiles distinctions, s'en délivre comme d*im £ardeau , rompt avec toute tradition , s'en** Terme dans sa pensée et se condamne au doute, jusqu'à ce qu'il ait trouvé dans la conscience de son être flme réalité certaine, type de toute réalité , source de toute certitude et de toute lumière.

Ce qui n'est qu'un germe dans le Discours de la mé" thode, les Médiiationsle développeiit en un riche et vaste système; msiis tout y dépend du même principe, tout y est tiré du même fait. L'inébranlable réalité du moi, la clairté et la difitinetion des idées, signe de la certitude , la .pensée, essaice de l'âme et fondement de sa spiritualité, l'existence de Dieu établie sur cette idée de l'être tout parfait qui ne se sépare pas de l'idée de notre propre être » tous ces principes «impies et féconds , héritage impérissable que Desoartes a légué à la philosophie moderne-, toutes ces vérités sont établies comme des faits, comme des intuitions'de la conscience. La méthode de Descartes est donc essentiellement expérimentale, et, coomie (m dirsût aujourd'hui, psychologique.

-Spinoza est l'apôtre de la méthode contraire, lamais on n'a professé pour la raison pure un culte plus fervent; jamais on n'a cru à la puissance du raisonnement d'une foi plus entière; jamais on n'a écarté les faits de ^expérience avec un plus superbe dédain. Pour trouver dans le passé un tel fanatisme spéculatif^ une telle intré^ pidiié dans la déduction , un tel mépris du sens comnaun, il faut remonter jusqu'à ces géomètres de l'École d'Élée qui niaient le mouvement, faute de pouvoir le déduire de leur principe, et, rompant tout commerce

33â INTRODUCTION.

*]avec les réalités de ce monde , s'ensevelissaient vivants dans le sépulcre de Tôtre en soi.

j Spinoza est le Parménide des temps modernes. Quand ce grand spéculatif daigne abaisser ses regards jusqu'à l'esprit humain , des trois moyens de connaître qu'il y renôontre, l'expérience, le raisonnement et la raison, il retranche absolument le premier K Et non-seulement il veut ravir à l'expérience les hautes parties de la meta- \ physique, mais il prétend même lui interdire les humbles régions de la plus modeste psychologie

Cette grande méthode baconienne, la méthode d'observation et d'induction, sait-on à quoi elle est bonne, suivant Spinoza, quand on la veut appliquer à l'ftme humaine? à faire un recueil d'historiettes, historiolam animœ. 11 faut voir sur quel ton il parle de Bacon » : « C'est un homme, dit-il, qui parle un peu confusément. » Et il ajoute : « Cet auteur ne prouve presque rien et ne fait guère que raconter ses opinions. » On sent^ je ne sais quelle rancune presque personnelle dans ce^ appréciations tranchantes, et Spinoza se trahit quand iE^ met au nombre de ses griefs contre Bacon , d'avoir*"*

avancé « qu'une des principales causes d'erreur, poun ^

l'esprit humain, c'est qu'il est, par sa nature, porté au)^^ généralités abstraites*. »

La méthode d'abstraction, la méthode des géomètres^ -»

1. J>e la Réforme de l'Entendement, tome III, page 303 et suiy. — Voye ^ aussi ce qu* écrit Spinoza à un de ses correspondants : c On peut Toir par là quell .^^^ -^^ â<Mt être la vraie méthode et en quoi elle consiste principalement, savoir dûs 1^^^ ^' seule connaissance de Tentendement pur, de sa nature et de ses lois; et pou^ ^^^ acquérir cette connaissance, il faut sur toutes choses distinguer entre Tentende ment et Timagination, en d* autres termes, entre les idées vraies et les autres idé< fictives, fausses, douteuses^ toutes celles en un root qui ne dépendent que de I mémoire. • {Lettres j tome III, page 4 19.)

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