I. De Dieu, Propos
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les perfections de la Substanee, elle doit se comprendre eile-méme ; car elle est elle-même une perfection de la Substance. La pensée absolue se pense donc elle-même^ et il y a par conséquent une idée -de la. Pensée.
Voilà les deux seules idées que nous connaissions positivement, de toutes celles- qui sont, comprises eu nombre infini dans l'idée de Dieu.
Maintenant que contient chacune de ces idées de chacun des attributs de Dieu, par exemple, Vidée de l'Étendue? elle comprend les idées de toutes les modalités de rÉtendue. Or qu'est-rce qu'une modalité de rÉtendoe? c'est une âme, une âme partîeulière jointe à un corps particulier. Uidée de l'Étendue enveloppe donc toutes lésâmes ; elle est donc, àlalettre, l'âme du monde corporel. C'est une âme universelle, conçue à la faç(m des Alexandrins, dont toutes les âmes particulières sont des^ émanations; C'est tm océan infini d'âmes et d'idées. Chaque idée, chaque âme est un fleuve de cet océan ; chaque pensée en est un flot.
Mais ce n'est pas tout, et les analogies du monde de r Ethique et de celui des Ennéades ne s'arrêtent pas là.
L'idée del'Étendue est l'âme dumonde corporel ; mais l'idée de l'Étendue est elle-même une émanation particulière d'un prineipe qui en contient une infinité^ un fteuve d'im océan plus vaste. L'idée de l'Etendue est enveloppée avec l'idée de la Pensée, avec une infinité d'idées du même degré, dans l'idée de Dieu. L'idée de Dieu n'est plus l'âinede l'univers que nous connaissons; elle est l'âme de cette infinité d'univers qu'^diante sans cesse l'incompréhensible fécondité de l'Éti^ Elle est vraiment l'âme du monde, en prenant le monde dans ce sens étendu où l'univers infini que nous connaissons,
l'univers des âmes et des corps, de la matière et de l'esprit, se perd comme un atome imperceptible
Que cette conception de Tordre de choses élève notre âme et à la fois confond notre faiblesse I Que sommesnous? une âme jointe à un corps. Cette âme se connaît un peu elle-même et connaît un peu le corps auquel elle est unie, et par suite, mais déjà beaucoup moins, les corps qui peuvent agir sur le sien Voilà le cercle de nos connaissances. Mais cet univers borné que nos sens nous font voir et où nous occupons si peu de place n'est qu'un point dans l'univers infini des corps et des âmes. Eh bien t cet univers lui-même dont l'infinité nous passe , que nos sens ignorent , que notre raison conçoit mais sans Tembrasser, cet univers infini se réduit lui-même à une infinie petitesse, quand on songe qu'il n'est qu'une partie d'une infinité d'univers semblables qui se développent à côté du nôtre en une infinité de modifications. L'idée de l'Étendue enveloppe notre univers; mais elle-même est enveloppée par l'idée dé Dieu, qui contient tous les univers possibles. Et Dieu enfin enveloppe ce nombre innombrable d'univers dans sa Pensée et sa Pensée elle-même dans sa Substance, dernier fond qui contient tout, foyer primitif d'où tout' rayonne, inépuisable océan où tout s'alimente, profondeur insondable que la pensée humaine adore en s'y; abîmant.
De Vunivers des corps. — De l'univers des âmes, — De Vunion des âmes et des corps.
L'être absolu est identique à l'activité absolue. Être,
pour Dieu, c'est agir ; agir, c'est produire ; produire, c'est parcourir et remplir tous les degrés de l'existence.
Dieu produit d'abord la Pensée et l'Etendue, qui résultent immédiatement de son essence. De la Pensée et de TËt^ndue découlent éternellement des modes infinis qui contiennent en soi d'autres modes, infinis encore, mais d'une perfection inférieure; car ce qui fonde et mesure la perfection d'une chose, c'est le rapport plus ou moins immédiat qui l'unit à l'être. Enfin, au-dessous de ces émanations successives qui enveloppent l'univers comme des sphères concentriques de grandeur proportionnellement décroissante, s'agite la variété infinie des êtres mobiles, les âmes et les corps. Dans cette région inférieure , les âmes composées d'idées claires et distinctes occupent le premier rang. Elles correspondent à des corps plus parfaits que tous les autres, d'une organisation plus riche et plus variée. Viennent ensuite aux divers degrés de l'échelle infinie, ordonnés suivant leurs rapports de perfection, unis par une loi nécessaire de correspondance, des âmes de plus en plus obscurcies, des corps de plus en plus simples , et ce progrès n'a d'autres limites que celles du possible ; car il y a de la place dans l'univers pour tous les degrés et toutes les formes de l'existence. Les êtres les plus humbles sont bons encore, parce qu'ils sont , et si chétifs qu'on les suppose, ils représentent pourtant à leur manière, selon leur nature et leur fonction, la perfection absolue de l'être.
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§ 4 De Vunivers des corps.
Spinoza définit un corps en général : un mode qui ex^ prime d^une certaine façon déterminée l'essence de Dieu, en tant que Von considère Dieu comme chose étendue ' .
Il y a deux parties dans cette définition : Tune qui est commune à Descartes, à Malebranche, à Fénelon, à Spinoza, en un mot à toute Fécole cartésienne ; Fautre qui appartient en propre à l'auteur de VÉthique, et qui fait le caractère original de sa théorie de la nature. Tout corps, dit Spinoza est un mode de l'étendue ; jusque-là il reste fidèle à Descartes. Mais il ajoute : un mode de l'étendue divine. Ici le disciple se sépare du maître, ou s'il lui reste fidèle encore, c'est d'une tout autre façon.
Suivant les cartésiens , toutes les qualités des corps peuvent se réduire à quatre : l'étendue, la figure, la divisibilité, le mouvement. Tout le reste, le chaud et le froid, la mollesse et la dureté, la saveur, le son, la couleur, n'existe que dans la sensibilité humaine. Ce sont des images ou des impressions que le vulgaire, dupe des illusions des sens, répand sur les objets extérieurs, mais qui, séparés de l'âme, n'ont aux yeux des philosophes qu'une réalité fantastiques Or, qu'est-ce que la figure? une limitation de l'étendue. Qu'est-ce que la divisibilité? une suite nécessaire de l'étendue. Qu'est-ce enfin que le mouvement? un changement de rapports dans l'étendue.