De Diet»^ Propos
par la nécessité de son système, à établir des intermédiaires entre lès attributs de Dieu et les choses. Considérez, par exemple. Tordre des choses dans le développement de la Pensée : la pensée absolue, la pensée de Dieu, a Dieu seul pour objet ; c'est le degré le plus élevé, la fonction la plus haute de la Pensée. Allez maintenant aux degrés les plus inférieurs, vous y trouvez les âmes. Or, les âmes, ce sont les idées. Mais toute idée particulière a un objot particulier. Pour Spinoza, l'objet propre de chaque âme, c'est le corps auquel elle est unie. Il y a sans doute un nombre infini d'âmes, comme il y a un nombre infini de corps ; mais ni les déterminations particulières de la Pensée ni la pensée absolue n'épuisent l'être de la Pensée. Ainsi la Pensée implique l'idée de Dieu ; l'idée de Dieu implique l'idée de chacun des attributs de Dieu. Or, toutes ces idées diffèrent essentiellement et de la pensée en soi et des déterminations limitées de la Pensée. L'idée de Dieu, en effet, n'est point' la pensée en soi, mais la première de ses manifestations. La pensée en soi est absolument indéterminée ; l'idée de Dieu est déjà déterminée en quelque façon. D'un autre côté, l'idée de Dieu est éternelle et infinie : infinie, carpelle comprend toutes les autres idées; éternelle, parce qu'elle est une émanation parfaitement simple et nécessaire de la piensée divine ; elle ne peut donc être confondue avec ces idées changeantes et finies qui composent les âmes.
Maintenant, de l'idée de Dieu, qui émane immédiatement de la pensée divine, Spinoza fait immédiatement émaner certaines modifications également éternelles et infinies ; et je crois entrer dans son sens en citant pour exemple, l'idée de l'étendue de Dieu. Cette idée est
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simple, par conséquent étemelle; elle est infinie, car elle comprend toutes les idées qui correspondent à tous les modes de l'étendue infinie. Et elle n*est pourtant pas une immédiate émanation de la pensée divine ; car Tidée de l'étendue de Dieu implique immédiatement l'idée de Dieu, et d'une façon seulement médiate la pensée divine.
Je ne sais si je me trompe et si l'interprétation que je vais proposer d'un des points les plus importants, les plus obscurs, et jusqu'à présent les plus inexplorés de la doctrine de Spinoza, ne paraîtra pas téméraire. Quant à moi, après un sérieux examen, je persiste à la croire vraie, et je ne dissimule point que je la propose ici avec quelque confiance.
Dieu et ses attributs infinis, la Pensée et l'Etendue, avec tous les autres attributs en nombre infini inconnus à nos faibles yeux, voilà la nature naturante. Quel est le premier degré de la nature naturée? dans l'ordre de la pensée, c'est l'idée de Dieu ; Spinoza le dit expressément V L'idée de Dieu n'est pas l'idée de la Substance; car alors elle se confondrait avec la pensée infinie et ferait partie de la nature naturante. La pensée infime n'est pas une idée, elle est le fond de toutes les idées ; elle est absolument indéterminée, et n'a pour objet que l'Être absolument indéterminé, la Substance. L'idée de Dieu est donc l'idée des attributs de Dieu. On s'explique ainsi que Spinoza en fasse la première émanation de la Pensée ; car ce que la pensée de la Substance implique immédiatement , c'est l'idée des attributs de la Substance. On s'explique également que l'idée de Dieu ap-
i. Ethique, Propos. 21.
partienne à la nature naturée, non à la naturanie, comme la Pensée. La pensée de la Substance est simple et. indéterminée, comme son objet; dans Tidée des attributs de la Substance, il y a déjà de la détermination et de la variété. C'est donc un point bien établi que Tidée de Dieu est Vidée des attributs de Dieu, ou, comme Spinoza l'appelle aussi, l'Entendement infini.
Or, qu'est-ce que l'idée de Dieu, l'Entendement infini? L'Entendement infini enveloppe une infinité d'idées, car il enveloppe l'idée de chacun des attributs de Dieu ', et il y en a une infinité. Chacune de ces idées, par exemple, l'idée de l'Étendue, est une émanation immédiate de l'idée de Dieu, comme l'idée de Dieu est une émanation immédiate de la pensée de Dieu, comme la pensée de Dieu elle-même est une émanation immédiate de l'essence de Dieu.
Outre l'idée de l'Etendue, nous connaissons encore une autre idée, c'est l'idée de la Pensée. 11 doit y avoir, en effet, dans l'idée de Dieu, l'idée de tous les attributs de Dieu, et la Pensée est un de ces attributs. Or, la Pensée est de sa nature représentative; elle n'existe qu'à condition d'avoir un objet, et c'est ce caractère qui la distingue des autres attributs de la Substance. L'Etendue, par exemple, n'exprime rien et ne contient rien qu'elle-même. Prise en soi, elle n'a de rapport qu'à soi. Mais la Pensée exprime en un sens et contient toutes les formes de l'Être. D'une certaine façon, elle est l'Étendue; car ce que l'Étendue est formellement, la Pensée l'est objectivement, et, dans ce sens, la Pensée est toutes choses. Mais si elle embrasse, si elle comprend toutes