‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 122 sur 130 · Voyez PlatoBi Cfolylt, pafe40S, A · texte numérisé non relu

Voyez PlatoBi Cfolylt, pafe40S, A

épuiser jamais, qui produit, détruit et renouvelle toutes choses. Cette puissance, Heraclite l'appelle le feu S non le feu visible et grossier qui frappe les sens, mais un feu intérieur, un feu vivant. Et la preuve qu'il s'en forme une

. idée déjà fort épurée, c'est qu'il le nomme raison divine, et le conçoit comme circulant dans tout l'univers et

' éclairant nos intelligences de ses rayons ^ Le sentiment de l'infini n'a ;donc pas manqué à Heraclite, et Ton peut dire que sa doctrine est un panthéisme sensualiste, où l'idée du fini domine et tend sans cesse à absorber l'idée de l'infini, en d'autres termes, un panthéisme qui se retient à peine sur la pente du naturalisme absolu.

Pareillement, on définirait bien la doctrine de l'école d'Ëlée en l'appelant un panthéisme abstrait où l'idée de l'infini ou de Tunité domine et tend ouvertement à absorber l'idée du fini. 11 ne faudrait pas croire, en effet, que l'idée du fini ait manqué aux métaphysiciens éléates. Le chef de l'école , Xénophane , avant de s'élever à cette grande pensée de l'unité absolue , avait tenté une science de la nature. Parménide, génie plus audacieux, s'attache avec une puissance d'abstraction et une rigueur d'analyse vraiment prodigieuses à l'idée pure de l'unité ; mais il a beau faire , il faut qu'il paye tribut à l'expérience. Le monde sensible est là ; il nous illumine de sa clarté , il nous accable de son étendue ; nul esprit humain ne parvient à en secouer complètement le joug. Parménide élève la raison au-dessus des sens ; mais par là même il reconnaît leur existence. Le

A, Kàoyàv TÔy oXnhv irirem o&i» Tt( jtfiv o&n elvOpûicwv iiroiijorcv, iWtf/ aul x«l Icrrtv koX wtatitOf oUlîîwoy. (Clément d'Alex., Stromates, t, p. 599, B, c.)

S. ToOtov ^ TÔv $ûoy \6fOv xa9**H^XttT0v Si* dvaicyo^f ffieiwwxtç voipol YivôjicOa. fSextufl l^mpiricus, Adv, Math.j vu, 127 sqq.)

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monde visible est pour Ini une pure illusion ; mais cette illusion même a nécessairement une raison d'être. €ela est si vrai que Parménide, après «'être épuisé à pénétrer les profondeurs de Tétre absolu, consenti tourner wn regard vers le monde des sens , et s-^orce de rendre compte de ces apparences décevantes et de les ramier à l'unité. Par une contradiction évidente , mais inëvitable, ce philosophe de Timité indivisible, cet adversaire inflexible des s^s termine Mn grand podmepar un système de physique *.

Ainsi donc, ni Heraclite fl[*a oomptétemeirt fli4o(mBU la notion de l'inftui , ni i^avmteide ne tfesb ^^tièr^oent affi*anchi de la notion du fini. Tous deu& ontch«Pcbé| à leur manière, FunUé absohie ^e fe(»$ti^ce, ciiifflère étemelle, étemel éoueil du panthéisme. L'un , pénétré du sentiment de la réalité sensible, a réduit toute existence à un devenir absolu ; l'autre, enivré d'abetraction, n'a vu dans la nature que limites et néant, et il a eoncentré toutes choses dans une seule es^istence rédle, celle de l'être en soi. Double conséquence à laqfudle est condamné le panthéisn^e par la loi essentielle de son développement.

