Ibid , naît. A, Propos, i
abstraction vide et morte de Fêtre en soi, est-ce là, je le demande, ce Dieu vivant, ce Dieu pensant, voulant, ai-[ mant, ce Dieu de sagesse et de bonté, devant qui s'inclinait Descartes à la fin de sa troisième Méditation^ dans un transport sublime d'adoration et de respect?
Concluons que ni la méthode, ni Thomme, ni le Dieu de Descartes ne sont la méthode, l'homme et le Dieu de Spinoza. Jusqu'à présent donc, il nous est impossible de donner les mains à la sentence célèbre portée par Leibnitz, et loin de voir dans le spinozisme un développem^iit excessif du cartésianisme, nous y trouvons la plus radicale et la plus éclatante déviation '.
Est-ce à dire que la critique de Leibnitz porte absolument à faux et que la justice ordonne de casser son jugement? telle n'est point notre pensée, et il est temps de faire voir qu'au milieu de tous ces germes riches et féconds que Descartes a semés danis le champ de la philosophie moderne, il se rencontrait en effet quelques mauvaises semences exclusivement cultivées par Spinoza.
Aussi bien comment lire Descartes sans y rencontrer, même dans son plus excellent ouvrage, les Méditations, une tendance fatale à substituer à l'esprit d'observation intérieure l'esprit géométrique avec ses conceptions abstraites et la rigueur trompeuse de ses déductions?
Cette tendance se laisse déjà voir à découvert dans la démonstration de l'existence de Dieu. Tous les raisonne-
1 . A plus forte raison faut-il reptfbsser le sentiment de Leibniti, quand il l'aggrave et l'exagère en disant : Spinoza commence par où Descartes finit, par le naturalisme. Spinoza incipit ubi Cartesius desinit, in ncUuralismo (voyes le petit écrit déjà cité sous le nom d^Animadversiones^ page 48). Ici Leibnitz ne fait plus de la critique, mais de la polémique. Nous ne voyons plus en lui qu'un adTenairo passionné de Descartes, et un rival, au lieu d'un juge.
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ments de Descartes semblent avoir une base commune, ridée de Tétre parfait ; mais cette ressemblance n*est que dans la forme. Au fond, il y a deux démonstrations radicalement différentes, celle de la troisième Méditation qui part d*un fait de conscience , et celle de la cinquième Méditation qui part d'un concept abstrait. Celle-là, suivant les propres expressions de Descartes \ prouve Dieu en considérant ses effets et s'élevant ainsi à la cause suprême qui les produit et les explique ; celle-ci , négligeant les effets et les réalités, prétend saisir par la raison seule l'essence ou la nature même de Dieu et en déduire son existence.
Passez de la troisième Méditation à la cinquième : au lieu d'un homme qui rentre en lui-même pour y trouver la vérité, qui s'assure d'abord de sa pensée et de son existence propre, et bientôt trouvant cette pensée incertaine, sujette à l'erreur, pleine de limites et d'imperfections, remonte vers l'idéal d'une pensée accomplie, d'une perfection sans mélange, d'un être existant par soi, au lieu de ce mouvement naturel et spontané d'une âme qui cherche Dieu , je trouve un géomètre qui raisonne sur des axiomes généraux et des définitions abstraites, ou plutôt un philosophe nourri dans l'École, exercé aux raffinements de l'abstraction, aux subtilités et aux prestiges de l'art de raisonner, et qui prétend d'une définition faire sortir un être, de l'abstrait le concret» du possible le réel.
Ici je crois voir naître une lutte qui se retrouve dans toute la carrière philosophique de Descartes, la lutte de l'esprit de spéculation abstraite et de l'esprit d'observa-