‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 127 sur 130 · Entretiens métaphysiquei, S* enlret · texte numérisé non relu

Entretiens métaphysiquei, S* enlret

pelons notre volonté : vouloir, c'est se porter vers ce qu'on aime ; et on ne peut aimer un objet que dans la mesure où il est bon , c'est-à-dire où il participe de la bonté divine , seule aimable par elle-même. Nous aimons donc tout en Dieu comme nous voyons tout en lui. Dieu est le principe de nos inclinations et de nos actions, comme il est le principe de nos pensées, comme il est dans l'univers physique le principe de toutes les formes et de tous les mouveroentsV

Et comment le Gréateur neseraiWl pas la cause universelle, la seule cause vraiment efficace? Qu'est-ce qu'une créature? un être qui n'est point par lui-même et qui tient son être de Dieu , c'est-à-dire un être qui de soi tend au néant, qui ne persévère dans l'être que par l'efficace de la volonté divine. L'idée d'une créature n'implique aucune efficace propre. Elles n'en ont pas et n'en peifvent avoir ; rar le moyep de concevoir qu'un être créé et dépendant se donne à lui-même telle détermination, par exemple, si c'est un corpr, tel mouvement, ou, si c'est une âme, telle'volonté ? H est de principe que la conservation des créatures est une création continuée, qu'à chaque moment toute créature a besoin pour se conserver d'un acte semblable à celui qui l'a tirée du néant. Qr un corps, à tel moment donné, possède telle figure, tel mouvement. Dieu le crée donc avec cette figure et ce mouvement. Supposez ce corps capable de se donner, à ce moment mêtae, une autre figure et un autre mouvement, ce serait supposer que ce corps surmonte l'action divine, qu'il se fait tel ou tel, qu'il se crée lui-même. Donc Dieu seul a le pouvoir, Dieu seul a

i . Malebranche, Traité de moraley ch. III. ^

Tefficace, Dieu seul meut les corps et les âmes. Il les meut, non pas au hasard , mais suivant des lois. A tel mouvement du corps répond tel mouvement de Tâme ; et de là l'union de Tâme et du corps, et de là. tout Tordre de la nature \

Quel est le dernier mot de ce système? évidemment c'est que Funivers physique n'est qu'un vaste théâtre pour les mouvements de Dieu, comme les hommes ne sont que les cordes impuissantes d'un instrument auK mille touches dont Dieu se sert pour sa gloire. L'univers s'efface, l'âme humaine se dissipe et s'évanouit, il n'y a plus que Dieu.

Irons-nous chercher dans Spinoza cette forme tout opposée du panthéisme , où l'existence de l'infini, loin de dévorer toutes les autres , semble s'y absorber tout entière et ne plus conserver en elle-même que la valeur d'une abstraction ou d'un signe? La question mérite d'être éclaircie.

D'excellents critiques de notre temps ont considéré Spinoza comme un mystique , en qui le sentiment de l'infini avait étouffé celui de la réalité ixiatérielle. C'est à ce point de vue que.Jacobi écrivait cette éloquente et étrange invocation : «Sois béni, ô grand et saint BaruchI en méditant sur la nature de l'Être suprême , tu as pu t' égarer en paroles; mais la vérité divine était dans ton âme; l'aiùourde Dieu faisait toute ta vie*. »

D'autres écrivains, marchant sur les traces de Jacobi, ont comparé Spinoza à un mouni indien. Pour comble

1 . Méditations chrétiennes, XI. — Comp. Entretiens métaphysiques ^ i !• cntr,

Page 1