‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 54 sur 130 · Ibid, Lemme 6 et · texte numérisé non relu

Ibid, Lemme 6 et

iffrRODUcnoiEr. iB3

rons qu'il peut* recevoir une foule d^autres modificaaons sans aucune altération de sa nature. Enfin, si nous pourw suivons delà sorteàrinfini, nous concevrons facilement que toute la nature est un seul individu, dont les parties^ c'est^-dîretousles corps, varient d'une infinité de façons sans qiM l'individu lui-même,. dans: sa totalité infinie, reç<nw aucun changemeiit * .

^ineza éclatreit cette vue profonde sur la nature par UB exemple ingénieux* : « Imaginez, dit-il, je vous prie, qu'un ■petit' ver vive dans- le sang, que sa vue soit asser perçante pour discerner les particules du sang, de la lympliej etc., et son intelligence assez subtile pour observer suivant quelle loi chaque particule , à la rmcontred'ime autre particule, rebrousse chemin ou lui communique une partie de ce mouvement... Ce petit ver vivra dans le sang comme nous vivons dans une certaine partie de l'univers ; il considérera chaque particule dû sang, non comme une partie, mais comme untout, et il ne pourra savoir par quelle loi la nature universelle ditt sang en règle toutes les parties, et les force, en vertu- d'une nécessité inhérente à son être, de se com- Bwicr entre elles dèfâçon qu'elles s'accordent toutes ensemble- suivant un rapport déterminé. Car si nous sup* posons qu'il n'existe hors de ce petit univers aucune canset^apable de eommuniquerau sang des mouvements nouveaux, m-aueun autre espace, ni aucun autre corps anquelle sang puisse communiquer sonmouvement, il est' certain que le sang restera toujours dans le même état, et que ses particules ne recevront aucun autre changement

l. De tÀme, Scfaol du Lemme 7.

!• Ltiire à Oîdenburg, tome il, page 33i et suhr;

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que ceux qui se peuvent concevoir par les rapports de mouvement qui existent entre la lymphe, le chyle, etc.; et de cette façon le sang devra être toujours considéré, non comme une partie, mais comme un tout. Or, comme il existe en réalité beaucoup d'autres causes qui modifient les lois de la nature du sang et sont à leur tour modifiées par elles, il arrive que d'autres mouvements, d'autres changements se produisent dans le sang, lesquels résultent, non pas du seul rapport du mouvement de ses parties entre elles, mais du rapport du mouvement du sang à celui des choses extérieures ; et de cette façon le sang joue le rôle d'une partie, et non celui d'un tout.

« Je dis maintenant, ajoute Spinoza, que tous les corps de la nature peuvent et doivent être conçus comme nous venons de concevoir cette masse de sang, puisque tous les corps sont environnés par d'autres corps et se déterminent les uns les autres à l'existence et à l'action suivant une certaine loi, le même rapport de mouvement au repos se conservant toujours dans tous les corps pris ensemble, c'est-à-dire dans l'univers tout entier; d'où il suit que tout corps, en tant qu'il existe d'une certame façon déterminée, doit être considéré comme une partie de l'univers, s'accorder avec le tout et être uni à toutes les autres parties. Et comme la nature de l'univers n'est pas limitée comme celle du sang , mais absolument infinie, toutes ses parties doivent être modifiées d'une infinité de façons et souffrir une infinité de changements en vertu de la puissance infinie qui est en elle. »

A côté de cet univers infini des corps se développa l'univers infini des âmes et une infinité d'autres univers.

La Pensée est donc aussi un individu infini, immobile en soi dans la variété infinie de ses parties, parce qu'une même loi les enchaîne toutes dans un rapport éternellement subsistant.

Or, ces individus infinis d'eux-mêmes, la Pensée, rÈtendue, ne sont point isolés. Un même rapport les relie et les maintient. Ce sont des parties infinies d'un seul individu infiniment infini : unité suprême qui enveloppe toute variété , maintient tout rapport , produit toute harmonie, identité incompréhensible où les corps et les imes, la pensée et l'étendue, le réel et Fidéal, en un mot toutes les formes et tous les degrés de Fexistence viennent se pénétrer et s'unir.

De l'univers des âmes.

Pour Spinoza^ comme pour Descartes, l'essence de Tàme, le fond de l'existence spirituelle, c'est la pensée; la sensibilité, la volonté, l'imagination, n'étant que des suites ou des formes de la pensée. L'âme est donc, aux yeux de Descartes, une pensée. Spinoza ajoute qu'elle est une pensée de Dieu, et par là il donne à la définilion cartésienne de l'âme, soit qu'il l'altère, soit qu'il la développe, une physionomie toute nouvelle.

La pensée divine, étant une forme de l'activité absolue, ne peut pas ne pas se développer en une suite infinie de pensées ou d'idées ou encore d'âmes particulières. D'un autre côté, il implique contradiction qu'aucune idée, aucune âme , en un mot, aucun mode de la Pensée puisse exister hors de la Pensée elle-même; tout

iOG niTRODUCTION.

ce qui pense, par conséquent, à quelque degré et de quelque façon qu*il pense , en d'autres termes toute âme est un mode de la pensée divine, une idée de Dieu.

Or, qu'exprime cette suite infinie d*àmes et d'idées qui découlent éternellement de la paisée divine? elle exprime l'essence de Dieu. Mais le développement infini de la nature corporelle exprime-t41 autre chose qne l'essence infinie et parfaite de Dieu? L'Étendue exprima sans doute l'essence de Dieu d'une tout autre façon que ne fait la Pensée, et de là la différence nécessaire de ces deux choses; mais elles expriment toutes denxk même perfection, la même infinité, et delà leur rapport nécessaire.

Par conséquent, à chaque mode de l'étendue divine doit correspondre un mode de la pensée divine, et, comme dit Spinoza, l'ordre et la connexion des idées est le même que l'ordre et la connexion des choses ^ De plus, de même que l'Étendue et la Pensée ne sont pas deux Substances, mais une seule et même Substance considérée sous deux points de vue , ainsi un mode del'Étendue et l'idée de ce mode ne sont qu'une seule et même chose exprimée de deux manières différentes. Par exemple, un cercle qui existe dans la nature et l'idée d'un tel cercle, laquelle est aussi en Dieu, c'est une seuleet même chose exprimée relativement ^à deux attributsdifférents*. « Et c'est là, ajoute Spinoza^, ce qui parcut

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