‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 52 sur 130 · De VÀme, Défin., après le Lemme · texte numérisé non relu

De VÀme, Défin., après le Lemme

S. Ibid, Axiome 3, après le Lemme 3.

situation, et par conséquent de changer b flgure de Tindividu en question. Et c'est pourquoi j'appellerai les corps durs, quand leurs parties s'appuient Tune siff l'autre par de grandes surfaces, moas, quand ces surfaces sont petites, fluîdesy quand leurs parties se meuvent librement les unes par rapport aux autres. »

On voit que la solidité d'un corps, pour Spinoza, dépend uniquement de la figure de ses parties composantes; la figure est donc, dans cette théorie, le véritable principe de l'individualité des corps. Et cela devait èbe dans ce monde tout géométrique; car si un corps n*est autre chose qu'une détermination de l'étendue, ecmiiiie c'est la figure qui détermine l'ét^due, la figure seule pouvait servir à distinguer les corps les uns des autres. Mais la figure n'est rien de positif; c'est une limite. EDe ne peut communiquer à l'étendue ce que l'étendue ne contient pas. Or, l'étendue pure ne contient que soi, c'est-à-dire l'extension infinie en longueur, laideur et profondeur. Spinoza se tourmente donc en vain pour trouver la solidité qui lui échappe. Il a beau dire : lui aussi, et Leibnitz le lui prouvera, compose les corps réds avec des abstraits, et fait avec des zéros des unités et des nombres. |

Après avoir déterminé les éléments de son univers, Spinoza recherche les transformations dont ils sont susceptibles. A l'en croire, il n'en est pas une «eule qui ne soit explicable par les lois mathématiques du mouvement. Il n'y a pas de naissance réelle ni de mort efiective dans la nature; il n'y a pas de développement interne des choses; tout se réduit à des additions ou à des soustractions de parties. Les modes simples de l'étendue se

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composent, et c'est la naissance; ils se décomposent, et c'est la mort; ils se maintiennent dans un rapport fini, et c'est la vie.

Considérez les modes simples de l'étendue hors de toute composition, tous avez les éléments inertes de l'univers corporel. Les combinaisons les plus simples de ces modes forment les co^s inorganiques. Ajoutez à ces combinaisons un degré supérieur de complexité, l'individu devient capable d'un plus grand nombre d'actions et de passions; il est organisé, il vit. Avec la complexité croissante des parties, se perfectionne et s'élève l'organisatio», et l'on arrive ainsi de degré en degré à cette admûrable machine, la plus riche, la plus diversifiée, la pkis complète do toutes; et ce chef-d'œuvre de la nature, qui contiewt toutes lés formes de combinaison et d'organisation dont elle est capable, ce petit monde où l'univers entier vient se réfléchir, c'est le corps humain^.

Spinoza eet donc, en physique, pour le mécanisme p«r de'Ddseartes. S'il donne une âme à la nature, s'ilrend aux aaîmaux 1é vie et le sentiment que Descartes leur avait retranehés, c'est qu'après avoir nié le dynamisme en physique, il te retrouve en métaphysique (commeil arriva plus tard à Leibnitz). — A l'exemple de Descartes et de Malebranehe, Spinoza n'admet dans le corps> en tant que corps, aucune vertu motrice. Un corps

I. De l'Ame, Schol. de la Propos. 13. — • Quaud uos adversaires (dit Spift' faisant allusion aux partisans des causes fioales) considèrent l'économie ducorps humain, ils tombent dans un étonnement stupide ; et comme ils ignorent les causes d'un art si merveilleux, i!s concluent que ce ne sont puiut des lois mécaniques mais une industrie divine et surnaturelle qui a formé cet ouvrage et en a disposé les parties de façon qu'elles ne se contrarient pas réciproquement. »

[Éthique, ^a^ri. i , Appendice.) .

ne peut, de soi, changer son état '. S'il est en mouvement ou en repos, il a dû y être déterminé par un autre corps, lequel a été déterminé lui-même au mouvement ou au repos par un troisième corps, et ainsi à Tinfini. D'où il suit qu'un corps en repos ou en mouvement resterait éternellement dans l'état où il a été mis une fois, s'il ne recevait l'action d'une cause étrangère.

Mais, dira-^on, il faut au moins admettre un premier corps qui a été mis en mouvement ou par soi-même, ou par une cause incorporelle. Spinoza n'accepte point cette conséquence, qui, en effet, est diamétralement opposée à l'esprit de sa philosophie. Suivant lui, de même que les idées ne relèvent que de la pensée, les corps et leurs mouvements ne relèvent que de l'étendue. Expliquer un mode d'un des attributs de Dieu par l'action d'un principe étranger à la nature de cet attribut, c'est ne pas entendre l'ordre des développements divins*. Et il est aussi absurde d'expliquer un mouven^ent par un principe incorporel, qu'il le serait d'expliquer une idée par un mouvement. En général les modes d'un attribut quelconque ont Dieu pour cause, en tant que Dieu est considéré sous le point de vue de ce même attribut dont ils senties modes et non sous un autre point de vue'. Si donc l'on considère l'ordre des choses sous le point de vue de l'étendue, en d'autres termes si l'on regarde à l'univers des corps, tout doit y être expliqué ou du moins explicable par des mouvements, comme si l'on considère l'ordre de choses sous le point de vue de la pensée, ou, en d'autres termes, si l'on regarde à l'uni-

*• De l'Ame, Lemme 3, après la Propos. 13, *. Ibid. Propos. 5.

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