Si nous voulons maintenant vérifier Siur une plus grande échelle les caractères qae nous vmons d'assigner aux systèmes de l'Ionie et d'Élée, franchisses l'époque de Socrate, traverspns Féeole de Plafam, où le panthéisme, s'il s'y rmcontre, n'este qu'en germe ; dépassons enfin l'école d'Airistote, où règne «n esprit tout contraire, et arrivons aux deux écoles qui ont

1 . Voy^ les fragments d^ P«nnéiiid« réunis par Sinon Kantea, et le Pdf" ménide d'Élée de Francis RiauK.

honoré le déclin dé la cÎTilisatioli grecque, Técole stoïcienne et l'école d'^exand^ie.

La doctîE'incr Inétdphysique de Zenon et de Cbrysippe n'est flutre chose qvt'tm béracKtéisme perfectionné. Elle reconnaît le îévi conime principe universel des choses ; elle explique par le mouvement alternatif du feu tous les phénomènes de la vie et de la mort. Voici maintenant ce qtii donne à cette doctrine le caractère d'un panthéism^e élevé, très^supérieut , quoique parfaitement analogue, à celui d'Heraclite. Les stoïciens ne se soift pae arrêtés^ à 1» surface mobile des choses sensiUes^; pénétrant plus avant, cherchant le principe de cette mobilité, ils ont saisi la notion de cause, de force. An delà du corps, ils ont aperçu l'âme ; au delà du phénomène inerte et passif, la force toujours active, et eomme ils disent, toujours tendue. Pour les stoïciens, tout CôrpS' a une àtàe , comme toute âme a un corps. Tonte Itt nature^ est pleine de force et de vie ; elle est comme un vaste organisme dont chaque être est un membre vivant. Toutes les âmes , toutes les forces sortent d'une âme universelle , d'tm esprit de feu partout répandu et partout fécond, centre de tous les mouvementfr du monde, foyer de toutes les intelligences, semence, lumière, providence, loi vivante et souveraine d« tous les êtres de l'univers. Telle est la conception qui élève bien haut le système stoïcien et dépasse infiniitent l'horizon d'Heraclite ; mais il faut l'éclaircir encore et la caractériser plus nettement.

Le principe construit de l'école stoïcienne, celui qu'on retrouve partout , au milieu même de ses inconséquences, c'est l'idée d'énergie ou de force en action. On peut, en ce sens, définir le stoïcisme : la philosophie

de l'effort, comme Userait assez juste de définir Tépicurisme : la philosophie du relâchement. Les stoïciens, grecs et romains, exprimaient cette idée dominante par le mot de tension (rdvoc, lircTà^ic, tenar, et autres semblables). Cette idée sert à éclaircir et à lier jusqu'à un certain point tous les éléments de leur doctrine; elle donne en particulier la clef de leur fameuse physiologie.

Les stoïciens posent en principe que tout ce qui existe est corporel. Et en effet, disent-ils, tout ce qui existe est actif ou passif; or point d'action ni de passion sans un corps qui exerce l'acte ou qui le subisse. Les stoïciens vont jusqu'à soutenir que les qualités des choses, non-seulement sont corporelles, mais sont des corps; et enfin. que tout ce qui n'est pas corps est pure abstraction, c'est-à-dire n'est réellement pas. Il faut ici les bien entendre : ce qu'ils appellent corps, c'est la réunion naturelle, intime, indissoluble, de deux éléments que l'abstraction seule peut séparer : un élément passif, matériel, et un élément actif, spirituel. Écoutons Sénèque : Dicunt, ut scis stoici nostri duo esse in rerum nature^ ex quibus omnia fiunt, causam et materiam *. — Et encore : Initia rerum stoici credunt tenorem neque materiam. — Materia désigne ici, non les objets matériels, les corps, mais la substance passive qui sert de base à toutes les qualités, à toutes les énergies corporelles. Ténor, causa, indiquent la force active qui s'applique à cette substance pour l'animer et la mettre en mouvement. Point de matière sans esprit, point d'esprit sans matière ; l'union de la matière et de l'esprit constitué un corps, c'est-à-dire une réalité.

Tels sont les principes généraux de la physiologie

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